Le Vif/L'Express : Chaque jour qui passe, on parle davantage de vous. En bien - pour s'étonner de votre popularité - ou en mal, assez souvent. Il y a eu l'affaire du détective privé que vous avez engagé pour coincer le ministre libéral Karel De Gucht. Et maintenant, ce livre qui revient sur de petits événements troubles de votre passé, notamment en tant que coach national de judo. Ça vous arrange d'être au centre de la campagne électorale ?

Jean-Marie Dedecker : On va parler de moi de plus en plus d'ici aux élections du 7 juin. On va essayer de me démolir. Je suis devenu dangereux pour le système. Pour ces gens de pouvoir qui veulent le garder à tout prix.
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Jean-Marie Dedecker : On va parler de moi de plus en plus d'ici aux élections du 7 juin. On va essayer de me démolir. Je suis devenu dangereux pour le système. Pour ces gens de pouvoir qui veulent le garder à tout prix. Oui, aux deux questions. Je n'ai pas frappé le premier. Je me suis fait ensuite beaucoup d'ennemis, qui se rassemblent comme par hasard à l'approche des élections. Mais je n'ai pas peur. Je n'ai peur de rien. Jamais. C'est possible. Si, un jour, c'est le cas, j'arrête tout... Je n'ai pas de cordon sanitaire autour de moi, mais on cherche à m'isoler. Dès que j'ouvre la bouche, on me tient sur le côté. Qu'il s'agisse de la crise économique ou des handicapés. Je suis devenu l'ennemi commun. Les partis de pouvoir ont tremblé pendant vingt ans face au Vlaams Blok/Vlaams Belang. Maintenant, ils ont affaire à moi ! Mais, moi, on ne peut m'éliminer : je suis trop populaire... Depuis quelques mois, j'avais compris qu'un ou deux livres allaient tenter de m'abattre en cherchant du côté de ma vie privée. " On " téléphonait à tous mes proches, même à mon médecin, avec des questions très orientées. Ça c'est permis. Recourir à un détective pour démontrer que l'Etat se laisse voler, par contre, c'est critiqué par toute la presse flamande. Que l'Etat a vendu une série de bâtiments publics ( il montre la liste) sous le prix du marché, à une société offshore établie dans des paradis fiscaux. Personne ne sait qui se cache derrière cette société, dont le capital est dérisoire. En tout cas, elle a ensuite reloué les mêmes bâtiments à l'Etat au taux prohibitif de 15 %. C'est du vol ! Un haut magistrat dont je ne vous dirai pas le nom m'a affirmé que le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht, était actionnaire de cette société fantôme. Je n'ai pu l'établir. En tout cas, il est faux de dire que j'ai fait pister De Gucht ou son entourage. J'ai simplement fait enquêter un détective sur cette société, en Irlande. Je suis là pour contrôler le gouvernement, non ? Et que pouvais-je faire ? Aller moi-même à l'étranger ? Allons... Non. Je regrette les fuites à son propos. On a volé ma correspondance avec lui ( ou plutôt " elle "). Le but est de me nuire : on me fait passer pour un salopard. Pendant ce temps, personne, ni la presse, ni les autres partis, ne s'intéresse au fond du problème : le vol opéré sur le dos du contribuable. Ce pays est bloqué. On ne cherche pas de solutions aux problèmes. C'est une offense pour 6 millions de juifs. Oui. On verra toutefois si nos partenaires sont prêts à accepter une part importante de notre programme. La Flandre a besoin d'une coalition de droite. Si nous gagnons, il faudra très vite aller voter à l'échelon fédéral, ou recomposer le gouvernement Van Rompuy. Avec le PS, ce n'est plus possible. Rien n'avance. Je me sens prêt pour le défi. En même temps, j'avoue que je suis épuisé. Se battre contre le reste du monde, c'est fatigant. Si j'avais su... Je n'aime pas le monde politique. Il est pourri. Non. Ceux qui essaient de rester au pouvoir à tout prix. ( Il hésite un moment.) Non. Pas comme elle est. J'ai travaillé 18 heures par jour pour la commission parlementaire Fortis. C'est une honte. La majorité a seulement cherché à blanchir deux ministres ( NDLR : Yves Leterme et Jo Vandeurzen) et à étrangler la vérité. Ça m'a donné un très sale coup. J'aurais voulu être ministre des Sports. Je suis sûr qu'on aurait eu plus de médailles aux Jeux olympiques de Pékin. On m'a souvent trahi. Guy Verhofstadt, par exemple : il a écrit un jour avec son sang que je serais ministre de l'Economie. Je viens d'un monde sportif où une parole est une parole. Le sport, c'est l'art de gagner. La politique, c'est l'art de détruire. Une parole y ressemble à du chloroforme. Evanescente et empoisonnée. J'ai tout vécu. Quand je suis revenu des Jeux olympiques d'Atlanta, en 1996, on m'a proposé de devenir chevalier. On m'aurait élevé un monument. Par la suite, quand je suis entré en politique, j'ai appris que les pigeons chient sur les monuments. En 2000, la Fédération belge de judo m'a foutu à la porte. Plusieurs fédérations étrangères sont alors venues me chercher. L'Autriche et les Pays-Bas ont frappé à ma porte. La fédération britannique m'a proposé le poste de coach national. Mais j'ai refusé. Je regrette, oui. A refaire, j'aurais accepté. Oui. Le sport sans dopage est presque toujours honnête. Le vainqueur, c'est celui qui transpire le plus, celui qui s'entraîne le plus. C'est pour ça que je déteste le dopage. La politique, c'est différent. Bart De Wever, il ne vient jamais au Parlement. Il préfère passer ses soirées sur les plateaux de télévision. C'est comme ça qu'il a bâti sa popularité. Mais c'est son problème... Moi, je mouille mon maillot. Je ne me suis jamais adapté à la politique. Je ne m'adapterai jamais. Le jour où je sens que la politique est en train de me changer, et j'ai parfois ce sentiment, je la quitte ! Ma femme ! ( rires). J'ai autour de moi une vingtaine de conseillers. Ils ont tous entre 25 et 35 ans. Que des jeunes ! C'est normal, je fais de la politique pour mes enfants. J'ai foutu à la porte un militant qui venait aux réunions du parti et qui enregistrait tout sur des cassettes. Cela, je ne peux pas le tolérer ! Une fois que je franchis certaines limites, quand je suis en colère, je deviens très dangereux... En Italie. Quand on est là, on se sent libre. Il y a beaucoup de règles, mais personne ne les suit. J'aurai 57 ans en juin. J'ai roulé ma bosse. Je suis déçu de ce pays, où des forces terribles empêchent tout changement. Sarkozy qui essaie de changer le monde, ça, c'est de la politique... Oui. Même si je crains qu'une Flandre indépendante ne soit aussi étriquée. Petit pays, petit esprit... Entretien : F.B. et Ph.E.