Mercredi 29 juillet, alors que bruissent déjà les cigales des vacances gouvernementales, Nicolas Sarkozy se félicite une fois de plus, en plein Conseil des ministres, du remaniement qu'il a opéré le 23 juin, de ses choix, qu'il trouve cohérents, et du bon fonctionnement de l'ensemble. Frédéric Mitterrand, à qui s'adressent pour partie ces louanges, est heureux. Il arbore une magnifique chemise d'un jaune improbable, qui lui vaut quelques signes amusés pendant le Conseil, dont ceux de Brice Hortefeux. A la fin des débats, le ministre de l'Intérieur s'approche de son collègue de la Culture, qui l'interroge en souriant : " J'imagine que tu tiens à me féliciter pour ma chemise ? " " Pas du tout, je tiens à te féliciter pour l'ensemble de ton £uvre ! " tranche, magnanime, Hortefeux. Beau travail, en effet, qui a fait de lui, en six semaines, la coqueluche de la droite. Après Rachida, " Frédo "à " L'annonce prématurée, par lui-même, de sa nomination est déjà oubliée, c'est dire s'il est doué ", s'enflamme Marc-Olivier Fogiel, un ami de vingt et un ans. " Pour l'instant, c'est l'état de grâce ", reconnaît Frédéric Mitterrand, qui plaît tant à ses collègues. " Il est humain et, en même temps, pro, juge l'un d'eux. Il ne joue pas les divas. " Le 20 juillet, Nicolas Sarkozy, en pleine réunion des dirigeants UMP, a décerné son premier bon point : " François [Fillon, le Premier ministre] m'a fait un rapport sur les débuts de Frédéric Mitterrand, nous sommes d'accord pour dire qu'ils sont excellents. " Le même jour, la gauche elle-même lui rend une forme d'hommage en sortant de son bureau après avoir parlé de la loi Hadopi relative à la protection de la création sur Internet : " Il donnait l'impression d'avoir toujours été là, il était comme un noble qui reçoit en chaussons ", rapporte un présent.
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Mercredi 29 juillet, alors que bruissent déjà les cigales des vacances gouvernementales, Nicolas Sarkozy se félicite une fois de plus, en plein Conseil des ministres, du remaniement qu'il a opéré le 23 juin, de ses choix, qu'il trouve cohérents, et du bon fonctionnement de l'ensemble. Frédéric Mitterrand, à qui s'adressent pour partie ces louanges, est heureux. Il arbore une magnifique chemise d'un jaune improbable, qui lui vaut quelques signes amusés pendant le Conseil, dont ceux de Brice Hortefeux. A la fin des débats, le ministre de l'Intérieur s'approche de son collègue de la Culture, qui l'interroge en souriant : " J'imagine que tu tiens à me féliciter pour ma chemise ? " " Pas du tout, je tiens à te féliciter pour l'ensemble de ton £uvre ! " tranche, magnanime, Hortefeux. Beau travail, en effet, qui a fait de lui, en six semaines, la coqueluche de la droite. Après Rachida, " Frédo "à " L'annonce prématurée, par lui-même, de sa nomination est déjà oubliée, c'est dire s'il est doué ", s'enflamme Marc-Olivier Fogiel, un ami de vingt et un ans. " Pour l'instant, c'est l'état de grâce ", reconnaît Frédéric Mitterrand, qui plaît tant à ses collègues. " Il est humain et, en même temps, pro, juge l'un d'eux. Il ne joue pas les divas. " Le 20 juillet, Nicolas Sarkozy, en pleine réunion des dirigeants UMP, a décerné son premier bon point : " François [Fillon, le Premier ministre] m'a fait un rapport sur les débuts de Frédéric Mitterrand, nous sommes d'accord pour dire qu'ils sont excellents. " Le même jour, la gauche elle-même lui rend une forme d'hommage en sortant de son bureau après avoir parlé de la loi Hadopi relative à la protection de la création sur Internet : " Il donnait l'impression d'avoir toujours été là, il était comme un noble qui reçoit en chaussons ", rapporte un présent. Alors que l'on donnait l'ouverture à la société civile terminée, Frédéric Mitterrand incarne le pari inverse. Mais il ne ménage pas sa peine pour se faire adopter, parfois en cachant son jeu. Ainsi a-t-on été fort surpris, au ministère de la Défense, de le voir surgir, le 13 juillet, en pleine garden-party, pendant que la chorale chantait. Seul membre du gouvernement à s'être déplacé, hors ceux qui gèrent la chose militaireà Le ministre de la Culture chez les kakis, témoignant son admiration aux soldats blessés au feu, du jamais-vu, ou presque, de mémoire de galonné. " L'armée a une grande responsabilité vis-à-vis du patrimoine, explique Mitterrand. Mais la vraie raison est ailleurs : j'habite en face et, depuis vingt ans, je voyais la fête de chez moi ; j'ai eu envie d'aller voir à quoi ressemblait mon appartement vu du ministère. Eh