La question est un grand classique des concours: combien de Régions compte la Belgique? Si vous répondez 3, le voyant vert devrait s'allumer. Mais si vous répondez 4, on ne pourra pas vous coller un zéro. Car, c'est selon. Selon qu'on écrit ou non le mot avec une capitale. Récapitulons:
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La question est un grand classique des concours: combien de Régions compte la Belgique? Si vous répondez 3, le voyant vert devrait s'allumer. Mais si vous répondez 4, on ne pourra pas vous coller un zéro. Car, c'est selon. Selon qu'on écrit ou non le mot avec une capitale. Récapitulons:La Belgique compte trois Régions: la wallonne, la flamande et Bruxelles-Capitale.La Belgique est divisée en quatre régions linguistiques: la française, la néerlandaise, la bilingue (coïncidant avec Bruxelles-Capitale) et la région de langue allemande, à l'est du pays.La Belgique est composée de trois Communautés : la française, la néerlandaise et la germanophone.Cette construction administrativo-institutionnelle que des pays déchirés par les tensions internes nous envient peut-être et qui, jusqu'à aujourd'hui, est un gage de paix entre les Belges, va-t-elle s'enrichir d'un nouveau concept? La question est soulevée par l'évolution des esprits au sein de la petite Communauté germanophone du pays - 71 000 habitants, dont 10 000 Allemands - qui s'enorgueillit, parfois, d'être la minorité la mieux protégée au monde. Au fur et à mesure que l'Etat-central-nation se fissurait et se fédéralisait, elle a bénéficié, en trente ans, chaque fois avec retard par rapport aux grandes entités, d'un degré d'autonomie supplémentaire. Elle gère ainsi, actuellement, un paquet de compétences comprenant - outre les classiques matières culturelles et personnalisables -, l'enseignement, la politique de l'emploi, les monuments et sites ainsi que la tutelle sur les CPAS locaux. La DG (Deutschsprachige Gemeinschaft), comme on dit à Eupen, sa capitale, est une Communauté qui est juridiquement sur le même pied que ses deux grandes consoeurs. Un fait qui semble parfois même échapper aux spécialistes, puisque, dans son récent rapport remis au Conseil de l'Europe sur les minorités nationales, la Suisesse Lili Nabholz-Haidegger écrit encore le contraire. Bien sûr, son conseil législatif (Rat der deutschsprachigen Gemeinschaft), habilité à promulguer des décrets, est composé de 25 élus qui ne sont pas des politiciens professionnels, mais ses trois ministres ne sont pas oubliés dans l'ordre des préséances protocolaire officiel du royaume. La nouvelle phase de la réforme de l'Etat, résultant des accords de la Saint-Polycarpe, place les germanophones dans une situation paradoxale: les voilà devenus un peu plus wallons! Les accents régionalistes de ces accords - on pense, notamment, à la régionalisation de la loi communale et provinciale - renforcent, en effet, la Wallonie, dont les 9 communes germanophones relèvent pour toutes les matières d'ordre économique, pour l'urbanisme et l'aménagement du territoire ... "Si nous ne sommes pas des Allemands, nous ne sommes pas davantage des Wallons qui parlent l'allemand", proclame le ministre-président Karl-Heinz Lambertz (PS): "Nous sommes des Belges germanophones habitant sur le territoire de la Wallonie", résume-t-il, conscient de marcher sur des oeufs. Pardi: la nouvelle donne institutionnelle le rend désormais tributaire davantage des responsables politiques wallons que des élus fédéraux. Tous les partis germanophones s'accordent donc pour réclamer un surplus de compétences. Parmi celles-ci, à tout le moins, le logement social et l'aménagement du territoire. L'idée d'une quatrième Région (avec un grand R), qui se substituerait à la Communauté, fait son chemin. Une telle évolution ne déplairait pas à certains partis flamands mais elle nécessiterait une révision constitutionnelle. Il en serait de même si on voulait créer une province germanophone, une idée souvent évoquée dans le passé, qui ne cadre plus guère avec l'air du temps. L'opposition sociale-chrétienne réclame des transferts de compétences significatifs et, bien sûr, des structures administratives et des budgets afférents. Se disant "sans dogmatisme" sur ces questions, le député européen germanophone Mathieu Grosch (PSC) pense qu'il est nécessaire de s'adapter "à l'évolution naturelle, en Belgique, allant dans le sens de la primauté des Régions". Alors quelle voie emprunter? Avec un luxe de précautions diplomatiques, appelant l'art graphique à la rescousse ( voir photo), la DG cherche actuellement à populariser un nouveau concept: celui de Communauté-Région. Concrètement, il s'agirait, ainsi, de faire avaler la pilule à la Région wallonne: transférer aux germanophones les compétences supplémentaires que ceux-ci souhaitent exercer, en vertu de l'article 139 de la Constitution l'autorisant explicitement. De plus, ils voudraient dépouiller la province de Liège de sa tutelle administrative sur les 9 communes germanophones et transférer celle-ci à la DG. Objectif? "Assumer notre autonomie, qui n'est pas une fin, mais un moyen d'épanouissement, de manière plus homogène, et mieux gérer le développement régional", assène Lambertz. Principal interlocuteur des germanophones dans les négociations qu'ils réclament, Jean-Claude Van Cauwenberghe, ministre-président de la Région wallonne n'est pas chaud chaud. De la part d'un régionaliste convaincu, la chose est plutôt piquante...Pierre Schöffers