Il est bel et bien là. En ce 1er mai, date toujours fétiche pour le Front national, Frédéric Chatillon côtoie sa vieille amie de fac, Marine Le Pen, au centre des congrès de la porte de la Villette, à Paris. Rien ne semble troubler la relation entre la présidente du FN et l'ancien dirigeant du syndicat étudiant d'extrême droite le Groupe union défense (GUD). Entre son passé de gros bras n'hésitant pas à faire le coup de poing et ses récents ennuis judiciaires, Frédéric Chatillon, aujourd'hui âgé de 48 ans, aurait pu être banni par Marine Le Pen, adepte revendiquée de la " dédiabolisation " du parti créé par son père, Jean-Marie. Celle qui tient désormais ferme les commandes du mouvement reste cependant fidèle à ce proche. Discret et présent à la fois, l'ancien "gudard" devenu patron avisé de Riwal (une société de communication et l'un des fournisseurs attitrés du Front) a déjeuné au " banquet populaire et patriote " aux côtés des supporteurs de la future candidate à l'Elysée, comme si de rien n'était.
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Il est bel et bien là. En ce 1er mai, date toujours fétiche pour le Front national, Frédéric Chatillon côtoie sa vieille amie de fac, Marine Le Pen, au centre des congrès de la porte de la Villette, à Paris. Rien ne semble troubler la relation entre la présidente du FN et l'ancien dirigeant du syndicat étudiant d'extrême droite le Groupe union défense (GUD). Entre son passé de gros bras n'hésitant pas à faire le coup de poing et ses récents ennuis judiciaires, Frédéric Chatillon, aujourd'hui âgé de 48 ans, aurait pu être banni par Marine Le Pen, adepte revendiquée de la " dédiabolisation " du parti créé par son père, Jean-Marie. Celle qui tient désormais ferme les commandes du mouvement reste cependant fidèle à ce proche. Discret et présent à la fois, l'ancien "gudard" devenu patron avisé de Riwal (une société de communication et l'un des fournisseurs attitrés du Front) a déjeuné au " banquet populaire et patriote " aux côtés des supporteurs de la future candidate à l'Elysée, comme si de rien n'était. Le scandale des " Panama papers " révélé par Le Monde en a fait la vedette involontaire d'un feuilleton où le FN est mis en cause, et l'image de " l'amie " présidente un peu écornée. Sans fondement, ont protesté des responsables du parti. Un montage financier complexe vers l'étranger, des soupçons d'irrégularités autour d'un investissement de 316 000 euros transféré finalement vers Singapour, après des détours via Hongkong et les îles Vierges... cela ne pouvait tomber plus mal pour une candidate que les sondages ont déjà qualifiée pour le second tour de l'élection présidentielle française, à un an du scrutin. D'autant qu'elle-même, son parti et sa relation de ses années d'études affrontent déjà la justice dans une enquête portant sur le financement des campagnes électorales du FN en 2011 et 2012. Marine Le Pen prône une " France apaisée " et se trouve confrontée à des articles de presse qui troublent sa communication. Sollicitée par Le Vif/L'Express, elle n'a pas souhaité répondre à nos questions sur cet ami devenu quelque peu encombrant. Un ami pourtant bien certain de n'avoir rien à se reprocher. Dès les premières révélations des " Panama papers ", il conteste toute irrégularité dans cette transaction financière au bout du monde, proposée par un " camarade " d'enfance en Afrique. Personne n'a été lésé, et surtout pas le fisc, assure-t-il, document à l'appui. Il n'y a pas matière, selon lui, à " faire un article qui sous-entend qu'il y a quelque chose d'illégal ". Et, surtout, ajoute-t-il, aucune raison d'" essayer d'impliquer le FN, qui n'a rien à voir dans cette opération ". Les enquêteurs le soupçonnent pourtant d'avoir utilisé une fausse facture, seul moyen de débloquer l'argent auprès de sa banque et justifier le transfert de fonds vers l'Asie. L'avocat de Frédéric Chatillon reconnaît l'infraction, mais souligne qu'elle n'a causé de préjudice à personne. Comment, dans ce cas, pourrait-elle être reprochée à son client, insiste-t-il ? L'autre affaire semble plus embarrassante, car elle vise cette fois directement le parti d'extrême droite ainsi que Jeanne, la microformation de sa présidente. Alors que l'enquête est bouclée depuis le 14 janvier, dix personnes sont mises en examen, dont le trésorier du FN, un député européen et Frédéric Chatillon. Selon nos informations, les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi tiquent sur un point. A l'élection présidentielle de 2012, Marine Le Pen utilise les services de Riwal. Pour les magistrats, la marge accordée à la société de communication semble excessive et pourrait constituer une escroquerie au préjudice de l'Etat français d'un montant de 2,5 millions d'euros. Selon l'avocat de Chatillon, " ce dernier n'a pas commis de délit, et seulement défendu les intérêts de sa société ". Frédéric Chatillon ne renie jamais le passé, même s'il le couvre parfois d'un voile de discrétion. Jusqu'alors les incartades de cet amoureux des dauphins demeuraient plutôt inaperçues, connues des seuls spécialistes de l'extrême droite. Le visage de l'ex-président du GUD, et ses poings impressionnants, resurgit en 2014 dans un livre du journaliste Frédéric Haziza intitulé Vol au-dessus d'un nid