Certes, les efforts prolongés provoquent une douleur. Un mal nécessaire qui nous protège et fait en sorte que nous ne courrions ou ne pédalions pas à notre perte ! Mais une chose est sûre : l'acide lactique n'y est pour rien ! En fait, nous n'avons toujours pas compris l'origine de ces douleurs, fatigue et autres contreperformances.
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Certes, les efforts prolongés provoquent une douleur. Un mal nécessaire qui nous protège et fait en sorte que nous ne courrions ou ne pédalions pas à notre perte ! Mais une chose est sûre : l'acide lactique n'y est pour rien ! En fait, nous n'avons toujours pas compris l'origine de ces douleurs, fatigue et autres contreperformances. La conviction selon laquelle fatigue et crampes sont liées à l'acide lactique reste pourtant profondément ancrée. Pour quelle raison ? Parce qu'en 1922 déjà, cette théorie a pour ainsi dire été déclarée incontestable avec l'attribution du Prix Nobel à Archibald Hill et Otto Meyerhof, les scientifiques qui ont découvert la manière dont nos cellules s'approvisionnent en énergie. (1) Lors de leurs recherches, ils sont tombés sur l'acide lactique, déjà connu à l'époque et ainsi dénommé car dans le lait, cet acide provient de la dégradation du lactose par les bactéries. La connaissance de ces processus n'était guère avancée ces années-là mais en attendant, c'était ce que l'on avait trouvé de mieux... Plus tard, on constata que les muscles se contractaient plus lentement et moins fort dès qu'il y avait trop d'acide lactique dans le sang, ce qui fit office de preuve supplémentaire pour cette théorie. Bien que ce raisonnement soit totalement caduc car l'un n'est pas nécessairement la cause de l'autre, l'acide lactique fut déclaré coupable et considéré comme un déchet de l'approvisionnement énergétique qui entravait les performances et dont il fallait se débarrasser au plus vite. Peu après, on constata que l'acide lactique faisait long feu et se désagrégeait rapidement entre autres en lactate. Pour les chercheurs, cela ne changeait rien car pendant longtemps, ils crurent encore que le lactate n'apparaissait que lorsque le corps est en manque d'oxygène lors de très gros efforts, ce qui contribue à la soi-disant acidification. Une explication détaillée des processus complexes de la production d'énergie nous conduirait trop loin, mais dans les années 1970, le professeur américain George Brooks de l'université de Berkeley en Californie a pu démontrer que le lactate n'était pas un déchet mais au contraire une source d'énergie. Grâce à lui, les choses ont évolué. Brooks a continué à se concentrer sur la production d'énergie dans le corps et a récemment publié un rapport montrant comment les erreurs passées avaient entravé les nouvelles découvertes. (2) Comme exemple d'erreur, la supposition selon laquelle la grande quantité de lactate dans les cellules soumises au stress, par exemple après un infarctus ou une lésion cérébrale, devait être la cause de ce stress... Or, la bonne conclusion est que le lactate est justement la solution pour faire face à ce stress. Il soutient le processus de guérison. Nous produisons du lactate aussi lorsque nous nous occupons calmement et même lorsque nous dormons. Mais nous savons entretemps aussi que lors de gros efforts, le coeur et le cerveau s'alimentent presque exclusivement de lactate, parce qu'il est disponible en masse, mais aussi parce qu'il est encore traité plus rapidement que le glucose. De tels constats ont conduit Brooks à conclure que " le lactate est la carte VISA des processus énergétiques dans le corps : tous les consommateurs (= cellules) l'acceptent ". (3) De plus en plus de chercheurs adhèrent à cette vision. Les bons entraîneurs et les athlètes bien informés ont compris depuis longtemps que l'acide lactique n'est pas l'ennemi des performances. Au contraire, ils savent que la forte production de lactate est nécessaire pour maintenir des efforts intenses. La production d'une importante quantité de lactate est donc un signe d'excellente condition physique. Sans lactate, nous nous écroulerions beaucoup plus rapidement lors d'efforts.