Quand il s'est retrouvé prépensionné à la fermeture des Forges de Clabecq en 1997, après trente-six ans de service, le contremaître Antonio Meo, 52 ans, s'est demandé ce qu'il allait faire de sa vie. Il s'est encore un peu plus impliqué dans la présidence de son comité de quartier à La Hestre (Manage). Mais il avait l'impression de tourner un peu en rond. Alors quand, à l'approche des élections communales de 2000, il a appris que les étrangers européens pouvaient désormais voter et être candidats, il s'est décidé. " J'ai demandé aux habitants du quartier ce qu'ils en pensaient, explique-t-il, et j'ai recueilli 261 signatures de personnes qui m'ont appuyé. Cela n'a pas é...

Quand il s'est retrouvé prépensionné à la fermeture des Forges de Clabecq en 1997, après trente-six ans de service, le contremaître Antonio Meo, 52 ans, s'est demandé ce qu'il allait faire de sa vie. Il s'est encore un peu plus impliqué dans la présidence de son comité de quartier à La Hestre (Manage). Mais il avait l'impression de tourner un peu en rond. Alors quand, à l'approche des élections communales de 2000, il a appris que les étrangers européens pouvaient désormais voter et être candidats, il s'est décidé. " J'ai demandé aux habitants du quartier ce qu'ils en pensaient, explique-t-il, et j'ai recueilli 261 signatures de personnes qui m'ont appuyé. Cela n'a pas été simple, mais j'ai finalement été repris sur la liste du PS, en 24e position sur 27. J'ai réalisé le 10e score, et j'ai été élu. "Selon les commentaires publiés à l'époque, le vote des Italiens a permis de récupérer les voix et les deux sièges de l'extrême droite. " Mais ce n'était pas simple, précise Antonio Meo, car il fallait les informer et les convaincre de s'inscrire puis de voter. Je n'avais aucune liste, alors je me suis servi du bottin. Les Italiens que j'ai contactés, ils ne croyaient même pas qu'ils pouvaient voter. J'ai rempli les papiers avec eux, et je les ai portés à la commune. Les trois quarts des votes étrangers de 2000 à Manage, c'est grâce à moi. "Le jeune prépensionné s'est investi à temps plein dans son mandat de conseiller, privilégiant, dit-il, le terrain et le contact avec les gens. Et cela a payé puisque, aux élections suivantes, en 2006, il a amélioré son score personnel, passant en 8e position. Et il a obtenu l'échevinat de l'Environnement et des Cimetières, le mandat d'échevin ayant entre-temps été rendu accessible aux étrangers européens. " J'ai bien travaillé, estime-t-il, les gens sont contents de moi. Et pourtant, je ne pourrai pas me représenter cette année : je viens d'avoir 66 ans, et le PS de Manage a refusé de m'accorder la dérogation. Par un vote à main levée. Dans toutes les communes voisines, il y a des candidats plus âgés. La vie ne s'arrête pas à 65 ans, et j'aurais apporté encore plus de voix... Les gens sont attristés, ils n'ont plus confiance. "Antonio Meo est arrivé en Belgique en 1956, à l'âge de 10 ans. La famille est originaire d'Avellino, près de Naples, d'où le père était parti comme ses quatre frères pour venir travailler après la guerre dans les charbonnages, et vivre dans un baraquement de tôle. Les parents d'Antonio et leurs cinq enfants ont emménagé dans une petite maison de trois pièces qui a plus tard été déclarée insalubre, et rasée. Antonio a commencé à travailler à 16 ans, mais son patron de l'époque l'a obligé à suivre des cours du soir. A 18 ans, il est entré aux Forges de Clabecq. Pourquoi a-il gardé la nationalité italienne ? " Pendant toutes ces années de travail, je n'y ai pas pensé et à ma prépension, je n'avais plus de raison de changer. " D'autant que sa nationalité ne l'a pas empêché de commencer sa deuxième carrière, sa carrière politique, même si elle sera trop courte à son goût. Il sera peut-être le dernier échevin de Wallonie de nationalité exclusivement italienne. Depuis juin 2010 en effet, les immigrés italiens et leur descendance ont accès à la nationalité belge, tout en gardant leur nationalité d'origine, tandis que les Italiens naturalisés belges peuvent également demander la double nationalité. M.D.