Lorsque l'Etat belge a pris la décision de vendre Fortis Banque (les activités bancaires en Belgique), il en possédait 50 %, acquis pour 4,7 milliards d'euros. Dans la convention de vente à BNP Paribas, il est prévu que l'Etat acquiert les 50 % restants pour 4,7 milliards d'euros supplémentaires (soit un investissement total de 9,4 milliards d'euros) et qu'il échange ensuite 75 % du capital de la banque belge contre une participation de 11,7 % dans BNP Paribas, pour une contre-valeur de 8,25 milliards d'euros. Dans cette dernière transaction, la banque Fortis est ainsi valorisée à 11 milliards d'euros, soit 1,6 milliard d'euros de plus que l'investissement initial de l'Etat belge... Des montants qui, en outre, sont plutôt faibles au vu des bénéfices de 1,3 et 1,5 milliard d'euros enregistrés par l'activité bancaire en Belgique pour 2005 et 2006. Bien sûr, étant donné les circonstances de marché, il ne fallait pas espérer obtenir beaucoup plus, mais il y a bien eu un rabais lié à l'empressement de l'Etat à céder Fortis Banque. Alors que l'on aurait plutôt pu tabler sur un prix plus élevé, étant donné les conditions très strictes imposées par BNP Paribas. En effet, la banque française conditionnait son achat de Fortis Banque à celui de l'activité d'assurance, en excellente santé financière. De plus, les actifs toxiques de la banque avaient été en grande partie transférés à Fortis Groupe... et donc à ses actionnaires. Enfin, l'ensemble de la transaction devait être payée pour deux tiers en actions. Tout cela aurait pu justifier un prix nettement supérieur.
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Lorsque l'Etat belge a pris la décision de vendre Fortis Banque (les activités bancaires en Belgique), il en possédait 50 %, acquis pour 4,7 milliards d'euros. Dans la convention de vente à BNP Paribas, il est prévu que l'Etat acquiert les 50 % restants pour 4,7 milliards d'euros supplémentaires (soit un investissement total de 9,4 milliards d'euros) et qu'il échange ensuite 75 % du capital de la banque belge contre une participation de 11,7 % dans BNP Paribas, pour une contre-valeur de 8,25 milliards d'euros. Dans cette dernière transaction, la banque Fortis est ainsi valorisée à 11 milliards d'euros, soit 1,6 milliard d'euros de plus que l'investissement initial de l'Etat belge... Des montants qui, en outre, sont plutôt faibles au vu des bénéfices de 1,3 et 1,5 milliard d'euros enregistrés par l'activité bancaire en Belgique pour 2005 et 2006. Bien sûr, étant donné les circonstances de marché, il ne fallait pas espérer obtenir beaucoup plus, mais il y a bien eu un rabais lié à l'empressement de l'Etat à céder Fortis Banque. Alors que l'on aurait plutôt pu tabler sur un prix plus élevé, étant donné les conditions très strictes imposées par BNP Paribas. En effet, la banque française conditionnait son achat de Fortis Banque à celui de l'activité d'assurance, en excellente santé financière. De plus, les actifs toxiques de la banque avaient été en grande partie transférés à Fortis Groupe... et donc à ses actionnaires. Enfin, l'ensemble de la transaction devait être payée pour deux tiers en actions. Tout cela aurait pu justifier un prix nettement supérieur. Mais plus que le prix, c'est plutôt la manière dont cette transaction a été réalisée qui est vivement critiquée. Les actionnaires de Fortis ont été " expropriés " par un Etat belge qui est passé outre aux organes de décision de l'entreprise. Ceux-ci, représentant des actionnaires, ont été mis devant le fait accompli. Pire encore, les actionnaires de Fortis Groupe ont été nettement moins bien traités que les actionnaires de Dexia, qui ont toujours le soutien de l'Etat belge. La raison ? L'actionnariat de Dexia, composé notamment des communes belges (qui détiennent aujourd'hui 14,1 % de Dexia) et d'Acrofin (le bras financier de l'ACW, la coupole flamande des organisations de travailleurs chrétienne, qui possède 13,9 % de Dexia) était bien plus délicat à exproprier que la masse