Elle n'avait peut-être pas la voix de Sophia Loren, mais elle en avait le corps. Mal à l'aise, comme un plouc reçu par le roi himself, Charles le chauve rougit et réajusta son bonnet, tout en se plongeant plus profondément encore dans le jacuzzi fumant, installé sur la terrasse froide du Geyser. La femme assise à ses côtés, en bikini rikiki en vison, l'aiguillonnait, sous les bulles, de son genou charnu. Charlie réajusta son pardessus et son col roulé, comme ceux qui retournent leur veste, ou ceux qui volent un manteau à l'air du temps. Autour du duo frigorifié, cent lampadaires, mille phares, cent lumières...

Elle n'avait peut-être pas la voix de Sophia Loren, mais elle en avait le corps. Mal à l'aise, comme un plouc reçu par le roi himself, Charles le chauve rougit et réajusta son bonnet, tout en se plongeant plus profondément encore dans le jacuzzi fumant, installé sur la terrasse froide du Geyser. La femme assise à ses côtés, en bikini rikiki en vison, l'aiguillonnait, sous les bulles, de son genou charnu. Charlie réajusta son pardessus et son col roulé, comme ceux qui retournent leur veste, ou ceux qui volent un manteau à l'air du temps. Autour du duo frigorifié, cent lampadaires, mille phares, cent lumières blondes, des millions d'étoiles voilées et la lune rousse : une nuit à tout casser, tellement elle était belle. Pourtant, il ventait tout bas. Il faisait froid, dans la ville mouillée et grise. Charlie jeta un furtif regard à la femme barbotant à ses côtés, toute sa machinerie en turgescence : l'Italienne rencontrée sur un site de rencontres politiques lisait Le Vif/L'Express , qu'elle tenait à bout de bras : une posture qui trahissait sa presbytie et son âge. Charlie, lui, avait tellement froid qu'il se moucha, trompeta du renifloir et sourit benoîtement à la belle : - " Donc, tu es la Sabrina de Boys, Boys, Boys ? (1) " - " Oui, Charlie. Et toi ? Tu es le mec de " Jobs, jobs, jobs ? (2)" Face aux interrogations de la bimbo, Charlie se débattait comme une truite dans ses lainages mouillés. Le chauve biberonnait son Chivas Regal, tout en écoutant le silence, dans lequel il avait envie de jeter une pièce, tant il était profond. Alors, Bertha, le cheval fantôme du Geyser, traversa nonchalamment la terrasse et se figea devant le jacuzzi où trempaient l'Italienne et le chauve. La jument était sans selle. Sans oeillères. Sans rien d'autre que cet air agricole de vainqueur, avec ce trot pataud qui la faisait frémir de la queue aux oreilles. Et, à ses côtés, Luc Delfosse, feu son maître, qui avait pris ses quartiers d'éternité dans le Geyser, de ricaner : " On ne va pas se mentir, Casimir : la politique et la drague, c'est kif-kif et c'est ça qui rafle la mise, Elise. Tu le sais : Ze chauve must go on, ma poule ! (3) "Mais c'est pas tout ça : l'heure tourne ! Où est encore passé le serveur ? S'agirait pas de louper le film qui va démarrer sur la Une, à 20 h 15...