D ebout au milieu d'une maison de quartier mal éclairée de la banlieue de Lyon, le 29 janvier 2011, face à une vingtaine de personnes, Jean-Luc s'enivre : " Nous avons pour points communs une grande déchirure et le goût du bonheur. " 18 mars 2012. A Paris, isolé sur la scène d'une place de la Bastille reconquise, Mélenchon se shoote, en lançant à l'essaim populaire : " On se manquait ! On s'espérait ! On s'est retrouvé. " En un an et demi, le candidat du Front de gauche a plus que doublé le score de ses intentions de vote. Le voici désormais autour de 11 %. Installé en première classe du train qui mène à l'Elysée, il doit payer son billet au prix fort : il est monté sans réservation. Se retrouver instrumentalisé par la droite comme le meilleur ennemi de François Hollande peut lu...

D ebout au milieu d'une maison de quartier mal éclairée de la banlieue de Lyon, le 29 janvier 2011, face à une vingtaine de personnes, Jean-Luc s'enivre : " Nous avons pour points communs une grande déchirure et le goût du bonheur. " 18 mars 2012. A Paris, isolé sur la scène d'une place de la Bastille reconquise, Mélenchon se shoote, en lançant à l'essaim populaire : " On se manquait ! On s'espérait ! On s'est retrouvé. " En un an et demi, le candidat du Front de gauche a plus que doublé le score de ses intentions de vote. Le voici désormais autour de 11 %. Installé en première classe du train qui mène à l'Elysée, il doit payer son billet au prix fort : il est monté sans réservation. Se retrouver instrumentalisé par la droite comme le meilleur ennemi de François Hollande peut lui coûter très cher en termes de responsabilité aux yeux du peuple de gauche. Trop longtemps méprisé au PS, l'ancien sénateur socialiste ne compte faire aucun cadeau : " Je me nourris de tout ", prévient le vorace. Suivant qu'il penche d'un côté du balancier ou de l'autre, Jean-Luc Mélenchon se régale. Ou s'éc£ure. Mais le plaisir s'arrête là. Lorsque Le Figaro, dès la mi-janvier, lui réserve une manchette flatteuse, et qu'il est interrogé sur ce fait, Mélenchon explose dans son bureau : " Non, mais vous me faites chà avec vos questions, là ! " Les baisers de l'UMP à l'endroit du Front de gauche contiennent du cyanure. Après s'être démarqué de François Hollande à l'automne 2011 et avoir consciencieusement tabassé Marine Le Pen pendant l'hiver, le candidat du Front de gauche compte réserver son printemps au président sortant. Il n'y a, en revanche, pas de double lecture à faire du souvenir qu'a Jean-Luc Mélenchon de François Hollande : mauvais, pour l'éternité. Alors, quand ce dernier commence à se tasser dans les sondagesà " Il paraît qu'il est nerveux. Je crois surtout qu'il est fatigué ", entame-t-il, en route pour Marseille, le 15 mars. " Je sais pourquoi il fatigue : il a repris 5 kilos, et l'organisme, dans ces cas-là, prend une châtaigne. " La campagne du socialiste ? " Elle suinte l'ennui. Sa ligne politique ne vaut rien. " La plume du socialiste ? " Aquilino Morelle, c'est un ami, mais il est chiant. " L'argument massue du socialiste ? " Hollande dit vote utile. Mais il lui faut quoi ? Etre en tête dès le premier tour ? Dans les enquêtes, il est entre 10 et 12 points de distance avec Marine Le Pen ! " Quand, le 6 mars, à Rouen, Jean-Luc Mélenchon se félicite d'avoir réuni en meeting plus de monde que " François ", il lâche : " Il s'agit pour moi d'une revanche personnelle. "A l'inverse, Jean-Luc Mélenchon a gardé de sa jeunesse trotskiste l'idée qu'un viseur ne sert à rien sans cible. Récemment, Le Nouvel Observateur était un hebdomadaire " charognard " et ceux qui y travaillent des " fils deà [censuré] ". L'Express ? " Un journal d'extrême droite ". Quant à Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles et vigilant dénonciateur de l'absentéisme de l'euro-député, il fait partie des " ennemis ", à l'instar de Christophe Barbier, Jean-Michel Aphatie, le journaliste politique de RTL, et d'autres. Auteur du livre Sexe, mensonges et médias (Plon), Quatremer agace prodigieusement un candidat traumatisé à l'idée qu'on puisse s'intéresser à sa vie privée. " Méluche " l'accuse d'être " le premier à écouter dans les chiottes ". Sondages en hausse autant que salles pleines, voilà l'EPO du candidat : " On porte une ambition historique, et je ne rigole pas quand je dis ça. Ça aide à se lever le matin. " En Auvergne, le Zénith était compact, chaud, magnifique. A Paris, la Bastille était " rouge " de monde. Peut-on transformer la liesse en avenir politique commun ? Si le Parti de gauche l'espère, le PCF, lui, temporise. Le soir du 18 mars, Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, et leurs amis ont célébré le succès de la Bastille, dans un restaurant du XIe arrondissement. Et se sont époumonés sur des refrains révolutionnaires. Mais passé le mois de mai, chanteront-ils encore ensemble ? TUGDUAL DENIS" N'essayez pas de me cirer les pompes avec les sondages "