Quinze ans après l'arrivée au pouvoir de Nelson Mandela, en 1994, l'époque de l'innocence est définitivement terminée. Au lendemain des élections générales du 22 avril, l'Afrique du Sud sera très probablement dirigée par un homme, Jacob Zuma, 67 ans, qui a été inculpé successivement pour viol sur une jeune femme séropositive, puis pour corruption, dans le cadre d'un contrat d'armement lié à la firme française Thales. Acquitté en 2006 dans la première affaire, il a bénéficié d'un non-lieu dans la seconde....

Quinze ans après l'arrivée au pouvoir de Nelson Mandela, en 1994, l'époque de l'innocence est définitivement terminée. Au lendemain des élections générales du 22 avril, l'Afrique du Sud sera très probablement dirigée par un homme, Jacob Zuma, 67 ans, qui a été inculpé successivement pour viol sur une jeune femme séropositive, puis pour corruption, dans le cadre d'un contrat d'armement lié à la firme française Thales. Acquitté en 2006 dans la première affaire, il a bénéficié d'un non-lieu dans la seconde. In extremis : c'était le 6 avril dernier. En dépit d'un train de vie ultraconfortable, l'actuel président du Congrès national africain (ANC) est, depuis toujours, perçu par l'électorat populaire comme un des siens. Né pauvre, ce Zoulou autodidacte a d'abord été berger avant de rejoindre, à 17 ans, l'" école " de l'ANC et la lutte contre l'apartheid. Cela lui valut d'être condamné, en 1963, à dix années de relégation sur l'île de Robben Island, au large du Cap, en compagnie de Nelson Mandela et d'autres détenus politiques. Charmeur impénitent, excellent chanteur, au moins quatre fois marié et père d'au moins 17 enfants, Zuma peut se définir comme l'" anti-Thabo Mbeki ", son prédécesseur élu, froid et technocratique, dont il fut le vice-président avant de devenir l'ennemi intime. A la fin de 2008, la brouille entre les deux hommes a entraîné une scission au sein de l'ANC et la création du parti Cope (Congrès du peuple), composé de " mbekistes ". Problème : le candidat du Cope, Mgr Mvume Dandala, un évêque de l'Eglise méthodiste, est inconnu du grand public. " La force de Zuma est qu'il écoute plus les autres que ne le faisait Mbeki, pointe, à Johannesburg, le politologue Steven Friedman, du Centre for Policy Studies (Centre d'études politiques). C'est également sa faiblesse : ce conciliateur a tendance à donner raison à tout le monde sans réellement trancher. " Certaines de ses positions sont cependant notoires : dans ce pays dont la Constitution interdit les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle et qui a aboli il y a douze ans la peine capitale, Zuma est homophobe et favorable au rétablissement de la peine de mort. Pendant la campagne, le candidat de l'ANC s'est rapproché des milieux afrikaners, descendants directs du défunt régime d'apartheid. " Les Afrikaners et le Zoulou Zuma partagent la même vision du monde : ce sont des conservateurs attachés aux traditions de leurs groupes ethniques respectifs, explique Friedman. Les Afrikaners se disent : ''C'est un gars avec lequel nous pourrons faire affaire.'' " n A. G.