L'homme africain est entré dans l'Histoire. Par la grande porte, celle qui rassemble les peuples et les cultures dans la reconnaissance des valeurs universelles du courage, de la détermination, de la lutte pacifique. S'il y a un Mandela " national ", sans doute controversé, il a sa face internationale, qui parle aux autres peuples. Le monde a besoin de héros, il n'en a plus ; il se cherche des leaders, il n'en voit point. Le culte dont Nelson Mandela a fait l'objet, avec une dose incompressible d'hypocrisie et d'ostentation, montre à quel point l'humanité reste attachée à la figure irremplaçable du " grand homme ", qui résume dans son propre itinéraire de vie les souffrances et les aspirations des siens. Il a été impossible à quiconque de " récupérer " Mandela, toute sa...

L'homme africain est entré dans l'Histoire. Par la grande porte, celle qui rassemble les peuples et les cultures dans la reconnaissance des valeurs universelles du courage, de la détermination, de la lutte pacifique. S'il y a un Mandela " national ", sans doute controversé, il a sa face internationale, qui parle aux autres peuples. Le monde a besoin de héros, il n'en a plus ; il se cherche des leaders, il n'en voit point. Le culte dont Nelson Mandela a fait l'objet, avec une dose incompressible d'hypocrisie et d'ostentation, montre à quel point l'humanité reste attachée à la figure irremplaçable du " grand homme ", qui résume dans son propre itinéraire de vie les souffrances et les aspirations des siens. Il a été impossible à quiconque de " récupérer " Mandela, toute sa vie durant. C'est l'épaisseur humaine et la liberté d'esprit qui continuent indéfiniment de détacher du lot les figures d'exception. Pour la même raison, on oubliera les failles, les erreurs et les insuffisances de celui qui s'inquiétait d'être vu comme un saint. A la grande différence de Gandhi, dont la mort inaugura une ère de tueries, Mandela quitte un pays, encore rempli d'incertitudes, qui a réussi à s'affirmer comme une des cinq grandes puissances émergentes. Mais, si l'Afrique du Sud a fait surgir du continent noir un rayon de lumière, d'autres fronts s'aggravent inexorablement. Avec une amplification : l'enchevêtrement des conflits locaux a acquis une dimension internationale. L'Afrique enterre son héros mais creuse toujours des fosses communes. La République centrafricaine (RCA), après le Mali, vient de nouveau poser le problème de la présence de la France, seule volontaire pour porter secours aux populations ravagées par le carnage entre factions rivales. Comment sortir de cet engrenage, dont Paris se passerait bien, même après avoir obtenu l'appui d'une force militaire interafricaine ? A ceux qui se demandent ce qui a changé par rapport aux mauvaises habitudes de la Françafrique, on peut répondre que Paris n'agit qu'à la demande des gouvernements menacés ou en raison de l'urgence humanitaire, contrairement aux sombres calculs qui prévalaient naguère. D'autres considérations entrent aussi en ligne de compte. D'une part, dans l'étendue du continent située au sud du Sahel, la France a perdu en dix ans la moitié de ses parts de marché, évolution qui pourrait à court terme engendrer une éviction irréversible. Paradoxalement, ce recul densifie le rôle de gendarme de l'Afrique. D'autre part, comme on l'a vu au Mali, la zone sahélienne, d'une pauvreté endémique, est désormais gagnée par la contagion islamiste (il en va de même au Nigeria, Etat potentiellement riche), ce qui fait de l'Afrique un enjeu primordial pour le terrorisme international de type Al-Qaeda, soit une différence de taille avec les années phares de la Françafrique. Dans ce contexte, toute déstabilisation est propice à l'installation de bandes incontrôlables qui traceront leurs routes et feront la loi en faisant fi des frontières. Sur l'ensemble du territoire de la RCA (qui est au contact poreux, entre autres pays, avec le Soudan, le Soudan du Sud et le Tchad), le précédent président de la RCA, François Bozizé, contrôlait tout au plus Bangui et les villages environnants. La partie militaire apparaît aujourd'hui complexe, d'autant qu'elle doit éviter de reproduire le schéma des opérations françaises précédentes. Mais le risque principal est, comme au Mali, de ne rien faire et de voir ce conflit déborder du territoire concerné, pour atteindre toute la région en répandant l'insécurité, la criminalité et toutes sortes d'exactions. La RCA peut, à son tour, devenir un sanctuaire, ce qu'il est précisément question d'éviter pour les troupes françaises présentes sur place. Interrogé par Le Vif/ L'Express sur l'avenir de l'Afrique, Mandela avait répondu, laconique : " Le combat continue. " par Christian Makarian