Presque tout peut désormais s' " identitariser ", constate le philosophe français Laurent Dubreuil dans La Dictature des identités (Gallimard, 128 p.). Lui qui est aussi professeur d'études romanes et de littérature comparée à l'université Cornell, dans l'Etat de New York, dispose, il est vrai, d'un poste d'observati...

Presque tout peut désormais s' " identitariser ", constate le philosophe français Laurent Dubreuil dans La Dictature des identités (Gallimard, 128 p.). Lui qui est aussi professeur d'études romanes et de littérature comparée à l'université Cornell, dans l'Etat de New York, dispose, il est vrai, d'un poste d'observation privilégié, les campus universitaires américains. En 2017, il constate interloqué que la solennelle cérémonie de fin d'études de plusieurs collèges est précédée d'une séance de remise des diplômes destinée aux seuls membres de certaines minorités. " La célébration de la "diversité" des identités s'inscrit dans la logique du ghetto nouveau, entendu comme forteresse, et où la race n'est qu'un modèle parmi d'autres pour justifier un système de division ", en tire-t-il comme enseignement. Certes, " l'intimidation identitaire " est sans doute particulièrement exacerbée aux Etats-Unis. L'auteur en donne pour preuves les revendications, dans les universités, de " safe space ", lieu de " sécurisation psychologique " pour minorités, ou de " trigger warning ", système d'alerte préalable à l'étude d'un ouvrage pouvant heurter des sensibilités. Mais cette tendance commence à gagner l'Europe, met en garde Laurent Dubreuil, qui redoute un " quadrillage électronique et politique des identités ". Pour lui, " la politique d'identité conforte l'avènement d'un despotisme démocratisé, où le pouvoir autoritaire n'est plus entre les seules mains du tyran, du parti ou de l'Etat, mais à la portée d'individus manufacturés que traversent des types de désirs totalitaires ".