anonyme des " petits actionnaires " de Fortis... ESuite aux opérations de sauvetage, le groupe Fortis a été complètement vidé de sa substance. Il ne reste plus aujourd'hui en son sein que les activités d'assurance à l'international, une participation de 66 % dans un portefeuille de " crédits structurés " (les fameux actifs toxiques), actuellement impossibles à vendre sur le marché, et quelques liquidités. L'actionnaire de Fortis aujourd'hui n'est donc plus actionnaire d'une banque mais d'un portefeuille de produits toxiques. Il importe donc de bien faire la distinction entre le groupe Fortis, coté en Bourse, et la banque Fortis, détenue aujourd'hui à 75 % par BNP Paribas et à 25 % par l'Etat belge. Au total, le groupe Fortis affiche maintenant une valeur comptable de 7,4 milliards d'euros, soit 3,13 euros par action. Un niveau sensiblement plus élevé que le cours actuel de l'action, mais qui s'explique aisément par le fait que les crédits structurés pourraient encore perdre de la valeur alors qu'il est actuellement impossible de les vendre, faute de liquidité sur le marché. Les investisseurs appliquent donc une forte décote à l'action, devenue spéculative. ECeux qui ont acheté l'action à 30, 20, voire 10 euros ne doivent plus espérer récupérer leur mise. Suite à la vente de la banque Fortis à BNP Paribas, le risque représenté par l'action a grimpé en flèche, alors que le potentiel de hausse a été sensiblement raboté. Certes, l'Etat propose un coupon censé permettre aux petits actionnaires de Fortis (qui ont acheté l'action avant le 1er juillet 2008) de profiter des éventuels revenus (dividendes et plus-values) que l'Etat pourra tirer de sa participation dans BNP Paribas, mais cela reste très hypothétique. En tout cas, l'actionnaire de Fortis ne touchera pas plus de 8,96 euros par action, uniquement pour les 5 000 premières actions. Concrètement, le 1er juillet 2014, les actionnaires pourront toucher une somme équivalente à la valeur des actions, augmentée des dividendes perçus, diminuée de l'investissement de l'Etat (9,4 milliards d'euros), auquel s'applique un intérêt de 6,11 % l'an, et des pertes éventuelles encourues sur le portefeuille de crédits structurés, dont l'Etat détient 24 %. Bref, la somme que les actionnaires toucheront en juillet 2014 dépend de tellement de facteurs qu'il est aujourd'hui impossible d'en déterminer la valeur. Mieux vaut donc ne pas trop espérer de ce côté non plus. A long terme, compte tenu de toutes les hypothèses, il n'est pas imaginable que l'action Fortis dépasse à nouveau 5 euros... EUne enquête est en cours pour déterminer si les dirigeants de Fortis ont caché des informations aux investisseurs dans le but de réaliser leur augmentation de capital en septembre et octobre 2007. Il est clair, en tout cas, que depuis plus d'un an la direction de Fortis n'a pas informé correctement les actionnaires. Lors de l'augmentation de capital l'an dernier, les dirigeants de Fortis ont semble-t-il menti sur leur exposition aux " subprimes ". Le vendredi 26 septembre dernier, par exemple, Fortis signale que sa situation financière est solide, bien que le groupe ait l'intention de vendre des actifs pour 5 à 10 milliards d'euros. Selon le groupe, les besoins en capitaux ne devaient alors pas se faire sentir avant 12 à 18 mois. Pendant le week-end, les discussions vont bon train et le lundi 29 septembre, les gouvernements néerlandais, luxembourgeois et belge annoncent de concert une injection de 11,2 milliards d'euros de liquidités dans Fortis en vue d'assurer la solidité et la stabilité financière du groupe. Rien que sur ces quatre jours, il est évident que les dirigeants de Fortis n'ont pas tout dit. Ou alors, ils ont fait preuve d'un manque total de compétence et de discernement, mais nous n'osons y croire... EAucun gouvernement ne laissera une banque tomber en faillite. Même si, théoriquement, cela est encore possible, tout est mis en £uvre à tous les niveaux pour assurer la solidité financière des banques. La