Les plus beaux moments, ce sont les naissances. " Jordan regarde avec tendresse les petits cochons encore roses qui se ruent vers un coin de leur enclos. Il les connaît depuis toujours : ses grands-parents avaient, déjà, un élevage porcin à Malèves. Ingénieur agronome de formation, fils et beau-fils d'agriculteurs, Jordan rêvait de marcher sur leurs pas, mais sans idée précise.
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Les plus beaux moments, ce sont les naissances. " Jordan regarde avec tendresse les petits cochons encore roses qui se ruent vers un coin de leur enclos. Il les connaît depuis toujours : ses grands-parents avaient, déjà, un élevage porcin à Malèves. Ingénieur agronome de formation, fils et beau-fils d'agriculteurs, Jordan rêvait de marcher sur leurs pas, mais sans idée précise. Ses études terminées, il devient assistant à l'UCL avant d'être appelé au cabinet de Sabine Laruelle, ministre fédérale de l'Agriculture. Pendant ce temps, avec son épouse, graduée en agronomie, il élabore peu à peu son projet. La filière laitière et la culture ne les tentent pas, notamment parce que les retours sur investissements sont trop bas. " La filière porcine nous semblait la plus opportune, en créant une nouvelle exploitation. Nous avons aussi choisi de ne pas travailler avec nos parents respectifs, afin de pouvoir rester indépendants ", précise-t-il. Les premières années n'ont pas été simples. En 2006, Jordan a constitué son cheptel - il faut compter 3 000 euros d'investissement par truite - et a donc peu vendu de bêtes. Les deux années suivantes, l'explosion du prix de l'énergie et des matières premières qui constituent l'alimentation des cochons lui a donné des cheveux gris. " Pour des prix de vente similaires, nos coûts de production avaient doublé, raconte-t-il. En 2008, on perdait en moyenne 35 euros par porc. Cette année, les choses semblent s'arranger. Mais quand les marchés sont bas, on ne dort pas bien... "Jordan ne regrette pas ses choix et notamment la construction prévue d'une nouvelle unité qui abritera quelque 300 bêtes. Les emprunts mis à part, tout lui appartient : les terres, les bâtiments et les bêtes. Il a certes vu des collègues à bout arrêter la production et il s'attend à vivre quelques années difficiles. " Nous sommes prêts à supporter ça pour être plus tranquilles vers 45 ans, lorsque tout sera payé. Quand on est jeune et endetté, de toute façon, on ne peut pas arrêter. " Au pire, son affaire pourrait être rachetée par une grosse firme flamande pour laquelle il travaillerait en exclusivité. La perspective est rassurante. Mais Jordan ne s'y résoudrait pas de gaieté de c£ur. En attendant, ce jeune père travaille en moyenne 8 heures par jour, en fonction d'un horaire flexible qui lui permet de voir ses deux petites filles quand il le souhaite. " L'élevage est une passion avant d'être un métier, avoue-t-il. La qualité de la vie à la campagne est incomparable. Et puis faire ce qu'on aime en toute indépendance est plus important que de gagner un bon salaire dans un métier qu'on n'aime pas. "