Les parents ont tort de refuser la politique de mixité sociale dans l'enseignement. Le législateur a raison de la leur imposer. A l'échelle internationale, les pays les plus performants sont ceux qui parviennent le mieux à " décloisonner " leurs écoles. Réclamer une plus grande variété sociale et culturelle parmi les élèves de nos écoles n'est pas un discours utopique, gauchiste ou irresponsable : c'est une nécessité urgente. Car notre enseignement très sélectif nuit aux moins favorisés - pour le dire crûment, il se distingue par sa forte proportion de cancres. Sans pour autant contribuer à forger une meilleu...

Les parents ont tort de refuser la politique de mixité sociale dans l'enseignement. Le législateur a raison de la leur imposer. A l'échelle internationale, les pays les plus performants sont ceux qui parviennent le mieux à " décloisonner " leurs écoles. Réclamer une plus grande variété sociale et culturelle parmi les élèves de nos écoles n'est pas un discours utopique, gauchiste ou irresponsable : c'est une nécessité urgente. Car notre enseignement très sélectif nuit aux moins favorisés - pour le dire crûment, il se distingue par sa forte proportion de cancres. Sans pour autant contribuer à forger une meilleure élite : les très bons élèves n'y sont pas plus nombreux qu'ailleurs. Autre particularité : les pays qui enregistrent les scores les plus remarquables proposent à l'ensemble des jeunes un même programme jusqu'à 15 ou 16 ans. Ce " tronc commun " encourage l'égalité. Chez nous, au contraire, réseaux, filières et options multiplient les possibilités. Or plus l'offre est importante, plus il y a d'inégalités. Certains choix se révèlent de véritables passeports pour l'emploi, alors que d'autres aboutissent à des voies de garage. Comment, dès lors, encourager la cohabitation de populations différentes, en respectant la liberté de choix des familles inscrite dans la Constitution ? A l'été dernier, le législateur a voté, dans une relative indifférence, un décret " mixité sociale " régulant les inscriptions en 1re année secondaire. Ce texte fort complexe établit une série d'élèves prioritaires (dont ceux d'origine défavorisée) et un tirage au sort pour les places restantes. Les modalités pratiques de cette " loterie " sont laissées à la discrétion des collèges et athénées. Ce qui provoque aujourd'hui la colère des parents. Du 3 au 28 novembre prochain, ceux qui ne bénéficient d'aucune priorité s'apprêtent à inscrire leur enfant dans plusieurs établissements répondant à leurs critères éducatifs. Cela désorganisera les établissements et retardera la composition des classes. Cette fois, le législateur a donc tort et les parents ont raison. Car de telles mesures envoient un mauvais signal : elles laissent croire, implicitement, que l'éducation est une loterie. Essentiellement, pour deux raisons. 1. Il faudrait responsabiliser les parents, mais la Communauté française fait tout le contraire. Or la réussite de l'enfant dépend aussi de l'investissement des parents dans son apprentissage. L'an dernier, le décret " inscriptions ", que le nouveau décret " mixité sociale " a revu et corrigé, avait au moins une logique : premier arrivé, premier inscrit. En faisant la file, les parents avaient le sentiment d'agir pour l'avenir de leur enfant. Aujourd'hui, ils se sentent impuissants. 2. Ce décret-Lotto est un aveu de faiblesse politique. Le législateur se discrédite à laisser la responsabilité de la mixité sociale... au hasard. Il donne l'impression qu'il n'a pas le courage d'assumer lui-même ces mesures qui permettraient de rendre une école exigeante accessible au plus grand nombre, au lieu de la réserver, comme aujourd'hui, à une élite sociale. dorothée klein