bien, je n'ai pas été déçu : on le voit à merveille, on voit l'intérieur, jusqu'à mes tableaux. "Frédéric Mitterrand est plus complexe qu'on ne le croit. " Je ne me reconnais pas dans les portraits que l'on dresse de moi, sauf les plus ludiques. Mais je ne suis ni lyrique, ni vraiment enthousiaste, et surtout pas paillettes. " C'est, en vérité, le politique le plus atypique depuis longtemps. " Il est gentil, lunaire, résume un ancien proche de son oncle. Superficiel, mais pas du tout imbécile. Et très narcissique. Et puis c'est une voix, une présence, c'est Léon Zitrone Rue de Valois [ministère français de la Culture]. " " Il est à la fois fort et fragile, il me fait penser à Mazarin, dépeint l'animatrice de radio et de télévision Eve Ruggieri. C'est aussi un rêveur, qui va affronter la réalité, un rôle ingrat, mais il parviendra à surmonter l'épreuve, car il sait mettre ses faiblesses en scène. "Il possède également, comme les flamboyants désespérés dont il aima dépeindre la vie en Scope et en trémolos, un humour gracile et délicieux. " J'ai cassé un élément de mon théâtre ", lui confie ainsi Bartabas le 31 juillet, en marge d'un spectacle équestre. " Encore quelque chose de casséà " réplique le ministre, par allusion au saccage, jadis, du bureau d'un haut fonctionnaire par ce dresseur à la subvention rognée. Le 30 juin, il tient une conférence de presse avec son homologue Ertugrul Günay, à l'occasion du lancement de la Saison de la Turquie en France, prévue pour durer neuf mois. L'exercice convenu tourne au sketch. " Neuf mois, c'est le temps nécessaire à une naissance ", remarque le ministre français. Son homologue acquiesce. Le Français : " Qu'il n'y ait pas de méprise, nous ne sommes pas en train de faire un enfant. " Le Turc : " Nous sommes entrés dans un processus qui va évoluer vers de nouvelles amours. " Le Français : " Je crois qu'il vaut mieux que nous en restions là. Manifestement, M. le Ministre Günay ne connaît pas ma réputation ! " Eclats de rire dans la salleà" C'est un humour très anglais, résume Eve Ruggieri, qu'il s'applique d'abord à lui-même. " Un ministre renchérit : " C'est une "auto-ironie" " - plus raffinée qu'une banale autodérision. C'est surtout la carapace de satin d'un homme trahi sans cesse par sa sensibilité. Sensibilité enfantine. Il est ravi que sa mère ait encadré la Une du Point où il illustre " Les copains de Carla " : " Elle me trouve bien sur la photo. " " Cela ferait très plaisir à ma maman ", avait-il déjà avancé en sollicitant Laurent Fabius afin qu'il lui épingle les insignes de l'Ordre national du mérite, le 8 avril 2008. " Je l'ai connu à Sciences po, explique-t-il aujourd'hui. Il a toujours été très gentil avec moi. Et puis, alors qu'il était Premier ministre et m'avait invité à déjeuner, je suis arrivé en retard au restaurant. J'en ai conservé une sorte de remords. " Une sensibilité ontologique. En 1972, Frédéric Mitterrand, 25 ans, lance le cinéma l'Olympic. Jean-Jacques Zilbermann, compagnon d'aventure, se souvient des séances vouées aux films gays militants, autour du Groupe de libération des homosexuels. " C'est un exploitant, pas un marchand ", explique-t-il. Quand Zilbermann et des amis reprennent leur propre salle, l'Escurial, Mitterrand les invite à déjeuner pour leur prodiguer quelques conseils : " D'abord, ne pas coucher ensemble, ensuite, ne pas dramatiser quand les finances sont au plus bas, car il y a toujours de nouveaux films à programmerà " Sensibilité immarcescible. " Madame Butterfly, c'est moi ", a-t-il lancé, selon Eve Ruggieri, à Toscan du Plantier, parodiant Flaubert et sa Bovary pour mieux convaincre le producteur de financer son film d'opéra. Cet homme qui " laisse transparaître sa complexité, l'assume même, avec érudition ", selon le résumé d'un ministre, s'est dévoilé aux Français en 2005 dans La Mauvaise Vie (Robert Laffont) : si les ventes n'ont pas été relancées par sa nomination, il s'en est quand même écoulé 188 000 selon l'éditeur, et 60 000 en poche. Certains, dans l'entourage du chef de l'Etat, considèrent que sa fragilité l'empêchera de tenir face au Parlement. Frédéric Mitterrand, qui converse beaucoup avec le patron des députés UMP, Jean-François Copé, a demandé une question d'actualité dès sa première apparition dans l'Hémicycle. Un briscard du gouvernement se dit " stupéfait " de l'insouciance de Mitterrand avant cette séance : " N'importe quel élu redoute ce moment où, devenu ministre, il affronte l'Assemblée. Même ceux qui n'ont pas été élus, mais connaissent le