Apparatchik. Ce mot aux résonnances soviétiques a longtemps eu valeur d'injure parmi les militants Ecolo. Il désigne les cadres des partis traditionnels, fourmis besogneuses qui assurent, dans l'ombre, le bon fonctionnement de lourdes machineries politiques. Le terme évoque des structures puissantes et très hiérarchisées. Mais il est entaché de soupçons : manque de transparence, confiscation du pouvoir par une élite. A l'occasion, il sert à discréditer des adversaires politiques : la base d'Ecolo aime se moquer des " apparatchiks " socialistes, si disciplinés, si différents. La tradition d'Ecolo, dont la culture politique s'enracine dans les idéaux de Mai 68, s'accommode mal des logiques d'appareil. Jusqu'au début des années 1990, la direction du parti a fonctionné de manière collégiale, avec un secrétariat fédéral de 5 personnes, élus individuellement, donc sans réel pouvoir. Les militants étaient souverains. Les parlementaires constituaient le moteur du parti. Point d'apparatchiks à l'horizon.
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Apparatchik. Ce mot aux résonnances soviétiques a longtemps eu valeur d'injure parmi les militants Ecolo. Il désigne les cadres des partis traditionnels, fourmis besogneuses qui assurent, dans l'ombre, le bon fonctionnement de lourdes machineries politiques. Le terme évoque des structures puissantes et très hiérarchisées. Mais il est entaché de soupçons : manque de transparence, confiscation du pouvoir par une élite. A l'occasion, il sert à discréditer des adversaires politiques : la base d'Ecolo aime se moquer des " apparatchiks " socialistes, si disciplinés, si différents. La tradition d'Ecolo, dont la culture politique s'enracine dans les idéaux de Mai 68, s'accommode mal des logiques d'appareil. Jusqu'au début des années 1990, la direction du parti a fonctionné de manière collégiale, avec un secrétariat fédéral de 5 personnes, élus individuellement, donc sans réel pouvoir. Les militants étaient souverains. Les parlementaires constituaient le moteur du parti. Point d'apparatchiks à l'horizon. Depuis cette époque, pas si lointaine, les verts ont accompli une mue considérable. Les défaites électorales cinglantes de 2003 et 2004 ont débouché sur un double basculement : un changement de génération au sommet d'Ecolo, et une révision du mode de fonctionnement interne, pour une plus grande efficacité. Parallèlement, Ecolo a fini par se constituer un véritable appareil, c'est-à-dire une structure organisationnelle bien rodée, composée de cadres dévoués à la direction du parti. Le succès d'Ecolo aux élections régionales de juin dernier et son entrée dans les gouvernements wallon et bruxellois parachèvent cette évolution. Elle consacre aussi l'ascension d'un petit groupe très soudé, qui a pris les rênes du parti. Jean-Michel Javaux (42 ans) en est le symbole. Coprésident d'Ecolo, il a consolidé sa légitimité en devenant bourgmestre d'Amay, un fief socialiste qu'il a ravi à la dynastie Collignon. L'autre figure centrale de cette génération est Jean-Marc Nollet (39 ans). Une grande partie des actuelles figures de proue d'Ecolo ont rejoint le parti dans son sillage, après avoir entamé leur parcours militant au sein de la FEF, la Fédération des étudiants francophones, dont Nollet a été l'un des présidents les plus emblématiques (lire ci-contre). Autour du duo Javaux-Nollet s'est constitué un réseau informel. En font partie : le ministre wallon de l'Environnement, Philippe Henry, la présidente du parlement wallon, Emily Hoyos, le secrétaire d'Etat bruxellois au Logement, Christos Doulkeridis, ou encore le député fédéral Georges Gilkinet... S'y ajoutent des hommes de l'ombre, telsStéphane Hazée (directeur de cabinet de Jean-Michel Javaux), Jean Leblon (chef de cabinet de Jean-Marc Nollet) ou Christophe Derenne (directeur d'Etopia, le centre de recherche créé par Ecolo). Tous ont le même âge, ou presque : entre 35 et 40 ans. Ces personnes aujourd'hui à la tête d'Ecolo partagent le même père spirituel, Jacky Morael. Elles ont pour la plupart adhéré entre 1994 et 1999, quand le Liégeois dirigeait le parti. Elles sont devenues parlementaires ou ont intégré des cabinets ministériels après le triomphe électoral de 1999. Et ce sont elles qui ont " sauvé " le parti, en le reprenant en main après le ressac de 2003 et 2004. " Les nouveaux ministres Ecolo se connaissent depuis quinze ans. Ils travaillent bien et s'entendent bien entre