En Liégeois bon teint, Roger Godet ne manque pas d'humour et se montre disert quand il s'agit de défendre les grands objectifs d'égalité et d'efficacité des réformes issues du " contrat pour l'école ". Mais le directeur de cabinet adjoint de Christian Dupont, ministre PS de l'Enseignement obligatoire, botte en touche dès qu'on l'interpelle sur les " dommages collatéraux " créés par le décret Mixité et son tirage au sort des élèves. Cette question-là, jugée trop " politique " par notre interlocuteur, relève du ministreà Pas de celui d'un simple " technicien ".
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En Liégeois bon teint, Roger Godet ne manque pas d'humour et se montre disert quand il s'agit de défendre les grands objectifs d'égalité et d'efficacité des réformes issues du " contrat pour l'école ". Mais le directeur de cabinet adjoint de Christian Dupont, ministre PS de l'Enseignement obligatoire, botte en touche dès qu'on l'interpelle sur les " dommages collatéraux " créés par le décret Mixité et son tirage au sort des élèves. Cette question-là, jugée trop " politique " par notre interlocuteur, relève du ministreà Pas de celui d'un simple " technicien ". Simple technicien ? A près de 60 ans, Godet a déjà £uvré pour trois ministres : d'abord, l'Ecolo Jean-Marc Nollet, chargé de l'Enseignement fondamental (en 1999) ; puis, depuis 2004, les socialistes Marie Arena et Christian Dupont, ministres successifs de l'Enseignement obligatoire. Les ministres passent, Godet reste en place. Lui et ses collaborateurs ont joué un rôle majeur dans l'élaboration des réformes du premier degré du secondaire. Ils ont concocté les textes sur l'amélioration de l'encadrement, l'évaluation externe à la fin du secondaire, les missions des centres PMS, l'enseignement spécialisé, l'éducation à la citoyenneté, l'enseignement à domicile, les manuels scolairesà En tout cas, Godet peut se prévaloir de saconnaissance du terrain : à Liège, il a été instituteur, puis inspecteur dans l'enseignement. " C'est un homme calme et posé, qui ne s'exprime pas à la légère, confie l'un de ses collègues au cabinet Dupont. Il est souvent le premier à arriver au bureau et le dernier à rentrer chez lui. Il fait partie du clan des Liégeois, nombreux au cabinet, mais s'entend bien avec tout le monde, notamment avec le ministre : tous deux sont de la même génération. " Un responsable politique qui a côtoyé Godet alors qu'il travaillait pour Nollet le qualifie de " conseiller influent et idéologiquement marqué ". En clair, il serait " égalitariste " et " laïcard ". " Le choix politique qui transparaît derrière un décret est, d'habitude, celui du parti du ministre, ajoute ce responsable. Curieusement, pour l'enseignement, c'est un conseiller qui oriente les décisions, quelle que soit la couleur du ministre. "Sous Nollet, Godet a planché sur le " décret devoirs ". Le projet, peu clair, a suscité la polémique. Beaucoup y ont vu une volonté de supprimer les devoirs à domicile au nom de l'égalité entre élèves. Davantage controversés, les décrets Arena et Dupont organisant l'inscription en 1re secondaire sont, eux aussi, le fruit des cogitations de Godet et son équipe. Personne n'a oublié les images de parents frigorifiés, contraints de camper devant les écoles dans l'espoir de pouvoir y inscrire leurs enfants. Un an plus tard, en novembre 2008, le " loto " a remplacé les files : le décret Mixité sociale a entraîné les parents dans une course folle aux inscriptions pour multiplier leurs chances au tirage au sort. Le ministre Dupont a reconnu l'échec du système, qui sera repensé (une fois de plus) pour la rentrée de septembre 2010. Tous les partis politiques semblaient s'accorder sur l'objectif de mixité sociale, qui vise à éviter la discrimination à l'inscription et les écoles-ghettos. Mais le décret a produit des effets pervers : énorme perte de temps dans les écoles et grande angoisse pour les parents et leurs enfants, dont certains ignorent toujours dans quel établissement ils se retrouveront en septembre prochain. l Olivier Rogeau