De notre envoyé spécial
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De notre envoyé spécial Bas-Congo, district des Cataractes. Depuis plus d'une heure, le chauffeur congolais du 4x4 de l'Unicef a abandonné la route macadamisée Kinshasa-Matadi. Nous cahotons sur une piste ravinée par le passage des véhicules. L'axe est très fréquenté, notamment par des milliers de pèlerins : il permet de rejoindre, vers le nord, la cité de Nkamba, la " Nouvelle Jérusalem " de l'Eglise kimbanguiste, l'un des principaux cultes du Congo. Le long de la piste, des enfants rentrent à pied de l'école, des femmes portent des bassines sur la tête et des hommes s'affairent autour de camions en panne... Arrêt à Lubingua, un village de 85 ménages, soit un peu plus de 800 habitants. La plupart sont protestants, membres de l'une des nombreuses Eglises du Réveil. Quelques familles sont catholiques ou kimbanguistes. Les villageois passent la journée dans les champs, où ils cultivent le manioc, le maïs, la patate douce et la banane. " Ils vendent une petite partie de la production pour pouvoir s'acheter des vêtements, du savon, des machettes, des houes... raconte Paul, le pasteur du village. Mais la hausse des prix, ces derniers mois, rend la vie plus difficile. En revanche, le village compte nettement moins de malades depuis l'aménagement de la source d'eau pure, l'installation de latrines à côté de chaque habitation et l'adoption de règles d'hygiène. "Depuis avril, le patelin est certifié " village assaini ", comme l'indique, sur ce qui tient lieu de place centrale, un drapeau hissé au sommet d'un mât immense. Unicef-Belgique a relancé, dans le cadre de sa campagne WaSH (pour water, sanitation et hygiene), un projet non abouti du ministère de la Santé congolais. Il vise à changer les comportements par l'utilisation de techniques bon marché et efficaces. " Au Congo, l'aménagement de points d'eau en zones rurales ne demande pas trop d'investissements, car l'eau est partout ", remarquent les responsables locaux de l'Unicef. " Les trois composantes, l'eau, l'assainissement et l'hygiène, sont indissociables pour obtenir de bons résultats, assure Yasser, médecin-chef de la zone de santé. Amener de l'eau sans installer des latrines est une aberration. Multiplier les toilettes sans convaincre les parents et les enfants d'adopter quelques pratiques simples, comme le lavage des mains au savon, est tout aussi inutile. "Le résultat des enquêtes menées à Lubingua avant et après la mise en route du projet révèle une chute des cas de paludisme, de diarrhée, de verminose et de gale. Jean, technicien en ouvrages hydrauliques, devenu superviseur de la douzaine de villages assainis de la région, avoue qu'il n'est pas toujours facile de persuader la population de modifier ses habitudes. " Il y a ceux qui, malgré les avertissements, continuent de déféquer en brousse aux alentours du village. Qui oublient de se laver les mains avant les repas. Ou qui n'éliment pas leurs déchets ménagers. "Voilà pourquoi un village sélectionné pour être assaini doit avoir mis sur pied une équipe active de volontaires. " Ici, elle est issue d'une ONG locale, d'un groupe de mamans et de membres de la chorale, poursuit le superviseur. Ils élaborent un plan d'action et forment un comité de maintenance. Toute la communauté doit être impliquée. Il faut désherber les parcelles, évacuer les eaux stagnantes après la pluie, nettoyer le village... Moi, j'y passe deux fois par mois, pour veiller au bon déroulement des opérations. " Le principal frein au développement du projet dans toute la région est l'état des routes, estiment nos hôtes : de nombreux villages restent peu accessibles et les superviseurs ne pourraient y assurer un suivi sanitaire. Campagne WaSH : voir le site www.unicef.be/wash OLIVIER ROGEAU