eux, décode Christophe Derenne, directeur d'Etopia. En 1999, on n'avait pas pris ce paramètre en compte dans notre casting. A l'époque, nos ministres ne s'entendaient pas avec la direction du parti et, de plus, ils ne s'entendaient pas entre eux. " Le casting ministériel que vient d'opérer Ecolo n'a effectivement consacré que des personnalités proches du duo Javaux-Nollet. Du coup, on peut se demander si certaines figures historiques, comme Marie Nagy, Monika Dethier ou Bernard Wesphael, ne sont pas en perte d'influence, voire en voie de marginalisation. " Une petite escouade détient à présent toutes les clés du parti, et se coopte entre elle ", grince un élu local. " Le casting ministériel me paraît très bon, nuance une étoile montante d'Ecolo. Cela me paraît normal que Jean-Michel Javaux choisisse des gens en qui il a entière confiance. Ce qui est plus dérangeant, c'est le sentiment que, si on n'appartient pas au premier cercle, on ne peut rien espérer recevoir. "Christophe Derenne, qui a été l'une des chevilles ouvrières du redéploiement d'Ecolo depuis 2004 et qui se décrit lui-même comme un " homme d'appareil ", ne cherche pas à fuir le débat. " Le risque, maintenant, ce serait de créer une sorte de clan, analyse-t-il. On n'est pas toujours à l'abri de ça. Mais on a vu tomber Jacky, notre père en politique, sous les coups de ceux qui l'accusaient d'avoir installé un clan à la direction du parti, en grande partie à tort. Ces mécanismes-là, on les connaît. Ils sont encore tout frais dans notre mémoire. Avec Jean-Michel Javaux à la tête d'Ecolo, cette " clanification " n'arrivera pas : il est capable d'opérer des choix tranchés, comme le casting des ministres, qui ne plaît pas à tout le monde, mais il est en même temps un homme de consensus. "Dans le but de rendre l'appareil d'Ecolo plus solide, plus performant, une " Académie verte " a été créée en 2007. Elle est destinée à former les futurs cadres du parti. " Il a fallu quinze ans pour faire accepter cette idée, indique Christophe Derenne. Cela suscitait des réticences à l'intérieur du parti, car la sélection des cadres signifie forcément une sélection des élites futures d'Ecolo. " L'Académie verte ne permet qu'à 20 personnes par an de s'inscrire. Elles sont choisies par un jury indépendant, pour éviter qu'elles ne soient trop inféodées à la direction du parti. Deux ans à peine après son lancement, ce programme de formation a déjà produit ses premiers fruits. Son coordinateur, Patrick Dupriez, vient d'être élu député wallon, tandis que deux " académiciens ", Zakia Khattabi et Arnaud Pinxteren, ont été élus députés bruxellois. " Quant aux autres, on va en retrouver une bonne partie dans les cabinets Ecolo, annonce Christophe Derenne. Ces gens sont hyper bien sélectionnés, hyper bien formés, hyper bien intégrés. Ils ont acquis une culture de travail et une culture idéologique. "Octroi de tous les postes clés à des représentants de la génération Javaux-Nollet, existence d'un " premier cercle " autour de ce duo, sélection plus rigoureuse des cadres du parti. Ces évolutions ne vont-elles pas entraîner un appauvrissement de la diversité interne à Ecolo ? La question pourrait se poser. D'autant plus que, parmi les nouveaux députés wallons et bruxellois, figurent plusieurs employés d'Ecolo, forcément moins enclins à s'écarter de la ligne dominante. " A Bruxelles, je constate déjà une plus grande diversité dans le profil des députés, observe la députée fédérale Zoé Genot. En Wallonie, vu le découpage des circonscriptions, seules les têtes de liste sont élues. Cela amène des personnalités plus consensuelles, car elles sont obligées de bénéficier du soutien de leur régionale. "Cependant, tous les échos provenant de la base convergent : il n'y a plus de guerres de chapelles chez Ecolo. C'est le résultat du patient travail de pacification accompli par Jean-Michel Javaux ces dernières années. Cela durera-t-il ? Jean-Michel Javaux et Jean-Marc Nollet jouent gros. L'échevin namurois Arnaud Gavroy, issu de la tendance plus " fondamentaliste " d'Ecolo, jadis incarnée par Paul Lannoye, prévient déjà : " Comme le maçon, je jugerai le mur sur pièces. Si Jean-Marc Nollet et consorts accomplissent du bon boulot, je serai le premier à applaudir. Mais s'ils patinent, je le dirai aussi. "FRANÇOIS BRABANT" Le risque, maintenant, ce serait de créer une sorte de clan "" hyper bien sélectionnés, hyper bien formés, hyper bien intégrés "