J'ai lu avec intérêt votre dossier consacré à l'islam et l'Occident (Le Vif/L'Express du 15 octobre). Même si le lien entre l'islam en Europe et les succès électoraux des mouvements populistes est indéniable, il est important de rappeler que la crise contribue de façon non négligeable à la percée des idées les plus populistes, voire extrémistes. Il convient ici de faire un rappel succinct à la période de l'entre-deux-guerres où le populisme a enregistré ses plus grands succès suite à la crise de 1929. Quant à la capacité de l'islam à s'adapter aux valeurs démocratiques en Europe, les mouvements populistes n'apportent ...

J'ai lu avec intérêt votre dossier consacré à l'islam et l'Occident (Le Vif/L'Express du 15 octobre). Même si le lien entre l'islam en Europe et les succès électoraux des mouvements populistes est indéniable, il est important de rappeler que la crise contribue de façon non négligeable à la percée des idées les plus populistes, voire extrémistes. Il convient ici de faire un rappel succinct à la période de l'entre-deux-guerres où le populisme a enregistré ses plus grands succès suite à la crise de 1929. Quant à la capacité de l'islam à s'adapter aux valeurs démocratiques en Europe, les mouvements populistes n'apportent ni réponses ni solutions. En général, ils s'arrêtent à une lecture pointant avec virulence les incompatibilités entre islam et modernité en stigmatisant au passage l'immigration dans son ensemble. Les mouvements démocratiques, généralement de gauche, préfèrent diaboliser les populistes comme leurs idées sans réellement oser le débat. Quant aux partis démocratiques, conscients du fait que la démographie est aussi têtue que la géographie, ils préfèrent tous adopter une attitude ambiguë, tantôt passive, tantôt complice, en gardant à l'£il les intérêts électoraux que le sujet peut présenter. Aucun pays musulman n'offre un modèle où l'Islam pourrait être présenté comme compatible avec les valeurs découlant de la démocratie et de la séparation de pouvoirs. Essayer de trouver une réponse aux questions autour de l'islam en Europe auprès d'intellectuels proches de ces pays comme Tarek Ramadan est une perte de temps vu que la plupart de ces personnes sont, entre autres, favorables au port du voile qui est aujourd'hui le porte-drapeau de mouvements politiques du type " Frères musulmans ", fondamentalement intolérants envers les valeurs humanistes et démocratiques. Il ne faut pas s'y tromper ! Par conséquent, il est temps d'admettre que la solution viendra de l'Occident lui-même qui devra jeter les bases de son propre islam. Le président allemand Christian Wulff l'a souligné avec relief dans son discours récent à l'occasion de l'anniversaire de la réunification allemande : l'islam appartient désormais aussi à l'Allemagne. L'islam dont il est question ici se devra de s'inscrire sans la moindre concession ni ambiguïté dans les valeurs démocratiques. A leur tête, celles autour de l'idéal égalitaire entre hommes et femmes. Les musulmanes et musulmans européens y ont aussi droit. Il n'y a pas de place pour une démocratie à deux vitesses. Des principes démocratiques que l'on réserve aux éclairés et héritiers " naturels " de la Révolution française et ceux que l'on conçoit pour les autres sous prétexte de décalage historique en avançant des concepts vides de valeurs tels que " les accommodements raisonnables " ou " l'islam modéré " par exemple. Espérons que la phrase prononcée par le président allemand inspirera une politique où les Européens (musulmans comme non-musulmans) oseront réellement s'approprier la question de l'islam et la démocratie sans influences externes affichées comme dissimulées. Faute de quoi, les populistes risquent de s'installer longuement ! Abdellah Serghini, par courriel