Un héritage maudit

" Mon oncle, qui était très âgé, vivait de ses coupons grâce à trois grandes catégories d'actions, dont celles de Fortis et de Dexia, raconte Annie, 70 ans. Elles lui assuraient une vie confortable et il n'avait aucune dette. A son décès, l'an dernier, nous avons considéré avec les deux autres héritiers qu'il s'agissait d'une succession de confiance. Rien ne nous indiquait le contraire et sûrement pas notre gouvernement, alors fort préoccupé par les problèmes institutionnels.
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" Mon oncle, qui était très âgé, vivait de ses coupons grâce à trois grandes catégories d'actions, dont celles de Fortis et de Dexia, raconte Annie, 70 ans. Elles lui assuraient une vie confortable et il n'avait aucune dette. A son décès, l'an dernier, nous avons considéré avec les deux autres héritiers qu'il s'agissait d'une succession de confiance. Rien ne nous indiquait le contraire et sûrement pas notre gouvernement, alors fort préoccupé par les problèmes institutionnels. Pour un oncle, les droits de succession s'élèvent à 70 %. Une de mes cousines a donc contracté un emprunt afin de pouvoir les régler. Jamais nous n'aurions imaginé une telle dégringolade ! Désormais, cette cousine est obligée de payer les intérêts de l'emprunt, sans espérer de dividendes en retour. J'ai le sentiment d'une immense tromperie... "" C'est un vrai coup dur : brusquement, toutes les actions ont tellement baissé ! " Marc, un employé de 56 ans, garde son sens de l'humour : des krachs boursiers, il en a déjà connu dans le passé. Et il refuse d'oublier que les dividendes de ses actions lui ont permis un train de vie plutôt agréable. Marc a appris, voici quelques années, qu'il avait un " gros pépin de santé ". Décidé à profiter doublement de la vie, il envisageait une très prochaine prépension. Il l'imaginait " relax ", grâce aux bénéfices de plusieurs placements réalisés grâce aux fruits de son travail ajoutés à ceux d'un héritage. La crise a tout chamboulé. Avec plus de 3 000 actions Dexia, mais aussi des Fortis et des KBC, il a de quoi s'inquiéter. Doit-il faire une croix sur les coupons qui lui ont rapporté 6 300 euros l'an passé ? Sans parler de ces dividendes de 2 400 euros qui, en 2008, lui ont encore offert de belles vacances. Insécurisé, il se prend à douter de la rente de 833 euros qu'il perçoit grâce à 200 000 euros placés, pour huit ans, dans une assurance de la branche 21. Alors, en attendant d'y voir plus clair, Marc va conserver sa voiture, qu'il pensait remplacer prochainement. Et il piochera dans les 300 bonnes bouteilles de sa cave, plutôt que de garnir cette dernière. Santé quand même ! Petit à petit, Philippe avait gravi tous les échelons de son entreprise : Fortis. A 60 ans, ce cadre à la direction avait pris sa retraite, voici deux ans. Philippe avait tout programmé pour être à l'abri du besoin jusqu'à 100 ans : son confortable capital-pension, il l'avait presque entièrement converti... en titres Fortis, bien sûr ! Ces actions s'ajoutaient aux autres Fortis qu'il avait engrangés : " Je ne suis pas un grand boursicoteur, souligne-t-il. L'Etat nous avait encouragés, via des incitations fiscales, à acheter les actions de notre entreprise et je n'ai pas manqué de le faire. Quant aux analystes, rien dans leurs propos n'était alarmant. " Ainsi, en 2007, lors de l'augmentation de capital de sa banque, Philippe avait acquis les nouvelles actions à 15 euros . Par chance, Philippe avait vendu des actions pour aider ses filles à s'installer. " Pour le reste, mon capital s'est effondré. Actuellement, je vis de ma pension de 1 163 euros. Pour la compléter, je puise dans un petit fonds d'épargne qu'il me reste. Il me permettra d'attendre la pension de ma femme, en 2011. Elle touchera alors un revenu équivalent au mien et elle disposera d'un capital-pension de 15 000 euros. Contrairement à ce que j'avais espéré, à notre décès, face aux droits de succession, mes filles ne pourront probablement pas garder la maison familiale. "P.G.