Je n'arrête jamais ", nous confie Guiseppe Penone. Au Grand Hornu, il est venu en confiance. Laurent Busine est un ami de plus de vingt ans. Ils avaient choisi les pièces ensemble en fonction, nous précise le sculpteur italien, de la qualité des divers espaces du musée que le conservateur belge lui avait fait découvrir avant même l'ouverture officielle du Mac's. Et tout sera réglé, au millimètre près et sans précipitation. Penone est un pro. Busine aussi. Mais, dans la foulée, l'artiste a fait plus encore puisque, sur place, utilisant quelques fragments archéologiques du site industriel, l'artiste a, ni plus ni moins, imaginé, sur le tas, une suite d'£uvres pérennes qui se développeront au fil des ans, au calme du jardin arboré sous le titre Pierre d'arbre. C'est que Penone (né en 1947) crée sans discontinuer, et ce depuis plus de quarante ans. Sauf peut-être quand, à l'heure de la pause, avec son ami belge, il parle de la cuisine, de truffe blanche ou de pâtes qu'il fabrique lui-même avec les £ufs de ses deux poules (la troisième, explique-t-il sur le ton de la confidence, ay...

Je n'arrête jamais ", nous confie Guiseppe Penone. Au Grand Hornu, il est venu en confiance. Laurent Busine est un ami de plus de vingt ans. Ils avaient choisi les pièces ensemble en fonction, nous précise le sculpteur italien, de la qualité des divers espaces du musée que le conservateur belge lui avait fait découvrir avant même l'ouverture officielle du Mac's. Et tout sera réglé, au millimètre près et sans précipitation. Penone est un pro. Busine aussi. Mais, dans la foulée, l'artiste a fait plus encore puisque, sur place, utilisant quelques fragments archéologiques du site industriel, l'artiste a, ni plus ni moins, imaginé, sur le tas, une suite d'£uvres pérennes qui se développeront au fil des ans, au calme du jardin arboré sous le titre Pierre d'arbre. C'est que Penone (né en 1947) crée sans discontinuer, et ce depuis plus de quarante ans. Sauf peut-être quand, à l'heure de la pause, avec son ami belge, il parle de la cuisine, de truffe blanche ou de pâtes qu'il fabrique lui-même avec les £ufs de ses deux poules (la troisième, explique-t-il sur le ton de la confidence, ayant été emportée par un faucon). Mais aussitôt, il se reprend, commente l'intelligence des épines d'acacia, interroge de nouvelles façons d'explorer les possibilités du travail sur l'empreinte ou évoque les contraintes liées aux dimensions d'un four de fonderie. S'il habite dans la montagne, au plus près des Alpes, en plein c£ur d'une nature paysanne comme son père, son grand-père et son arrière-grand-père, c'est à Turin qu'il travaille, souvent seul, tous les jours : " Mon atelier, un ancien et très vaste entrepôt industriel se trouve en plein centre, à quelques pas de la place royale. J'aurais pu m'installer à Paris (où je donne des cours aux Beaux-Arts), mais tout serait beaucoup plus difficile.. et hors de prix. A Turin, je sais où je peux trouver les outils et les matériaux. Je connais tout le monde. Ils me connaissent. On s'arrange. "Son nom apparaît à la fin des années 1960 associé à celui de l'arte povera. S'opposant à l'aspect technologique du minimal art, chaque membre de ce mouvement cherchait de façon singulière à exprimer les énergies souterraines de la nature : le feu chez Kounellis, l'igloo chez Mario Merz ou encore le goudron et l'électrolyse chez Gilberto Zorio. Penone en sera une figure essentielle. D'origine paysanne, il avait appris dès son enfance l'importance des saisons et le souffle de la terre. Par ce biais, il avait compris combien la notion du temps humain empêchait d'établir avec la nature des liens plus justes. Qu'est-ce en effet que la durée dans la vie d'une pierre détachée de la montagne et roulée par l'eau de la rivière ? Si le choix de l'arbre comme sujet et comme support est récurrent, encore faut-il en faire des £uvres d'art. Révéler par exemple combien, dans l'arbre vivant, se trouve enfermé son propre passé (fossilisé) et montrer combien celui-ci se projette dans le futur. Choisir donc une méthode liée à la technique de la sculpture qui puisse, par exemple, sortir d'une poutre le tronc originel et les premières branches par une sorte d'épluchage des nombreux anneaux de croissance : " Je sens la respiration de la forêt, j'entends la croissance lente et inexorable du bois, je modèle ma respiration sur la respiration du végétal, je perçois l'écoulement de l'arbre autour de ma main posée sur son tronc. " Des années d'écoute. Pour ressentir combien, à la poussée verticale, s'ajoutent ces autres facteurs que sont le vent, la force de gravité, l'instabilité du sol, voire aussi l'action des animaux ou encore de la main de l'homme. Donc aussi, du sculpteur. Bref, les multiples empreintes qui, au fil des jours et des nuits, du froid et du chaud, donnent la forme jamais définitive. Du coup, à la cire, le voilà qui couvre le matériau à la manière d'une peau comme s'il désirait retenir, de part et d'autre de cette minceur, les rencontres entre la poussée interne et toutes les autres forces, y compris celles exercées par ses propres mains. Entre l'arbre et l'homme, ce dernier et la roche, bref, entre nous et la nature, existent alors bel et bien des échanges permanents, voire des ressemblances, une même logique, bref, des analogies comme entre le macrocosme et son contraire, le dessin des empreintes d'un doigt et celles des anneaux de croissance de l'arbre. D'où la nécessité de recourir à deux techniques tout en modestie. Ce seront la taille (par effeuillage des surfaces) et l'empreinte. D'où le choix de matériaux nobles comme le bois, la terre, la pierre ou encore le bronze qui retient, comme la cire, toutes les empreintes. L'univers de Penone ne réclame aucune connaissance et lui-même se méfie des explications : " La qualité première d'un artiste vient de sa capacité à s'étonner. Devant la forme d'un arbre ou d'une feuille ou encore d'un point blanc sur une feuille blanche. Cette chance relève d'une certaine forme d'innocence et provient souvent de l'exemple donné par un père, une mère, dans un jardin, une cuisine, un jour, au hasard d'un émerveillement. Encore faut-il en avoir gardé la semence. Je pense que c'est la même chose pour le visiteur d'une exposition. Vous savez, un enfant par exemple, ne fait pas la différence entre une sculpture du Moyen Age et une autre d'aujourd'hui. Il sent sa justesse. C'est cela que je vise : être juste. "Grand Hornu, Mac's. " Des veines, au ciel, ouvertes ". Du 31 octobre au 13 février. Du mardi au dimanche, de 10 à 18 heures. www.mac-s.be GUY GILSOUL" la qualité première d'un artiste vient de sa capacité à s'étonner "