Le véritable père de la réforme des services de police, c'est lui. Fernand Koekelberg, 53 ans, malgré une allure rondouillarde de Brabançon (wallon), est une fine lame, doublée d'un travailleur acharné. Avant d'être nommé commissaire général de la police fédérale, en 2007, " Koek " a affûté ses talents d'homme de l'ombre dans des cabinets ministériels social-chrétien et libéraux, jamais socialistes. La qualification élogieuse que lui a attribuée Elio Di Rupo - " un grand commis de l'Etat " - n'a cependant rien de surprenant.
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Le véritable père de la réforme des services de police, c'est lui. Fernand Koekelberg, 53 ans, malgré une allure rondouillarde de Brabançon (wallon), est une fine lame, doublée d'un travailleur acharné. Avant d'être nommé commissaire général de la police fédérale, en 2007, " Koek " a affûté ses talents d'homme de l'ombre dans des cabinets ministériels social-chrétien et libéraux, jamais socialistes. La qualification élogieuse que lui a attribuée Elio Di Rupo - " un grand commis de l'Etat " - n'a cependant rien de surprenant. Surnommé le " caméléon ", Fernand Koekelberg n'a pas les raideurs de l'ancienne gendarmerie - dont il est issu - à l'égard des décideurs politiques. Ces derniers lui ont toujours su gré de les guider loyalement dans le maquis policier. Son dernier " patron " dans un cabinet ministériel, Patrick Dewael, ministre de l'Intérieur (Open VLD), a soutenu avec ardeur sa nomination comme grand manitou de la police fédérale. C'est également à la demande de Dewael qu'il a procédé à la " réforme de la réforme ", qui, en 2005, a ramené l'état-major de 5 directeurs généraux (et leurs adjoints) à 3 directeurs généraux (sans adjoints). La police fédérale ressemblait trop à une armée mexicaine, engoncée dans des procédures bureaucratiques héritées du passé. Il fallait remuscler le top management. " Cela n'a pas plu à tout le monde ", commente un observateur. Lorsque Patrick Dewael entame son second mandat de ministre de l'Intérieur, il libère Koekelberg de sa fonction intérimaire au Service d'appui technique (Sat), que ce dernier cumulait, à la demande du ministre, avec son job de commissaire général. Le Sat est un service de la police qui opère comme conseiller technique du ministre de l'Intérieur pour les affaires de police. Dewael désigne à sa direction un ancien officier supérieur de la gendarmerie, Marc Hellinckx, un Flamand (CD&V). Ce dernier n'a pas la réputation d'être un supporter enthousiaste de son prédécesseur ni des réformes qu'il a pilotées (dont la disparition de la gendarmerie). De ce jour, la situation du patron de la police fédérale est devenue moins confortable. Mais plus que de l'aigreur des grands squales de la police, la petite histoire retient surtout que Koekelberg a été victime des femmes. Plus exactement, de l'inimitié entre deux femmes : Els Cleemput, patronne de la " com' " de la police fédérale (40 personnes sous ses ordres, avec le surnom de " colonelle "), et Sylvie Ricour, la secrétaire de " Koek " depuis quinze ans, elle aussi, une femme de tête, et forte en gueule. Mais " pas à sa place " : une insigne maladresse dans l'univers hiérarchisé de la police. La " petite affaire Sylvie " commence en novembre 2007 et fait un flop, hormis dans les quotidiens flamands . Ces derniers s'étonnent sur un mode perfide (" promotion canapé ") de la prime accordée à Sylvie (350 euros net par mois) ainsi qu'à une autre assistante, Anja Savonet. Elles ont obtenu l'équivalent du statut d'un Calog A (agent non policier, univer-sitaire), alors qu'elles étaient d'un niveau Calog C (humanités). D'autres infos d'un caractère douteux sortent dans la presse à l'issue de conférences de presse organisées par Els Cleemput, ancienne journaliste au Belang van Limburg. Celle-ci est soupçonnée d'avoir utilisé son réseau informel de contacts avec la presse pour nuire à Ricour et à son patron. Le 30 juin, la porte-parole est interdite de contacts avec les journalistes. Koekelberg a-t-il sous-estimé l'impact de cette décision ? Les grandes man£uvres reprennent alors autour de l' " affaire Sylvie ", cette fois relayées au Parlement par Jean-Marie Dedecker (LDD). Une dénonciation anonyme arrive au comité P (comité de surveillance des services de police), lequel s'empare aussi du dossier de l'éviction de Els Cleemput, sur qui pèse aussi le reproche d'avoir malmené son personnel. En juillet 2007, la CSC-Police a dénoncé au comité P les malversations qui se seraient produites à l'Inspection générale de la police fédérale et de la police locale, dirigée par Luc Closset, un socialiste francophone, et placée sous la tutelle du ministre de l'Intérieur. But : favoriser la nomination de 7 " parachutés " politiques, dont Christa Debeck, ancienne du cabinet Dewael, à des postes sur mesure et bien payés : de 16,24 % à 49,93 % d'augmentation pour leurs titulaires (jusqu'à 1 500 euros net par mois). Les soupçons pèsent sur Luc Closset et, plus directement encore, sur son ancien adjoint, Guido Van Wymersch, qui a succédé, le 1er septembre dernier, à Roland Van Reusel à la tête de la police de Bruxelles-Capitale/Ixelles. Il aurait transformé le mot " inapte " en " apte " pour permettre à la collaboratrice de Dewael d'obtenir un poste de " chercheur-conseiller ", créé ex nihilo après l'échec de celle-ci à l'examen de " conseiller-auditeur ". Le sort de ces hauts fonctionnaires de police dépend désormais des investigations du parquet, saisi le 5 septembre, et, pour Van Wymersch, du collège de police de la zone Bruxelles-Capitale/Ixelles. Des trois rapports remis par le comité P au Parlement, c'est indubitablement le dernier qui, objectivement, est le plus lourd. Dans le cas des deux secrétaires indûment promues et de l'éviction de Els Cleemput par Koekelberg, le comité P estime que " tant du point de vue de la légalité que de l'opportunité et de l'efficacité, le commissaire général (...) a commis quelques erreurs ". Patrick Dewael, lui, n'est pas mis en cause par les trois rapports. Mais il est néanmoins très exposé. Un. Il a approuvé l'octroi d'une prime aux deux assistantes de Koekelberg. Il a défendu ce choix au Parlement, lorsque Dedecker l'interpellait. Deux. L'entourloupe dont a bénéficié sa collaboratrice Christa Debeck a été mijotée, en partie, à son cabinet. Trois. En 2006, le syndicat indépendant de la police Sypol. be avait déjà dénoncé l'imbroglio des statuts sur mesure concoctés par le service juridique de la police fédérale au bénéfice d'une coterie d'initiés, " alors que nous devons payer un avocat pour défendre un policier qui a acheté un Dagobert pendant son service ", souligne Eddy Lebon, secrétaire général. Marie-Cécile Royen