Avec ses déclarations au magazine Wilfried, Serge Lipszyc peut se targuer d'avoir embistrouillé le débat sur l'extrême droite. Son père, originaire de Pologne, a été un enfant caché à Haccourt, près de Visé, après avoir été chassé de l'athénée Liège 1 parce que juif. Après la Seconde Guerre mondiale, il a repris ses études et est devenu un notable liégeois, président de la Communauté israélite et consul général honoraire de l'Etat d'Israël. Cette généalogie pèse lourdement sur les épaules du fils, mais elle n'explique pas tout. Que ce soit comme procureur du roi d'Arlon ou aux cabinets d'Annemie Turtelboom (Open VLD), ministre de la Justice sous le gouvernement Di Rupo, ou du Premier ministre Charles Michel (MR), il y a eu des clashs. Après avoir accédé, en 2018, à la présidence du comité permanent de contrôle des services de renseignement (comité R) dans des conditions difficiles - cinq a...

Avec ses déclarations au magazine Wilfried, Serge Lipszyc peut se targuer d'avoir embistrouillé le débat sur l'extrême droite. Son père, originaire de Pologne, a été un enfant caché à Haccourt, près de Visé, après avoir été chassé de l'athénée Liège 1 parce que juif. Après la Seconde Guerre mondiale, il a repris ses études et est devenu un notable liégeois, président de la Communauté israélite et consul général honoraire de l'Etat d'Israël. Cette généalogie pèse lourdement sur les épaules du fils, mais elle n'explique pas tout. Que ce soit comme procureur du roi d'Arlon ou aux cabinets d'Annemie Turtelboom (Open VLD), ministre de la Justice sous le gouvernement Di Rupo, ou du Premier ministre Charles Michel (MR), il y a eu des clashs. Après avoir accédé, en 2018, à la présidence du comité permanent de contrôle des services de renseignement (comité R) dans des conditions difficiles - cinq avis favorables sur sept à la commission de suivi des comités P et R au Parlement, le CDH Georges Dallemagne et l'Ecolo-Groen Stefaan Van Hecke dénonçant un choix téléguidé par l'exécutif -, il a décidé de s'épancher sans filtre et sans biscuit dans le trimestriel belge. Quand il a relu ses propos, il a bien vu la bombe qu'il avait lâchée, en a refusé la publication, mais le magazine l'a maintenue après consultation des instances journalistiques. Vaincu, l'intéressé s'est incliné. Censé étayer ses alarmes sur une infiltration de l'Etat par l'extrême droite, son mémoire de défense déposé le 8 novembre au Parlement s'égare sur de nombreuses pistes annexes, dont l'espionnage. Il soulève néanmoins le cas troublant d'un militaire qui fut condamné en 2014 dans l'affaire du groupe néonazi "Bloed, Bodem, Eer en Trouw" (NDLR: Sang, terre, honneur et fidélité, une devise nazie) et qui travaille toujours pour les forces armées, qui plus est dans l'unité à laquelle appartenait Jürgen Conings. Serge Lipszyc aurait pu exercer son droit à la liberté d'expression en respectant certaines formes. D'abord, la collégialité. Dans La Libre du 9 novembre, ses deux conseillers, Thibaut Vandamme et Pieter-Alexander De Brock, soulignent que le comité R est une entité qui décide de concert et évoquent des "affirmations gratuites", "aucunement fondées sur les informations disponibles au sein du comité permanent R, hors le petit nombre de cas connus au sein du département de la Défense, suivis activement à ce jour". Notons qu'il existe un passif au sein de ce petit trio, qui remonte au passage de l'un d'entre eux au parquet d' Arlon, en même temps que Serge Lipszyc. Ensuite, ce dernier avait l'obligation de faire parvenir d'abord son rapport sous une forme classifiée aux ministres de tutelle, dans ce cas, la Justice et la Défense, et sous une forme déclassifiée (moins de détails) au Parlement. A la minute où ce document était transmis, Serge Lipszyc pouvait publier la version déclassifiée, voire donner une interview ou une conférence de presse. Une chose est certaine: la crédibilité du comité R est entamée, alors que ses rapports et enquêtes constituent des interfaces utiles entre le monde politique et les services. Le collège des procureurs généraux a fait savoir son mécontentement (Serge Lipszyc pointait l'apathie de la justice). Le chef de la Défense a pris la peine de réfuter ses déclarations dans une lettre au personnel. Ni le procureur fédéral, Frédéric Van Leeuw, ni les patrons de la Sûreté de l'Etat, Jaak Raes et son numéro 2 francophone, Pascal Pétry, n'ont validé sa sortie médiatique. Le nouveau rapport de la Sûreté de l'Etat, en accès public, constitue visiblement une meilleure source d'information sur les menaces, y compris celle de l'extrême droite.