Jean-Pierre Grafé a beau avoir fêté le 31 mars son entrée dans le club des octogénaires, il conserve un agenda de ministre, et une influence à faire pâlir d'envie bien des jeunes loups. Son emploi du temps ? Réglé comme du papier à musique. Lever à 7 h 30. Réponse au courrier, réunions, coups de fil, étude des dossiers en cours. En fin de journée, invariablement, l'ancien ténor du Parti social-chrétien soupe dans un restaurant du centre de Liège, puis " sort " : théâtre, opéra, ou un simple verre en terrasse, selon les soirs. A moins d'un conseil d'administration inscrit à l'ordre du jour. Vers 23 heures, retour dans son confortable appartement avec vue sur le parc du Jardin botanique, où il travaille encore deux ou trois heures, av...

Jean-Pierre Grafé a beau avoir fêté le 31 mars son entrée dans le club des octogénaires, il conserve un agenda de ministre, et une influence à faire pâlir d'envie bien des jeunes loups. Son emploi du temps ? Réglé comme du papier à musique. Lever à 7 h 30. Réponse au courrier, réunions, coups de fil, étude des dossiers en cours. En fin de journée, invariablement, l'ancien ténor du Parti social-chrétien soupe dans un restaurant du centre de Liège, puis " sort " : théâtre, opéra, ou un simple verre en terrasse, selon les soirs. A moins d'un conseil d'administration inscrit à l'ordre du jour. Vers 23 heures, retour dans son confortable appartement avec vue sur le parc du Jardin botanique, où il travaille encore deux ou trois heures, avant de se coucher. Multi-ministre de 1973 à 1996, Jean-Pierre Grafé reste un nom qui en impose. " Dans la vie politique liégeoise, ce n'est pas une personne, c'est une institution ", murmure-t-on à son propos. L'institution en question vient de célébrer ses cinquante ans de présence au conseil communal de la ville. Le CDH aurait aimé qu'il soit à nouveau candidat en octobre, quitte à démissionner dans la foulée du scrutin. " J'ai dit non. Ce serait tromper les gens ", indique-t-il. Jean-Pierre Grafé s'apprête donc à faire ses adieux à ce qu'il nomme sa " vie élective ". Plus jamais on ne verra sa grande silhouette entre les murs de la Violette, l'hôtel de ville liégeois, où ses accrochages avec Didier Reynders sont devenus légendaires. Il lui reste sept mois à siéger. Comme conseiller de la majorité PS-CDH, en théorie. Même s'il semble parfois constituer un groupe politique à lui tout seul. Sur le terrain politique, Grafé est un joueur difficile à dribbler. " Je n'ai jamais été sa cible, relate Benoît Drèze, échevin CDH des services sociaux. Par contre, c'est arrivé de temps en temps à mon collègue Michel Firket. Grafé reste quelqu'un de documenté, précis, tenace. Cela a un côté stimulant, et un côté agaçant. Il vaut mieux ne pas l'avoir contre soi. " Hassan Bousetta, conseiller communal PS, avoue être " impressionné " par la force de frappe de son aîné. " Il dispose toujours d'informations de grande qualité, ce qui prouve qu'il a des relais, qu'il est présent. Ses interventions vont toujours dans le sens de l'intérêt général. Franchement, une telle personnalité, c'est l'honneur de la démocratie ! Quand on voit les hautes fonctions qu'il a occupées au service de l'Etat, continuer à exercer son mandat de conseiller avec une telle hauteur, c'est admirable. "Pas né de la dernière pluie, Jean-Pierre Grafé demeure présent dans une multitude de cénacles stratégiques. Il est vice-président de l'assureur Ethias, de Liège Airport, de la télé locale RTC, administrateur du groupe Tecteo... Autant de leviers qu'il n'entend pas lâcher. " Je compte travailler tant que mes capacités physiques et intellectuelles le permettront ", annonce-t-il, affichant son ambition de rester " un homme d'influence ". Plus de 900 collaborateurs ont transité par son cabinet, a-t-il calculé. Ils sont aujourd'hui disséminés aux endroits les plus divers. " Un réseau d'influence terrible ! Et bénévole, en plus ! " Précision : " Pour qu'on ne puisse pas m'accuser de quémander un passe-droit, je commence tous mes courriers par cette formule : "Dans le respect des dispositions légales et réglementaires, pourrais-tu me..." ? "Jamais dehors sans ses deux smartphones et son iPad, Grafé s'amuse d'être " aussi bien équipé qu'un étudiant en informatique ". Il grille au quotidien deux paquets de 25 cigarettes, des Johnson. " C'est pour ça que je veux être incinéré. Si on m'enterre, j'aurais trop peur de ne pas pouvoir fumer au cas où je me réveillerais. "FRANÇOIS BRABANT