Jürgen Mettepenningen, le porte-parole devenu porte-flingue, a ouvert une nouvelle crise dans l'Eglise. Agé de 35 ans, ce théologien marié, chercheur à la KULeuven et coordinateur pastoral à Grimbergen, a visiblement été perturbé par sa brève (trois mois) histoire professionnelle avec Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles et président de la Conférence épis-copale de Belgique. Liquéfié, bouleversé, il l'était encore en présentant les raisons de sa démission. Qui se résument en trois points.
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Jürgen Mettepenningen, le porte-parole devenu porte-flingue, a ouvert une nouvelle crise dans l'Eglise. Agé de 35 ans, ce théologien marié, chercheur à la KULeuven et coordinateur pastoral à Grimbergen, a visiblement été perturbé par sa brève (trois mois) histoire professionnelle avec Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles et président de la Conférence épis-copale de Belgique. Liquéfié, bouleversé, il l'était encore en présentant les raisons de sa démission. Qui se résument en trois points. 1. Léonard n'a pas respecté la cure de silence que son spin doctor lui avait prescrite jusqu'à la Noël. Tous les médias catholiques du Nord ( Kerk & Leven) et du Sud ( Dimanche) l'en avaient pourtant conjuré. " De grâce, taisez-vous un peu, les chrétiens sont fatigués d'être interpellés sur vos propos intempestifs plutôt que sur leur foi... " Sourire en coin, le canoniste Rik Torfs, frais émoulu sénateur CD&V, avait formé le v£u qu'une wegpromotie entraîne rapidement Léonard vers Rome, histoire de débarrasser le plancher belge du fâcheux. Mais Léonard attire la lumière comme un miroir. Le jour de la Toussaint, il s'est retrouvé face à ses fidèles, à peine terminée sa messe diffusée en Eurovision depuis l'église Notre-Dame de Stockel, à Woluwe-Saint-Pierre. Un supplice de Tantale pour ce grand séducteur. " Porté par le climat très chaleureux, très communautaire, il avait très envie de leur dire un petit mot, témoigne son concélébrant, l'abbé Philippe Mawet. Nous n'avions pas vu que toutes les télévisions tournaient encore et qu'un micro était branché... " Mgr Léonard s'est donc livré avec confiance. Il a évoqué sa rencontre avec des victimes et leur abuseur, un prêtre de 85 ans, qui a reconnu les faits, et dont l'archevêque disait qu'il serait inhumain de l'empêcher de célébrer l'eucharistie, mais qu'en aucun cas il n'avait voulu dire qu'il voulait le soustraire à la justice... " C'était très beau, mais pas très prudent ", relève l'abbé Mawet. La trêve des petites phrases était rompue. Jürgen n'a pas accepté cette énième embardée. Lors de sa conférence de presse, il s'est comparé à un GPS incapable de faire entendre raison à un conducteur fantôme qui roule à contresens et qui provoque des accidents. " La semaine passée, je l'ai exhorté, je lui ai imposé de laisser sa voiture au garage pour les deux mois à venir ", gémit Jürgen. Mais, dès samedi, l'archevêque annonce qu'il va écrire une lettre à ses prêtres, dont il fait malicieusement circuler le brouillon (" Je vous dois quelques explications... "). Jürgen tique déjà. Et lundi, le voilà qu'il se prête à une causerie au coin de l'autel, dont le son crachotant passe aux JT du soir. " Il n'est pas heureux face au silence médiatique pourtant accepté jeudi. Quant à moi, je ne puis me satisfaire du manque d'une confiance à 100 % ", conclut le jeune porte-parole. 