En 1992, le premier numéro de la revue Archipel s'ouvrait par un texte de son fondateur, Alain Germoz, sur Michel Seuphor, qui allait d'ailleurs saluer cet essai comme un des plus lumineux écrits à son propos. Aujourd'hui, la revue publie un numéro spécial entièrement consacré à cet homme qui est lui-même un "archipel" - écrivain, poète, dramaturge, dessinateur, critique et théoricien de l'art -, né à Anvers et mort, en 1999, à Paris, quasi cente...

En 1992, le premier numéro de la revue Archipel s'ouvrait par un texte de son fondateur, Alain Germoz, sur Michel Seuphor, qui allait d'ailleurs saluer cet essai comme un des plus lumineux écrits à son propos. Aujourd'hui, la revue publie un numéro spécial entièrement consacré à cet homme qui est lui-même un "archipel" - écrivain, poète, dramaturge, dessinateur, critique et théoricien de l'art -, né à Anvers et mort, en 1999, à Paris, quasi centenaire. On y fait un peu de ménage d'abord, pour balayer une ineptie (ou une perfidie): ce nationaliste flamand n'a jamais été un activiste et, durant la Première Guerre, s'est même opposé avec force aux menées de l'occupant pour récupérer les tenants du flamingantisme. Par la suite, il allait, sans renier ses origines, faire partie, notamment à Paris et dans le midi de la France, de ce bataillon informel des grands esprits universels dont l'art et la pensée sont la vraie patrie. Il est vrai que, tout au long de sa vie, cet homme multiple, clairvoyant et d'une grande indépendance, aura, à raison de cette multiplicité, à se colleter avec des vanités, des jalousies et des ingratitudes dont les milieux artistiques et littéraires ne sont pas avares. On connaît le sort que le mythe a réservé à Orphée ( Orpheus, nom dont l'anagramme a d'ailleurs transformé Fernand Louis Berckelaers, alors âgé de 16 ans, en Michel Seuphor). Et comme le précise Agnès Caers, animatrice des éditions De Blauwe Reiger qui ont largement contribué à l'édition de ce numéro spécial, l'aventure d'un homme "qui s'est creusé son chemin en faisant fi de tous les sentiers battus gagnait à être racontée par ses principaux acteurs". Ils sont présents, en effet, au travers de conversations, de témoignages ou d'évocations. De Mondrian aux compagnons d'une aventure éditoriale multiple et mouvementée, en passant par Seuphor lui-même (textes et lettres adressées à sa famille, à ses amis, et à son inspirateur Guido Gezelle, qui resta un poète majeur pour ce champion de la défense et illustration de l'art abstrait). A ceux qui connaissent bien Seuphor, ce numéro apporte, sur l'homme et sur son oeuvre, des éclairages inédits. A tous il révèle, mieux encore qu'un parcours, une sensibilité et une liberté de pensée dont il semble bien que nous ayons aujourd'hui le plus grand besoin. Seuphor. Revue Archipel, numéro spécial, 167 p. Ghislain Cotton