Norme de groupe ? Effet de mode, véritable révolution du regard et des procédures ? Ou nébuleuse linguistique ?
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Norme de groupe ? Effet de mode, véritable révolution du regard et des procédures ? Ou nébuleuse linguistique ? 1. Le terme lui-même Dès les années 1950, mais surtout lors de la décennie suivante, la vie et la culture américaines donnent le ton d'un consumérisme joyeux dont la jeunesse s'empare. On cherche alors divers mots qui remplaceraient, pour les arts libérés des " pères ", celui de " moderne ", usé et surtout trop européen. On dit alors, par opposition, " art actuel ", " avant-garde ", " art vivant ". Dans les années 1980, soit vingt ans plus tard, le terme " contemporain " finit par s'imposer mais, en aucun cas, il ne désigne un art qui soit seulement contemporain du moment où il apparaît. Ce n'est pas non plus une esthétique mais davantage une manière d'être et d'agir. 2. La contemporanéitéDéfinie à partir de l'art conceptuel des années 1960, elle privilégie la réflexion à l'intuition et le projet à la réalisation. L'immatérialité de ses propositions, plus proche de la pureté de l'Idée, travaille deux axes de recherche : la définition de l'Art (et d'autres concepts comme l'espace, le temps, la limite, la mesure...) et l'analyse sociologique. Le ton est critique. 3. Les moyens pour le direTrès nombreux, les plasticiens renoncent à la spécialisation (peinture, sculpture...) et passe d'une discipline à l'autre, traditionnelle ou novatrice (vidéo, installation, performance, théâtre, chorégraphie...) avec ou sans le secours de spécialistes ou d'artisans payés pour réaliser l'£uvre de celui qu'on appelle alors un producteur. 4. Un statutL'artiste romantique est mort. L'artiste contemporain est un " pro " intégré au marché. Il gère son affaire à un niveau international, voire planétaire, et vient de toutes sortes d'horizons. Pour accéder au statut, il ne faut pas avoir fait une école d'art, même si c'est là aussi qu'on apprend à connaître les réseaux de diffusion indispensables. 5. Un mytheL'art contemporain a donc cinquante ans d'âge. Et ce sans compter les nombreux signes avant-coureurs venus du dadaïsme et du constructivisme russe. Au fil des générations et des événements (le mur de Berlin, le danger climatique, le terrorisme, l'arrivée des grands pays émergents et maintenant la crise économique mondiale...), la rigueur des années passées (toujours défendue par certains) a fait place au goût pour le spectaculaire (jusqu'aux limites de l'horreur) ou pour son exact contraire, la banalité (comme valeur suprême). Est-ce un hasard si on assiste au retour tout à la fois de la peinture (surtout dans les pays anglo-saxons) et de l'émotion ? 6. ConclusionDu fait des élargissements successifs de la définition, le terme " art contemporain " renvoie aujourd'hui davantage à une notion temporelle. C'est de l'art qui se fait aujourd'hui face au présent du monde et de soi. Tous les moyens sont bons, même ceux qui consistent à critiquer la contemporanéité des aînés. G.G.