2. Mais il y a pire aux yeux de Mettepenningen : le manque de leadership de son patron. Et là, ses propos sont à la limite du cafardage. " J'ai dû constater avec beaucoup d'autres que Mgr Léonard ne prend pas au sérieux la responsabilité de leadership qui lui est confiée de par sa fonction, assène-t-il. Au niveau de la Conférence épis-copale, il ne se montre pas réellement un leader [NDLR : les italiques sont de lui]. Par exemple, suite aux perquisitions du 24 juin, Mgr Léonard n'a pas réuni les évêques de Belgique ; ceux-ci ne se sont revus que le 9 septembre. Autre exemple : lui-même n'a participé qu'à une seule des quatre réunions des évêques depuis cette date - réunions le week-end - car d'autres choses étaient prioritaires pour lui. " 3. Au fond, Jürgen ne se contentait pas d'être un communicateur. Il aurait aussi voulu corriger le message. En l'occurrence, les idées de Léonard en matière de sida, d'homosexualité et de pédophilie lui déplaisaient. Comme à d'autres. Mais il était payé pour arrondir les angles. Or c'est lui-même qui a braqué l'attention des médias sur le sida et la " justice immanente " évoquée en quelques lignes dans la traduction néerlandaise d'un ouvrage publié en français, il y a quatre ans ( Monseigneur Léonard. Entretiens avec Louis Mathoux, Mols). Preuve de sa grande liberté de parole, ou de sa déontologie vacillante, l'attaché de presse a pris publiquement ses distances avec les écrits de son boss, attisant le feu médiatique. Mais la goutte qui, selon lui, a fait déborder le vase et qu'il qualifie de " surréaliste " est cette interview destinée à être diffusée dans cinq ans, que Léonard a donnée à un journaliste de la VRT. Où il dit en substance que les remous actuels autour de sa personne ne sont que roupies de sansonnet à côté de la bronca qu'il a dû affronter en arrivant à Namur, et qu'il a juste un peu pitié de ses collaborateurs directs, que ces choses atteignent alors qu'elles le laissent de marbre. " Ces paroles furent pour moi décourageantes alors que, la veille, j'avais été encore une fois le "clarificateur ecclésiastique" ", confie, accablé, Jürgen Mettepenningen. La démission du porte-parole de la Conférence épis-copale constitue un nouveau séisme pour l'Eglise de Belgique. Certes, l'homme qu'elle s'était choisi comme porte-parole n'était pas à sa place. Ancien séminariste et ancien aspirant moine, Mettepenningen n'avait pas le profil d'un professionnel de la communication. Le cardinal Danneels aurait dû y regarder à deux fois avant de le mettre en piste. Néanmoins, sa sortie est révélatrice des profondes divisions qui lézardent la maison Eglise et d'une parole qui se libère abruptement, à la faveur des crises à répétition provoquées par les opinions tranchées et conservatrices de l'archevêque. Par ses propos, Jürgen laisse entendre qu'il n'a pas rendu son tablier sans avoir eu les oreilles échauffées par les critiques qui montaient de la base et des entourages épiscopaux. Les évêques d'Anvers (Johan Bonny) et de Tournai (Guy Harpigny) ont dit " comprendre " la démission du théologien. Mais peut-être Jürgen a-t-il aussi cédé au péché d'orgueil, en se rêvant, lui le laïque enamouré de l'Eglise, en n° 2 ou n° 3 de la hiérarchie. Le doute est permis, même si les évêques ont déjà resserré les rangs autour de leur chef en péril. En tout cas, Mgr Léonard a diantrement facilité la tâche de ses détracteurs en s'exposant dans la pose d'un saint Sébastien criblé de flèches. Les dernières (flèches) en date ? Le dépôt d'une plainte contre lui pour homophobie du député socialiste flamand et avocat Jean-Marie De Meester ; la pétition de membres de l'UCL en faveur de son éviction du pouvoir organisateur de l'UCL ; la demande de démission formulée par l'abbé Gabriel Ringlet... Communicateur hors pair mais solitaire, Léonard est tombé ingénument, ou par goût de la provoc', dans tous les pièges du système médiatique, qui veut de l'immédiateté et de l'opposition. Un monsieur " Sait pas se taire ", comme on dit à Liège. MARIE-CéCILE ROYENMGR Léonard est tombé dans tous les pièges du système médiatique