L'exercice est d'une extrême difficulté : tenter de retrouver, plusieurs siècles après qu'ils ont retenti, des univers sonores engloutis. L'objectif ? " Une compréhension nouvelle des musiques de l'Antiquité ", comme le souligne Marie Lavandier, la directrice du musée du Louvre-Lens. Retrouver des harmonies du passé à jamais perdues pour nos oreilles : ce fantasme ne date pas d'hier. Il démange l'homme depuis que celui-ci se penche sur son histoire, et s'est même structuré sous la forme d'une discipline scientifique avec la naissance de l'archéologie musicale au xixe siècle. L'enfer étant pavé de bonnes intentions, cette tentative de sonder les lointaines résonances a charrié son lot de méprises. En matière de contre-vérités sur la musique antique, le xixe siècle en question s'affiche comme le moment de nombreuses erreurs qui se diffuseront jusqu'aux péplums hollywoodiens, voire au-delà. Devenue à partir de 1850 un enjeu esthétique, notamment chez des compositeurs comme Camille Saint-Saëns ou Gabriel Fauré, la restitution des mélodies d'autrefois est à l'origine de stéréotypes acoustiques qui persistent aujourd'hui en nous comme un indésirable effet Larsen. Ainsi l'image lyrique de la harpe, dont l'imaginaire collectif a tant de mal à se défaire. Marque visuelle et sonore d'une Antiquité de pacotille, cet instrument à cordes s'est transformé en " carte postale " indistinctement associée à la cour de Cléopâtre, aux orgies romaines ou aux banquets grecs.
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