banque Fortis, plus particulièrement, qui est désormais propriété à 75 % de BNP Paribas et à 25 % de l'Etat belge, peut compter sur deux actionnaires d'envergure qui feront tout pour ne jamais la laisser tomber en faillite. Les clients de Fortis et des autres banques peuvent donc dormir sur leurs deux oreilles. EIl existe des banques qui ont un niveau de solvabilité plus élevé que d'autres, mais cela ne veut pas dire qu'elles soient plus sûres pour autant. Toutes les banques internationales sont aujourd'hui logées à la même enseigne et font face à des défis majeurs, même si la situation semble s'améliorer doucement. Il n'y a donc aucune raison de privilégier une banque par rapport à une autre. Cela étant dit, de plus petites banques comme Argenta, Keytrade et la CPH sont peut-être moins exposées aux problèmes des marchés internationaux. ELes fonds de pension Fortis B Pension Fund sont gérés par Fortis Investments, qui est désormais propriété de BNP Paribas. Les primes que vous versez chaque année sont investies dans un portefeuille d'actions et d'obligations. C'est d'ailleurs le cas de tous les fonds de pension. Ils ont souffert de la chute des cours des actions et ont perdu un peu plus de 16 % en moyenne, mais ce n'est pas une raison pour demander le remboursement de votre capital. Et certainement pas avant vos 60 ans, puisque vous paieriez alors une taxe de 33 % sur le capital perçu. Si vous avez 60 ans et que la taxe de 10 % a été retenue par la banque, vous avez tout intérêt à continuer à payer les 830 euros (montant à indexer) jusqu'à votre 64e anniversaire (soit cinq paiements). Pour l'année au cours de laquelle vous atteignez l'âge de 60 ans, payez votre prime après votre anniversaire. Vous éviterez ainsi la taxe de 10 %. Les primes payées jusqu'à vos 64 ans entrent toujours en ligne de compte pour une réduction d'impôts, mais vous ne payez plus d'impôts sur le capital ainsi constitué. De plus, vous achetez aujourd'hui à de faibles cours qui offrent de belles perspectives pour les prochaines années. Si vous avez 65 ans, vous ne pouvez plus verser de primes, mais là encore, vous avez tout intérêt à ne pas exiger votre capital. Aucun délai n'est imposé pour ce faire. Attendez donc que les cours des fonds d'épargne-pension remontent. Si vous avez un besoin urgent d'argent, une option peut être de demander une partie seulement de votre capital d'épargne-pension. ELes assureurs sont obligés d'investir les primes reçues dans des catégories de placement bien déterminées. Ces placements sont contrôlés par la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA), qui examine si les risques encourus ne sont pas trop élevés. Par ailleurs, les assureurs doivent accumuler des provisions techniques suffisantes pour faire face à tous leurs engagements. Des provisions qui sont également contrôlées régulièrement et qui restent la propriété de l'assuré. Donc, pour les assurances-vie de Fortis Insurance (désormais aussi propriété de BNP Paribas) et des autres assureurs, il n'y a pas non plus lieu de s'inquiéter. Par ailleurs, la garantie de 100 000 euros des avoirs des épargnants vaut aussi pour les produits d'assurance-vie de la branche 21 pour autant que l'assureur en ait fait la demande auprès du fonds de protection (voir www.protectionfund.be). EPour le client de la banque Fortis comme pour l'actionnaire du groupe Fortis, rien ne changera. Actuellement, on ne sait pas encore laquelle de ces deux entités portera un nouveau nom, mais ce changement est nécessaire pour éviter la confusion entre l'action et la banque. Changer le nom des 1 000 agences bancaires de Fortis serait plus coûteux, mais pourrait être la solution préférée. Après tous les problèmes que la banque a connus, le nom Fortis a une connotation négative et il serait sans doute préférable de le renouveler pour marquer la transition. Par ailleurs, le groupe BNP Paribas, en tant que nouvel actionnaire de Fortis, pourrait être tenté d'implanter sa marque en Belgique. V. J.