Une écrasante majorité en faveur de l'indépendance, une participation à hauteur de 80 % des votants et aucun incident majeur : Massoud Barzani, le président du gouvernement régional du Kurdistan irakien, peut s'estimer, de son point de vue, satisfait du référendum organisé le lundi 25 septembre pour sceller le divorce avec le pouvoir de Bagdad. Les ennuis ne font cependant que commen...

Une écrasante majorité en faveur de l'indépendance, une participation à hauteur de 80 % des votants et aucun incident majeur : Massoud Barzani, le président du gouvernement régional du Kurdistan irakien, peut s'estimer, de son point de vue, satisfait du référendum organisé le lundi 25 septembre pour sceller le divorce avec le pouvoir de Bagdad. Les ennuis ne font cependant que commencer pour l'un des deux leaders historiques, avec son rival Jalal Talabani, du combat pour les Kurdes d'Irak. Massoud Barzani aura beau faire valoir la légitimité d'un vote démocratique, il n'en sera pas moins exposé à une possible réplique militaire de Bagdad - le Parlement a voté, en l'absence des députés kurdes, le renforcement de la présence de l'armée dans la région - et à l'hostilité de ses voisins, Turquie et Iran qui, abritant eux-mêmes des minorités kurdes sur leur territoire, craignent l'effet de contagion (voir page 70 pour le cas particulier de la Syrie). En l'occurrence, c'est sans doute Recep Tayyip Erdogan, le président turc, qui a, entre ses mains, la clé du devenir de l'indépendance du Kurdistan irakien. A travers les flux commerciaux entre la Turquie et la région du Nord-Est de l'Irak et les voies de transport transfrontalier, il peut aisément asphyxier économiquement le futur jeune Etat. Or, le président turc a entretenu de bonnes relations ces dernières années avec Massoud Barzani, pour préserver non seulement ses intérêts économiques mais aussi stratégiques, le second tolérant sur son sol les opérations militaires turques contre la rébellion des Kurdes de Turquie du PKK. Le résultat du référendum au Kurdistan irakien est donc lourd de menaces pour la stabilité de la région, d'autant plus que les Kurdes nourrissent des revendications sur la ville et la région de Kirkouk, riche en pétrole mais hors des trois provinces (Erbil, Souleimanieh et Dohouk) qui forment aujourd'hui leur région autonome. G. P.