Ce qui me semble être la référence centrale du film ( NDLR : Joker, Le Vif/L'Express du 31 octobre), est L'Homme qui rit, de Victor Hugo. Le personnage principal représente le " plus simple parmi les simples ", un vagabond à qui, comme chez...

Ce qui me semble être la référence centrale du film ( NDLR : Joker, Le Vif/L'Express du 31 octobre), est L'Homme qui rit, de Victor Hugo. Le personnage principal représente le " plus simple parmi les simples ", un vagabond à qui, comme chez Victor Hugo, même son rire n'appartient pas. Chez l'auteur du xixe siècle, l'(anti)héros a subi une mutilation lors de son enfance, lui créant une caricature de sourire, afin de susciter la pitié chez les riches passants. Joaquin Phoenix, dans sa performance magistrale, met en scène une ambivalence identique, le même lieu de rencontre problématique entre le grotesque (comique) et le sérieux (tragique). Quand le personnage qu'il interprète rit, le spectateur est sans cesse ramené aux origines " imposées " de ce rire, tout comme chez Victor Hugo. Il appartient au scénariste de souligner une hypothèse plausible, pour la rejeter ensuite. Il est libre, ou non, d'être fidèle aux sources de sa création. Reste que l'origine hugolesque de son antihéros est indéniable : même ambiguïté fondamentale (le tragique du rire, le comique de la caricature sociale), mêmes origines modestes, même souffrance. Et, pour terminer, même icône du combat pour la liberté.