Depuis le 26 août, Le Vif vous a présenté les huit ouvrages d'auteurs francophones en lice au prix Filigranes 2021. Si la Belge Geneviève Damas reçoit le prix d'honneur pour Jacky (Gallimard) - une histoire d'amitié entre un jeune de Schaerbeek d'origine marocaine et un élève juif d'Uccle -, c'est La Vie rêvée des hommes de François Roux, paru aux éditions Albin Michel, qui a conquis le jury de lecteurs présidé par le lauréat 2020, Fabrice Humbert. L' auteur du Bonheur national brut et de Fracking y croise les destins du New-Yorkais Stanley et du Breton Paul qui connaissent une passion de quelques jours à la libération d...

Depuis le 26 août, Le Vif vous a présenté les huit ouvrages d'auteurs francophones en lice au prix Filigranes 2021. Si la Belge Geneviève Damas reçoit le prix d'honneur pour Jacky (Gallimard) - une histoire d'amitié entre un jeune de Schaerbeek d'origine marocaine et un élève juif d'Uccle -, c'est La Vie rêvée des hommes de François Roux, paru aux éditions Albin Michel, qui a conquis le jury de lecteurs présidé par le lauréat 2020, Fabrice Humbert. L' auteur du Bonheur national brut et de Fracking y croise les destins du New-Yorkais Stanley et du Breton Paul qui connaissent une passion de quelques jours à la libération de Paris en 1944. Racontées en parallèle, leurs vies ne se croiseront plus si ce n'est au fil d'une correspondance de cinq décennies marquées par les évolutions de la société et le combat de la reconnaissance de l'égalité des droits pour les homosexuels des deux côtés de l'Atlantique. Une fresque qui mérite le titre de "roman grand public de qualité" que récompense le prix Filigranes et qu'a reçu le romancier, à Bruxelles, le 20 septembre. Avant d'être un roman sur l'histoire des années 1950 à nos jours, votre ouvrage est une histoire d'amour. Une envie particulière? Je voulais écrire une histoire d'amour entre deux personnes du même sexe, mais qui soit aussi universelle. Que mes personnages soient homosexuels crée des situations, certes, particulières mais je pense qu'elles peuvent toucher le plus grand nombre. Embrasser une temporalité aussi grande ajoute à ce sentiment. En quoi cette perspective était importante? Ce qui était important, selon moi, c'était de montrer comment ces deux personnages, qui ne se voient plus, entretiennent cet amour fugace et comment ils résistent au fait de continuer à le vivre. Pour Stanley et Paul, ce n'est pas un sacrifice mais une chance de voir cette passion se poursuivre à travers le temps. C'est beau une histoire improbable - parce que leur rencontre l'était - qui continue d'exister. Une histoire aux destins particulièrement bien opposés... New-Yorkais de la bourgeoisie industrielle, Stanley est plus privilégié mais il a aussi le courage d'être comme il est dans cet environnement. Ne pouvant pas vivre son homosexualité au grand jour, Paul lutte contre un système qui le broie. Si les plus jeunes homosexuels ont reproché à leurs aînés de n'être pas sortis du placard plus tôt, il me semblait important de montrer que c'est toutefois une victoire d'être qui on est, même de façon cachée. Le combat de Paul est plus intime, celui du chemin parcouru pour s'accepter lui-même. Y avait-il une volonté de transmission de votre part, de faire oeuvre de mémoire pour les nouvelles générations? Je connais bien les Etats-Unis et j'y étais en 2015 avant que Trump n'arrive. J'ai vu les droits des Afro-Américains être peu à peu décimés. Je voyais alors qu'il n'y avait pas d'acquis et que cette détérioration pouvait concerner aussi d'autres combats comme ceux des femmes ou des personnes LGBT. Ma volonté était donc de raviver cette histoire de combats toujours nécessaires, par moments oubliée.