En invitant cinq chorégraphes, le KunstenFestival des Arts (KFA) se montre plutôt parcimonieux à l'égard d'une discipline artistique en plein essor. Cependant, les spectacles choisis nous offriront un éventail des tendances de la danse actuelle. Ainsi, deux artistes belges nous montreront à quel point la création chorégraphique peut emprunter des chemins contrastés, voire opposés. Avec Twelve Seasons, Michèle Noiret confirme sa recherche d'équilibre entre une composition chorégraphique et une partition musicale, tandis que Hans Van den Broeck et son Lac des singes, titre dans lequel il ne faut pas voir ...

En invitant cinq chorégraphes, le KunstenFestival des Arts (KFA) se montre plutôt parcimonieux à l'égard d'une discipline artistique en plein essor. Cependant, les spectacles choisis nous offriront un éventail des tendances de la danse actuelle. Ainsi, deux artistes belges nous montreront à quel point la création chorégraphique peut emprunter des chemins contrastés, voire opposés. Avec Twelve Seasons, Michèle Noiret confirme sa recherche d'équilibre entre une composition chorégraphique et une partition musicale, tandis que Hans Van den Broeck et son Lac des singes, titre dans lequel il ne faut pas voir une caricature d'un certain ballet romantique, se situe, d'une part, dans la ligne du théâtre-danse de type déjanté, et, d'autre part, dans un travail très concret sur le corps, travail destiné à traduire immédiatement des sensations difficiles à formuler verbalement. D'autres chorégraphes manifestent des préoccupations politiques, scientifiques ou métaphysiques. Par exemple, Boyzie Cekwana ancre Shift dans la réalité de son pays d'origine, l'Afrique du Sud. Afin de nous ouvrir les yeux sur les effets complexes d'une colonisation qui a duré vingt générations, Shift rompt le silence qui enveloppe le racisme à rebours, les viols, les crimes ou la guerre. Un spectacle tout en mouvements, images, musiques et textes. Parcours à risquesPlus proches de nous, géographiquement du moins, les chorégraphes français Xavier Le Roy et François Verret oeuvrent probablement dans des optiques aussi différentes que celles de nos deux compatriotes cités plus haut. Xavier Le Roy, biologiste moléculaire et cellulaire venu à la danse, a combiné une soirée protéiforme au cours de laquelle le public sera pris dans un jeu de questions et de réflexions suscitées par les différents spectacles de cette performance. Ce chorégraphe dansera deux de ses solos, ainsi que la pièce en trompe-l'oeil intitulée Xavier Le Roy. Ces solos côtoieront des compositions signées par quelques confrères, comme Jérôme Bel ou Laurent Goldring. Le chorégraphe François Verret offrira une meilleure prise aux spectateurs néophytes. Les créations de cet architecte ayant dérivé vers la danse répondent à une nécessité intérieure et touchent directement le public. En prenant appui sur Bartleby, une nouvelle de Herman Melville, François Verret sonde les mécanismes du refus et de la désobéissance. Pour évoquer ce Bartleby affligé par l'absurdité des relations humaines dans le monde moderne, le chorégraphe nous plonge dans un univers en construction et en déconstruction permanente, délibérément instable et nocturne. Si les évolutions périlleuses de deux acrobates, un porteur et un voltigeur, précisent encore le sentiment de danger, leur contact de main à main soulève la question de la confiance en autrui et l'espoir d'un retour à une société plus fraternelle, le rêve secret de Bartleby. Pour ce spectacle, comme pour Kaspar Konzert, une merveille donnée lors de l'édition précédente du KFA, François Verret s'est associé à Jean-Pierre Drouet dont les objets musicaux sont destinés à intensifier le traitement de l'espace, à Christian Dubet pour la lumière et à Claudine Brahem pour la scénographie. KunstenFestival des Arts, Bruxelles, du 4 au 26 mai. Tél.: 070-222 199.Lucie Van de Walle