de fachos (Fayard). Ce dernier dresse un portrait sans concession et peu flatteur. L'ami de Marine Le Pen est décrit dans ses pages comme antisémite, néonazi et négationniste. Une assignation en référé est aussitôt déposée. Mais la demande de suppression des termes injurieux est rejetée. Mes Richard Malka et Lorraine Gay, les avocats de l'auteur, produisent à l'audience une attestation écrite émanant d'un ancien membre du GUD. Celui-ci ne mâche pas ses mots, et paraît confirmer les accusations du livre : " Frédéric Chatillon a aujourd'hui comme hier une haine maladive des juifs ", dit-il ainsi. A titre d'édification, le témoin cite plusieurs anecdotes remontant au début des années 1990. Frédéric Chatillon préside alors le redouté syndicat étudiant, dont l'accusateur fut membre entre 1986 et 1995. Il raconte que le chef du GUD célébrait dans un restaurant, chaque 20 avril, l'anniversaire du Führer qu'il appelait " ce grand homme ". " Chatillon, poursuit-il, nous présenta au cours du dîner un portrait peint d'Adolf Hitler en prononçant ces mots "Mon Führer bien-aimé, il est magnifique", avant de l'embrasser. " Il revient aussi sur un épisode datant de mars 1991. Un soir, il est sollicité avec une dizaine d'autres militants pour assurer la protection d'un homme à l'identité mystérieuse. " Je me suis rendu compte alors que l'ami de Chatillon était Robert Faurisson (agrégé de lettres et militant négationniste). Je l'ai reconnu en le voyant, écrit-il. [...] Visiblement, ils se connaissaient très bien. Il nous l'a présenté en nous disant beaucoup de bien de lui, en nous précisant que "nous partagions les mêmes idées"." Est-ce ce témoignage qui a convaincu la juge ? Absent à l'audience, Frédéric Chatillon réplique le jour même sur son compte Twitter en évoquant une manipulation : " Le témoin accablant [...] est le président du syndicat des proxénètes belges ! " " Je vais porter plainte contre lui. C'est de la pure calomnie ! " ajoute-t-il dans un deuxième message. L'intéressé, joint par Le Vif/L'Express, assure n'avoir jamais été poursuivi. Il reconnaît toutefois posséder " des intérêts dans la prostitution en Belgique et ailleurs... ", mais garantit : " Tout ce que j'ai écrit dans ma déposition est véridique. " L'odeur d'antisémitisme viscéral qui entoure l'ami de jeunesse de Marine Le Pen ne parvient pas à se dissiper. Et dépasse de loin ce simple témoignage en justice. Dès son arrivée à la tête du GUD, en 1991, Frédéric Chatillon désigne une cible privilégiée, qu'il qualifie ainsi, lors du meeting célébrant, en 1993, le 25e anniversaire de l'organisation : " Après l'effondrement du communisme, nous avons trouvé comme nouvel ennemi, dans la rue, dans la vie quotidienne, le sionisme. " L'un des experts français de l'extrême droite, Michel Soudais, assiste à la scène. Et raconte qu'au moment où un invité ultranationaliste allemand prend à son tour la parole il est accueilli par des " Sieg Heil ! " et des bras tendus, signes d'allégeance à Hitler, d'un tiers de la salle. Un peu plus tard, Chatillon publie un livre devenu culte pour les anciens activistes de l'université Panthéon-Assas à Paris, aux surnoms évocateurs (Waffen Assas ou Groupuscule des dieux, ainsi qu'eux-mêmes se nomment), Les Rats maudits. Histoire des étudiants nationalistes, 1965-1995. Le tournant y est assumé sans dissimulation : " Le GUD ne laisse plus les milices juives agir en toute impunité. " A la même période, Chatillon effectue le pèlerinage de nombreux militants de l'ultradroite européenne vers l'Espagne, où s'est réfugié en 1945 Léon Degrelle, sous la protection de Franco. L'aura du fondateur du mouvement pronazi Rex, décédé en 1994, tient à ses rencontres avec Adolf Hitler et à son statut de vétéran de la division SS Wallonie, engagée sur le front russe pendant la Seconde Guerre mondiale. A ses interlocuteurs, comme aux télévisions qui l'interrogent, l'ex-" Volskfürher " de Wallonie répète à chaque fois : " Ceux qui ont gagné la guerre, ce sont les juifs. " Il conteste aussi la réalité de la Shoah, qualifiée de " légende criminelle ". Filmé de dos par la RTBF en 2009, Chatillon fait un récit enthousiaste de ses rendez-vous avec Degrelle : " Je suis allé le voir régulièrement, on revenait de là galvanisés. On avait envie de continuer dans notre engagement. C'était des moments très très forts. " En 1994, le président du GUD se découvre une nouvelle cause, celle de la Syrie du clan Assad, ennemi d'Israël. Un lien jamais rompu. En 2006, il rencontre au Liban des officiels syriens, en compagnie de Dieudonné, humoriste plusieurs fois condamné pour ses propos antisémites. En France, sa société, Riwal, mène des campagnes de publicité en faveur du ministère du Tourisme à Damas. Et ouvre un site d'informations, Infosyrie.fr, voué au soutien du régime. GUD, Degrelle, Syrie... et les accusations d'antisémitisme relayées par les médias ont contraint Marine Le Pen à prendre la parole. A BFM TV, il y a deux ans, elle déclare ainsi : " Frédéric Chatillon n'est pas un nazi. Je n'ai pas de nazis autour de moi. [...] Il est un de mes amis. ". Aujourd'hui, visiblement, elle n'a pas changé d'avis. PAR PASCAL CEAUX ET FRANÇOIS KOCH" Il nous a présenté Robert Faurisson (militant négationniste) en nous disant beaucoup de bien de lui "