monde politique, sont paniqués. Je pense à Christine Lagarde, dont les mains ont tremblé avant chaque séance de questions pendant au moins un mois. Mitterrand est arrivé dès le lendemain de sa nomination dans l'Hémicycle, très relax, vaguement inquiet, mais très vaguementà J'étais stupéfait, moi qui déteste encore cet exercice malgré de longues années d'expérience. " " On sent un regard particulier de François Fillon sur lui pendant les questions d'actualité ", ajoute un autre ministre.Tenir au Parlement : ce sera l'un des tests pour le ministre. Aura-t-il les moyens de sa politique ? " Jack Lang, défendu par Alain Minc, a décliné le poste parce qu'on lui a refusé une hausse de 30 % du budget ", raconte un proche de Sarkozy. " Le budget, triennal, est sécurisé, assure Mitterrand, tout en ajoutant : l'Etat s'y connaît comme personne pour reprendre d'une main ce qu'il donne de l'autre. Je n'ai pas toutes les ficelles, mais je ferai attention. On n'est jamais ministre "au mauvais moment". La crise est plutôt une chance, car on a besoin de symboles, de repères, d'apaisements. Il ne s'agit pas de s'évader des difficultés, mais de les transformer. Je connais bien la criseà "Mais la droite lui demande autre chose, et c'est pourquoi elle en fait une star : être un nouveau Malraux, effacer Lang. " Duhamel et Tasca en plus, cela me plairait qu'il prenne place dans ce panthéon, qui est le mien ", ajoute même Pierre Arditi, artiste de gauche. " C'est Max Gallo ", dit un ancien ministre. " C'est Alain Decaux ", corrige un autre. " J'ai même entendu : "C'est Maurice Druon", ricane l'intéressé, effrayé par ces sables mouvants de la " référence ". Malraux, Guy, Langà Si je pense trop à eux, je serai paralysé. Imposer ma marque ? Je ne suis pas contre la "marque", je suis "indemne" de cela. Celle qui compte, c'est celle des créateurs. " Pourquoi, alors, a-t-il choisi d'occuper le bureau de Malraux ? " Est-ce vraiment le sien ? J'ai tout entendu. Cette pièce me plaît parce qu'elle me rappelle l'Italie, avec ses plafonds très hauts. " " Ne vous trompez pas, insiste un ancien collaborateur de François Mitterrand. Son ambition est considérable, il veut détruire Lang. "" C'est un humaniste. Son bord, c'est l'esthétique "Si Frédéric Mitterrand réussit, la politique politicienne l'entraînera dans le tourbillon de 2012. " Je serai loyal. S'il me faut faire des choses que je désapprouve, je les ferai puis démissionnerai. " Nicolas Sarkozy, tout à la quête d'un bon bilan pour l'ouverture, ne laissera pas dans l'ombre ce ministre approché au soleil, lors d'un voyage présidentiel en Tunisie - un pays dont Mitterrand possède la nationalité. Un " copain de Carla " ? " Je connais peu Carla Bruni-Sarkozy, dit-il, mais je connais des gens qui la connaissent. En outre, quand on a épousé Carla Bruni, il est naturel qu'on ait envie de connaître Frédéric Mitterrandà " Le ministre sera aussi en vue lors de l'université d'été de l'UMP, où il se rendra pour devenir l'idole des jeunes après avoir été la star des députés. " Pour parler culture... et sous certaines garanties, je serais aussi allé à celle du PS, dit celui qui fut membre des radicaux de gauche. Une seule journée, car je pensais faire plaisir à mon beau-père, un radical. Le matin, j'ai trouvé Tapie formidable. A midi, je l'ai dit à la télé. L'après-midi, j'ai trouvé Tapie horrible. Le soir, j'ai quitté le parti. " " Il n'est pas de droite ou de gauche, il est autrement, c'est un humaniste, tente Arditi. Son bord, c'est l'esthétique. " La gauche le combattra néanmoins, même si Bertrand Delanoë lui a téléphoné pour lui souhaiter bonne chance : " C'est le retour du bling-bling ", ironise François Hollande. " Vous méconnaissez mes talents ", a chuchoté Mitterrand, d'un filet de voix, aux socialistes. Frédéric Mitterrand, qui comptait prendre un mois de vacances, s'évadera moins longtemps que prévu en Tunisie, avant d'affronter les joutes d'automne depuis ce bureau, un peu à l'écart, qu'il a choisi et qui est encore le royaume des peintres. Comme son oncle avec les meubles de Pierre Paulin, il l'équipera à son goût. " Dans cette pièce, j'ai l'impression d'être au c£ur des choses et, en même temps, de garder une distance. Comme dans tout ce que je fais, il y a quelqu'un qui me regarde. Et c'est moi. "Christophe barbier, bertrand dermoncourt, Marion festraëts, Emmanuel Hecht, élise Karlin, elinor LaSUPERFICIEL, MAIS PAS DU TOUT IMBÉCILE. ET TRÈS NARCISSIQUE " la crise est plutôt une chance, car on a besoin de repères, d'apaisements "