"Il faut 15 milliards"
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"Il faut 15 milliards"-Comment expliquez-vous le malaise des généralistes? -Dr Jacques De Toeuf: Il s'agit d'un problème ancien et général, auquel une rémunération insuffisante des actes intellectuels a largement contribué. En fait, ces dernières années, ces honoraires ont bel et bien été réévalués davantage que les actes techniques. Mais les volumes d'activité des généralistes ne suffisent pas à faire la balance ( NDLR: 95% des actes posés par les généralistes sont des actes intellectuels). Pour comprendre le malaise des médecins, il faut aussi comprendre qu'ils assurent bien davantage de travail administratif qu'auparavant, qu'ils sont devenus un substitut des services sociaux et qu'ils passent, ce qui est d'ailleurs fort bien, davantage de temps à expliquer la situation à leurs patients. Or tout cela n'est pas rémunéré. Enfin, les médecins généralistes ont le sentiment d'être des fantassins méprisés par les spécialistes et par la population. Peut-être ont-ils à tort cette image dévalorisante, mais ils l'ont. -Certains généralistes plaident pour un système d'échelonnement: ils verraient les patients en première ligne, avant que ces derniers n'aillent, si nécessaire, chez un spécialiste. Qu'en pensez-vous? -Les exemples étrangers ne plaident pas en faveur d'un tel système! Les patients doivent garder la possibilité de choisir le médecin qu'ils consultent. L'échelonnement, c'est vouloir appliquer des solutions de 1950 à la situation actuelle. Souvent, il est inutile de passer, d'abord, chez le généraliste. Dès lors, pour imaginer un système cohérent, il faudrait prévoir beaucoup trop de dérogations et d'exceptions. En revanche, il est exact de dire que spécialistes et généralistes doivent échanger davantage leurs informations: ces derniers ne sont pas de simples "boîtes aux lettres"! En fait, l'échelonnement ne serait bon ni pour la santé publique ni pour les finances. Nous méritons mieux qu'un système à la hollandaise! Ceux qui veulent créer une guerre entre spécialistes et généralistes se trompent d'ennemi. Nous sommes tous sur le même bateau. Et il temps de rémunérer de façon décente la médecine générale, ce qui n'est pas le cas actuellement. -Avec quels moyens financiers améliorer la situation? -Il n'est plus possible de rester dans des enveloppes fermées. Il faut prévoir un refinancement, réparti sur plusieurs années: 15 milliards de francs sur trois ans. Mais mutuelles et politiques s'y opposent.