Prenez cinq jeunes hommes et quatre jeunes femmes sans problème de poids particulier. Ni boulimiques ni anorexiques. Injectez-leur, par intraveineuse, une hormone naturelle, la ghréline, qui intrigue la communauté scientifique depuis sa découverte, en 1999. A l'heure du déjeuner, placez les volontaires devant un buffet bien garni, composé de poulet au curry, de riz nature, de salade de fruits, de barres chocolatées et de bonbons, avec la consigne d1en manger auta...

Prenez cinq jeunes hommes et quatre jeunes femmes sans problème de poids particulier. Ni boulimiques ni anorexiques. Injectez-leur, par intraveineuse, une hormone naturelle, la ghréline, qui intrigue la communauté scientifique depuis sa découverte, en 1999. A l'heure du déjeuner, placez les volontaires devant un buffet bien garni, composé de poulet au curry, de riz nature, de salade de fruits, de barres chocolatées et de bonbons, avec la consigne d1en manger autant qu1ils en ont envie.C'est l'expérience que vient de réaliser une équipe de chercheurs de l'Imperial College, à Londres. Le résultat est édifiant. Tous les sujets ont fait preuve d'un appétit d'ogre, sous l'effet de cette substance. Les cobayes ont absorbé en moyenne 28 % de calories supplémentaires par rapport à une séance au cours de laquelle ils avaient reçu une simple injection de solution saline, utilisée comme placebo. Leur fringale confirme que la ghréline est bien l'hormone qui ouvre l'appétit. Cette première expérimentation sur des êtres humains corrobore des résultats obtenus l1an dernier chez les souris et ouvre de nouvelles perspectives dans le traitement de l'obésité. Mais ses auteurs se gardent bien de crier à la solution miracle. " Il est simpliste d'imaginer qu'une seule hormone soit impliquée dans cette pathologie, estime Alison Wren, endocrinologue à l'Imperial College. La régulation du poids est un système complexe." Loin de jouer en solo, cette protéine opposerait ses effets à ceux d'une autre hormone, identifiée dès 1994, la leptine. Cette dernière, produite par les tissus adipeux, coupe l'appétit en signalant au cerveau que le niveau des réserves en graisse est suffisant. Son taux est relativement constant tout au long de la journée. C'est l'inverse pour la ghréline, sécrétée, elle, par l'estomac, et qui connaît des variations brutales. " Sa concentration dans le sang dessine un pic juste avant le repas ", note le généticien français Philippe Froguel, directeur du Barts & The London Genome Centre et coordinateur d'un programme européen sur l'obésité. En attendant que le mystère des kilos en trop soit élucidé, cette hormone aurait une utilité plus immédiate. Les malades qui ont perdu l'appétit, à cause, par exemple, d'une chimiothérapie destinée à soigner un cancer, pourraient le recouvrer en recevant des suppléments de cette substance.Estelle Saget