Le premier à se lancer sans concession dans cette nouvelle aventure du regard est Vassily Kandinsky. L'artiste raconte qu'il bascula du côté de l'abstraction, presque par hasard, après avoir longuement observé et apprécié un de ses tableaux accroché au mur... à l'envers ! Il sait alors que représenter le monde visible nuirait profondément à sa peinture. Une intuition géniale qui lui permet de délaisser la reproduction réaliste, idéalisante ou allégorique d'un modèle pour des £uvres sans sujet ni objet, mais faisant la part belle aux formes et symboles picturaux. L'artiste russe marque le début de ce courant en peignant la première £uvre totalement non figurative : une aquarelle réalisée à Munich, en 1910.
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Le premier à se lancer sans concession dans cette nouvelle aventure du regard est Vassily Kandinsky. L'artiste raconte qu'il bascula du côté de l'abstraction, presque par hasard, après avoir longuement observé et apprécié un de ses tableaux accroché au mur... à l'envers ! Il sait alors que représenter le monde visible nuirait profondément à sa peinture. Une intuition géniale qui lui permet de délaisser la reproduction réaliste, idéalisante ou allégorique d'un modèle pour des £uvres sans sujet ni objet, mais faisant la part belle aux formes et symboles picturaux. L'artiste russe marque le début de ce courant en peignant la première £uvre totalement non figurative : une aquarelle réalisée à Munich, en 1910. Pour clore en beauté sa programmation unanimement dédiée au centenaire de l'art abstrait, le Service de la culture de la province de Namur propose un parcours sélectif retraçant l'histoire de la peinture non figurative en Belgique. Sans être exhaustive, l'exposition - soit une trentaine d'£uvres majeures - insiste sur les multiples sous-tendances qui caractérisent plus d'un demi-siècle de production picturale. A l'instar de ses voisins européens, la Belgique n'échappe pas à la révolution artistique lancée par Kandinsky. Toutefois, ce n'est qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que l'art abstrait trouve un écho dans notre pays. Mode d'expression dominant de l'après-1945, ce mouvement se décline en courants foisonnants et souvent concurrents. Quelques-uns consacrent la nature comme un puissant générateur de sensations mais aussi comme une intarissable source d'inspiration. Une confrontation avec le monde minéral et végétal dont témoignent les envolées lyriques de Mig Quinet, Anne Bonnet, Jules Lismonde, Maurice Wyckaert, Louis Van Lint ou encore Serge Vandercam. D'autres, à l'exemple de Bram Bogart, Jan Burssens et Louis-Marie Londot, explorent les " territoires de la matière ". Qualifiés en toute logique de " matiéristes ", ils font de la texture pigmentaire le terrain d'expérimentation de toutes leurs recherches plastiques. Une tout autre voie est empruntée par Antoine Mortier et Englebert Van Anderlecht. A l'image de l'expressionnisme abstrait américain et de l'" action painting ", ces deux Belges mettent en valeur la violence fulgurante du mouvement balayé sur la toile. Dès lors, le geste ne sert plus à créer une image mais existe par lui-même puisqu'il traduit la rage de peindre ou la " fureur de vivre " d'artistes en révolte. Autre sous-tendance d'importance : l'abstraction géométrique. Incarnée par Jo Delahaut, Gilbert Decock et Guy Vandebranden, elle use des moyens offerts par la géométrie pour créer des £uvres rationnelles, mais dégageant néanmoins une charge spirituelle. Ces artistes dotent ainsi les couleurs et les formes d'une existence autonome. Quelquefois, les grandes plages colorées uniformément et les lignes réduites à l'essentiel annoncent un certain minimalisme. Une dernière école poursuit la mission de rendre à la couleur son énergie première. Défendue et partagée entre autres par Marthe Wéry et Michel Mouffe, cette démarche - valorisant l'importance des recherches chromatiques - mènera droit au monochrome. Autant d'approches de l'abstraction qui partagent un dessein commun : porter toute l'attention sur la revalorisation d'éléments purement plastiques. Notons enfin que cette exposition - ainsi que ses satellites photographiques ( voir encadrés) - se double de l'opération Art Dimanche, une visite en matinée commentée par un historien de l'art passionné. L'Abstraction belge depuis 1945 dans la collection Dexia, Maison de la Culture, 14, avenue Golenvaux, à 5000 Namur. Jusqu'au 31 décembre 2010. Accessible tous les jours, de 12 à 18 heures, sauf le 25 décembre.GWENNAëLLE GRIBAUMONT; GWENNAëLLE GRIBAUMONT