Plouf ! Le piège vient de faire une nouvelle victime. En une bonne année, de quinze à vingt tortues de Floride, une espèce exotique carnivore, y ont été repêchées, avant d'être envoyées vers un centre de protection des animaux. Leurs propriétaires, sans doute lassés de devoir s'occuper de ces petits reptiles, les avaient jetés à l'eau, en toute discrétion, au c£ur du parc Marie-José, à Molenbeek-Saint-Jean. " On a vu des canetons se faire engloutir en quelques secondes par ces tortues devenues grandes ", explique-t-on à l'administration communale. Non seulem...

Plouf ! Le piège vient de faire une nouvelle victime. En une bonne année, de quinze à vingt tortues de Floride, une espèce exotique carnivore, y ont été repêchées, avant d'être envoyées vers un centre de protection des animaux. Leurs propriétaires, sans doute lassés de devoir s'occuper de ces petits reptiles, les avaient jetés à l'eau, en toute discrétion, au c£ur du parc Marie-José, à Molenbeek-Saint-Jean. " On a vu des canetons se faire engloutir en quelques secondes par ces tortues devenues grandes ", explique-t-on à l'administration communale. Non seulement elles sont voraces - elles se régalent aussi de jeunes poissons et de batraciens - mais, en outre, elles détériorent le milieu aquatique. Bref, les tortues de Floride posent problème... Comme les ouettes d'Egypte, ou oies du Nil, qui font fuir d'autres espèces, dont les hérons ou les colverts. Pour limiter leur propagation, leurs £ufs sont désormais secoués sans délicatesse. La commune de Molenbeek-Saint-Jean n'est pas épargnée par l'offensive des espèces invasives, qu'il s'agisse d'animaux ou de plantes. Dans le parc du Scheutbos, des bénévoles arrachent, plant par plant, les renouées du Japon qui croissent à qui mieux mieux. Plus préoccupant : des berces du Caucase, susceptibles de provoquer de graves brûlures, ont aussi été trouvées sur ce site protégé, avant d'être éradiquées. Sans doute n'avait-on pas imaginé que la mondialisation des transactions commerciales et le développement des transports entraîneraient une telle menace pour la biodiversité : quelque 2 500 espèces exotiques sont désormais recensées sur le territoire de la Belgique, dont 2 à 3 % sont susceptibles d'avoir une influence économique (diminution des rendements agricoles, coûts liés à la détérioration des infrastructures et des milieux naturels), sanitaire (développement de pandémies, apparition d'allergies) ou écologique (disparition d'espèces indigènes, déséquilibre des écosystèmes) négative. Ainsi en est-il, par exemple, des adorables coccinelles asiatiques ou des écureuils gris qui prennent leurs quartiers ici et qui, faute d'ennemi naturel, agrandissent sans cesse leur famille sans se préoccuper des dégâts causés. La prolifération des perruches, plus inoffensives, sauf en termes de pollution sonore, suscite les mêmes questions : une colonie de 6 000 de ces oiseaux s'installe chaque nuit dans deux arbres situés non loin de la station de métro Simonis, à Bruxelles. Et la problématique est identique pour les plantes. Emboîtant le pas aux Régions, le ministre fédéral de l'Environnement, Paul Magnette (PS), vient d'interdire l'importation, l'exportation, le transit et la détention de vingt espèces exotiques envahissantes (voir liste ci-dessous) : 8 espèces végétales, 8 mammifères, un oiseau, deux poissons et un amphibien. LAURENCE VAN RUYMBEKE