Ils n'ont pas fait leur service militaire ensemble, mais ont vécu ensuite, en commun, une mission longue durée d'un autre genre : quarante ans ou presque de RTBF en tant qu'ingénieur-son (Jacques) et cameraman-réalisateur (Maurice). En 1967, le premier s'est retrouvé parachuté non loin de Dortmund, dans un état-major " où tout est secret ". Deux ans plus tard, le second brigue à reculons un poste digne de son statut de premier diplômé à sortir de l'...

Ils n'ont pas fait leur service militaire ensemble, mais ont vécu ensuite, en commun, une mission longue durée d'un autre genre : quarante ans ou presque de RTBF en tant qu'ingénieur-son (Jacques) et cameraman-réalisateur (Maurice). En 1967, le premier s'est retrouvé parachuté non loin de Dortmund, dans un état-major " où tout est secret ". Deux ans plus tard, le second brigue à reculons un poste digne de son statut de premier diplômé à sortir de l'Insas. " J'avais essayé de me faire passer pour inapte, incapable de marcher, tout en demandant d'aller au Service cinématographique de l'armée. C'était un brin antinomique. " Repéré comme " mauvais esprit ", Maurice est mis à un poste crucial : planton téléphonique. " Avec une photo de mon adjudant trouvée au labo photo, j'ai fabriqué une petite poupée et planté des épingles dedans. Quand il l'a vu, il a failli attraper une attaque ! " On est plus près de La Grande Vadrouille que de Der Untergang. Jacques, lui, découvre en Allemagne un univers de " scoutisme perfectionné " et devient " interprétateur photographique ", c'est-à-dire rassembleur de photos aériennes. Maurice finit par décrocher le Graal : il peut filmer. " Lors de l'incendie de l'Innovation, il me restait un mètre et demi de film quand le bâtiment s'est effondré devant ma caméra. Du jour au lendemain, j'ai été considéré comme le meilleur cameraman de l'armée. Je couvrais les exercices en Corse ou les man£uvres en Grèce. " Là, sous le régime des colonels, Maurice filme les dictateurs militaires et file les images à un réalisateur de documentaires. Aux Etats-Unis, cela passerait pour de la haute trahison, dans l'armée belge, c'est juste un geste en stoemelings parmi d'autres. " Même en pleine guerre froide, on n'a jamais eu l'impression qu'on devrait se battre ", précise Jacques. Il livre un autre cliché, vérifié celui-là : l'armée belge de la fin des sixties pratique l'alcool comme sport national. C'est aussi l'époque où on consommait de la charcuterie au souper : le patron de l'Entente des Charcutiers était un certain Paul Vanden Boeynants... Et 1968 est dans l'air. Les week-ends, Maurice fait les manifs anti-Vietnam, où il surprend son colonel en pleine activité photographique. Sujet : les manifestants. " On n'en a jamais parlé. "PH.C.