Sac au dos, Gilles Clément (né en 1943), a débarqué un jour à Bruxelles. En cause, la commande par la Société du logement de la Région de Bruxelles-Capitale d'un jardin public dans une cité de logements sociaux. Voilà donc le paysagiste le plus pertinent de la scène internationale (auteur, entre autres, de l'environnement végétal du musée du quai Branly, à Paris) face à la cité de l'Arbre Ballon. Derrière lui, une grande surface commerciale et son affligeant parking. En face, en hauteur, les différentes barres d'immeubles construits dans les années 1950. Entre les deux : une longue bande d'espace avec des groupements d'arbres abandonnés à eux-mêmes et une pelouse rase. Commode, et affligeant. " L'avènement des espaces verts comme substituts au jardin, écrivait Clément dans un de ses écri...

Sac au dos, Gilles Clément (né en 1943), a débarqué un jour à Bruxelles. En cause, la commande par la Société du logement de la Région de Bruxelles-Capitale d'un jardin public dans une cité de logements sociaux. Voilà donc le paysagiste le plus pertinent de la scène internationale (auteur, entre autres, de l'environnement végétal du musée du quai Branly, à Paris) face à la cité de l'Arbre Ballon. Derrière lui, une grande surface commerciale et son affligeant parking. En face, en hauteur, les différentes barres d'immeubles construits dans les années 1950. Entre les deux : une longue bande d'espace avec des groupements d'arbres abandonnés à eux-mêmes et une pelouse rase. Commode, et affligeant. " L'avènement des espaces verts comme substituts au jardin, écrivait Clément dans un de ses écrits à la saveur révolutionnaire, achève de réduire la nature à l'état de bienséance, simple aménité urbaine, décor lisse que l'on peut tondre, tailler, souffler, aspirer, machiner à sa guise pour en faire l'objet stérile que l'on sait : un faire-valoir de la ville. "Ce n'est pas ainsi que le paysagiste conçoit son métier. Le défi bruxellois lui plaît d'autant plus que les commanditaires l'ont averti : " Ici, on ne considère pas les habitants comme des locataires, mais comme des citoyens bien vivants. " Or la vie (de la nature, donc de l'homme en société), c'est son cheval de bataille. Après un temps d'observation et d'exploration, Gilles Clément rencontrera les habitants. De son sac, il tire des photos de fleurs, d'animaux, de lieux qu'il a observés en Afrique, au Chili, en Amazonie ou le long de nos autoroutes. Il explique le voyage d'une fleur venue s'installer sur les bords du périphérique parisien, portée par les nuages depuis un pays très lointain. Il raconte le parfum d'une autre et l'origine des noms : oreilles d'âne, mors du diable, vipérinesà Il évoque la vie d'un insecte pourchassé dont il clame la beauté et ses relations avec la plante et l'homme. Il ne donne pas de leçons, énonce juste des faits. Depuis plus de quarante ans, son approche de jardinier mêle l'éthologie et l'entomologie, la botanique, la zoologie, la géologie et les sciences sociales afin que se révèle ce qu'il appelle " la mécanique du vivant ". Soit l'incroyable potentiel que possède le milieu naturel à se transformer. Sa créativité (dont la biodiversité est une des expressions) serait même la qualité première d'une vitalité qui n'a cure des tracés humains. D'où son concept d'un jardin planétaire (objet d'une mémorable exposition au parc de la Villette, à Paris, en 2000) qui, comme seule frontière, n'accepte que celle de l'atmosphère. Pour Gilles Clément, le vrai jardin se doit d'exprimer cette vitalité. Il s'agit de jardiner le vivant, de l'écouter, de l'encourager. Au diable, donc, le dessin à respecter, tondeuse et herbicides à l'appui. Au diable, donc, les lignes droites, et vive les fruits du hasard. Clément plante ainsi un maximum d'essences différentes en un parcours varié et inattendu, qui rend au visiteur le goût du voyage imaginaire, de la rêverie, des surprises, de la curiosité. Le jardin de l'Arbre Ballon illustre à merveille le propos. Le parcours sans ligne droite évite les perspectives et le chemin prévisible. Il évoque l'image d'un delta qui part comme une chute d'eau. Une terrasse, tout en haut, joue un rôle de tremplin duquel naît un monumental escalier de briques dorées. Au fil des marches, des vagues de briques viennent couper le sens du delta, à chaque mètre un peu plus large. Sur un parcours habilement contrarié, on croise des îles végétales habitées par de hauts plumets de miscanthus, à la base desquels se nichent hellébores, bourraches, marguerites, fausses camomilles. Des boules de buis sombres scandent le parcours alors que, de part et d'autre, une prairie fleurie chante toutes les couleurs de l'étéà Une expérience vivifiante. Bruxelles, rue de l'Arbre Ballon. Pour en savoir plus sur les initiatives de la SLRB : www.101e.beGuy Gilsoul