Avec son air patelin, son visage rondouillard et son tempérament réservé, Steven Vanackere rassure, voire endort. Les déclarations fracassantes ne font pas partie de son répertoire. Ses loisirs ? Un peu de bénévolat dans sa paroisse, des balades en forêt de Soignes avec son chien Penny, l'écriture d'un essai sur les " sept péchés capitaux de la politique ". Rien de révolutionnaire. Mais méfiez-vous de l'eau qui dortà Avant 2004, Steven Vanackere ne s'était jamais présenté devant les électeurs. Cette année-là, tête de liste du CD&V à Bruxelles, il obtient 3 116 voix, et entre au parlement flamand. Puis tout va très vite : fin 2006, il devient échevin à Bruxelles ; en juin 2007, il fait son entrée au gouvernement flamand. Ultime épisode de cette ascension éclair : sa propulsion au gouvernement fédéral, en décembre 2008. Il succède à Jo Vandeurzen comme vice-Premier ministre CD&V, tout en reprenant les compétences d'Inge Vervotte, la Fonction publique et les Entreprises publiques. ...

Avec son air patelin, son visage rondouillard et son tempérament réservé, Steven Vanackere rassure, voire endort. Les déclarations fracassantes ne font pas partie de son répertoire. Ses loisirs ? Un peu de bénévolat dans sa paroisse, des balades en forêt de Soignes avec son chien Penny, l'écriture d'un essai sur les " sept péchés capitaux de la politique ". Rien de révolutionnaire. Mais méfiez-vous de l'eau qui dortà Avant 2004, Steven Vanackere ne s'était jamais présenté devant les électeurs. Cette année-là, tête de liste du CD&V à Bruxelles, il obtient 3 116 voix, et entre au parlement flamand. Puis tout va très vite : fin 2006, il devient échevin à Bruxelles ; en juin 2007, il fait son entrée au gouvernement flamand. Ultime épisode de cette ascension éclair : sa propulsion au gouvernement fédéral, en décembre 2008. Il succède à Jo Vandeurzen comme vice-Premier ministre CD&V, tout en reprenant les compétences d'Inge Vervotte, la Fonction publique et les Entreprises publiques. Vanackere, 44 ans, jure qu'il n'a rien quémandé, ni rien vu venir. " Le 30 décembre, Marianne Thyssen, la présidente du parti, m'a téléphoné à 15 h 05 pour me dire que je devais être au palais royal à 17 heures. Avant ça, je ne me doutais de rien. Herman Van Rompuy ne m'avait rien dit du tout. Voilà bien la preuve que c'est un homme qui sait se taireà "Avant de devenir l'étoile montante du CD&V, Steven Vanackere grandit dans l'ombre. Il n'a que 24 ans quand il devient conseiller au Cepess, centre d'études social-chrétien, alors dirigé par Herman Van Rompuy, et géré en commun par le PSC (futur CDH) et le CVP (futur CD&V). C'est Vic Van Rompuy, père de Herman, professeur de finances publiques à la KULeuven, qui a déniché cet étudiant brillant. Steven Vanackere rejoint ensuite le cabinet du ministre bruxellois Jos Chabert. Parallèlement, il occupe plusieurs fonctions stratégiques. Tour à tour : directeur général du Port de Bruxelles, président de l'Ancienne Belgique et, enfin, directeur général adjoint de la Stib, société des transports en commun bruxellois. L'arbre généalogique de Steven Vanackere illustre mieux que n'importe quel document son enracinement dans le pilier chrétien. Son grand-père, Remi Wallays, a été bourgmestre de Wevelgem dans les années 1930. Destitué par les nazis, il échappera de peu à l'exécution, et deviendra sénateur après la guerre. Quant au père de Steven, Leo Vanackere, il sera lui aussi élu sénateur, puis accédera au poste de gouverneur de Flandre occidentale. " Enfant, j'ai vu le prix que doit payer la famille d'un homme politique, confie Steven Vanackere, qui n'avait que 15 ans à la mort de son père. J'ai toujours trouvé que mon père était assez absent. Même le dimanche, des gens sonnaient à la porte et venaient l'accaparer. "Steven Vanackere compte également une tante, Madeleine Wallays, qui a été échevine à Wevelgem, et un oncle, Guido Carron, ancien bourgmestre de Waregem. Avec un tel héritage, on comprend la loyauté inébranlable qui lie Vanackere à son parti. " C'est un pur produit du CD&V, lâche un adversaire politique. Comme tous les CD&V, c'est un spécialiste de la langue de bois. Avec eux, tu ne sais jamais ce qu'ils pensent vraiment. "Un vrai CD&V, mais avec quelques nuances. En bon Bruxellois (il habite Neder-over-Heembeek), Steven Vanackere est un homme de compromis, peu enclin à jeter de l'huile sur le feu communautaire. La section bruxelloise du CD&V s'était d'ailleurs prononcée contre la constitution d'un cartel avec les indépendantistes de la N-VA. " Lors des débats internes au parti, Steven n'a jamais caché qu'il était opposé au cartel ", confirme Brigitte De Pauw, députée régionale bruxelloise. Autre originalité : au moment où l'aile droite du CD&V, notamment incarnée par Pieter De Crem, monte en puissance, Vanackere cultive ses liens avec la gauche chrétienne. " Son engagement est animé par de vraies convictions sociales, et il jouit d'une très bonne réputation à l'intérieur de la CSC ", relève une figure du CDH. Du coup, certains voient en Steven Vanackere le porte-parole d'un CD&V édulcoré, presque belgicain. Gare aux illusions d'optique ! Son passage par le gouvernement flamand l'a rendu plus intransigeant sur le plan communautaire, observent plusieurs francophones. En dépit de son ancrage à gauche, Vanackere, plus pragmatique qu'idéologue, pourrait également réserver quelques mauvaises surprises aux partisans les plus inconditionnels des services publics. Comme le remarque Jos Chabert, " au CD&V, l'aile gauche a toujours été très proche du centre ". N'attendez pas non plus de Vanackere une déclaration d'amour à la Belgique. " J'ai du mal à éprouver de l'émotion pour des institutions ou des entités territoriales ", justifie-t-il. Avant de confier, sur le mode de la concession : " Dans ses meilleurs moments, la Belgique est un lieu de modestie et d'entente. Alors, oui, ce pays que certains considèrent comme ingérable, on va le gérer... " l François Brabant