A Liège, c'est plié. Les socialistes et les libéraux, associés quasi à vie à la province, se sont entendus sur la répartition de 150 mandats dans les intercommunales liégeoises : pour les présidences des conseils d'administration et des bureaux exécutifs (les deux niveaux décisionnels) ainsi que pour la désignation des administrateurs à l'assemblée générale. Les assemblées générales se réuniront dans la deuxième quinzaine de juin. La divulgation de ce casting, synonyme d'une plus-value financière pour les intéressés, a suscité bien des remous. Non à cause des présidences accordées systématiquement à des socialistes, le MR trustant les vice- présidences de cinq des six plus importantes " intercos ", une vice-présidence étant donnée au CDH. Ce partage d'influence résulte de l'accord PS-MR et d'une application conforme de la clé D'Hondt, laquelle reflète les rapports de forces post-électoraux dans les conseils communaux. Avec des bastions tels que Liège, Seraing ou Ans, la domination PS n'était pas près de s'effacer, d'autant que, par un tour de passe-passe statutaire, certaines intercommunales ont pris soin de gonfler la représentativité de communes traditionnellement " rouges " pour contrer une éventuelle poussée à droite, laquelle s'est effectivement produite lors des élections d'octobre 2012. Ce qui a fait tiquer, c'est la " cabine téléphonique " dans laquelle les éminences du PS ont partagé leurs 95 mandats.
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A Liège, c'est plié. Les socialistes et les libéraux, associés quasi à vie à la province, se sont entendus sur la répartition de 150 mandats dans les intercommunales liégeoises : pour les présidences des conseils d'administration et des bureaux exécutifs (les deux niveaux décisionnels) ainsi que pour la désignation des administrateurs à l'assemblée générale. Les assemblées générales se réuniront dans la deuxième quinzaine de juin. La divulgation de ce casting, synonyme d'une plus-value financière pour les intéressés, a suscité bien des remous. Non à cause des présidences accordées systématiquement à des socialistes, le MR trustant les vice- présidences de cinq des six plus importantes " intercos ", une vice-présidence étant donnée au CDH. Ce partage d'influence résulte de l'accord PS-MR et d'une application conforme de la clé D'Hondt, laquelle reflète les rapports de forces post-électoraux dans les conseils communaux. Avec des bastions tels que Liège, Seraing ou Ans, la domination PS n'était pas près de s'effacer, d'autant que, par un tour de passe-passe statutaire, certaines intercommunales ont pris soin de gonfler la représentativité de communes traditionnellement " rouges " pour contrer une éventuelle poussée à droite, laquelle s'est effectivement produite lors des élections d'octobre 2012. Ce qui a fait tiquer, c'est la " cabine téléphonique " dans laquelle les éminences du PS ont partagé leurs 95 mandats. Willy Demeyer, président de la fédération liégeoise du PS, et Stéphane Moreau, son bras droit, lui-même patron de la puissante Tecteo, ont mené toute l'affaire. Lorsque Moreau s'est présenté, liste en main, devant le comité exécutif de la fédération liégeoise du PS, presque personne, sur les trente présents, n'a bronché. A trois exceptions : Frédéric Daerden (député européen et bourgmestre de Herstal), Marc Bolland (député wallon et bourgmestre de Blegny) et Jean-Pascal Labille (ministre des Entreprises publiques, non élu mais étoile montante du PS). Ces trois-là ont dit tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas. Du coup, on doit se revoir ce 7 juin. Des convocations ont été envoyées dix jours à l'avance. Un progrès : avant, c'était quasi au pied levé. L'ordre du jour est ambitieux. Où il est question de la nécessité de mieux contrôler les intercommunales en matière de politique de dividendes, de relations avec le personnel et de stratégie publique. " Les technocrates doivent rendre des comptes à la fédé et l'intérêt général doit prévaloir ", décode Marc Bolland. Exactement ce que réclame aussi Paul Furlan, ministre wallon des Pouvoirs locaux. Bien qu'appartenant au PS, celui-ci ne parvient pas à discipliner ces institutions publiques dont certains dirigeants s'affranchissent du contrôle démocratique des communes ou de la tutelle. A Liège, où Tecteo fait à peu près ce qui lui plaît, c'est parler de corde dans la maison d'un pendu. Autre décision frappante : l'assemblée fédérale réunissant les délégués des Unions socialistes communales (USC) devra se tenir tous les trois mois comme l'imposent les statuts. On avait pris l'habitude de les zapper. Quatre dates ont été fixées. L'amorce d'une rénovation ? Le prélude à un nouveau combat de chefs ? Les paris sont ouverts. Les trois hommes montés au créneau avaient des raisons de l'ouvrir. Vice-président en titre de la fédération, avec 90 000 voix récoltées aux élections européennes, Frédéric Daerden a été tenu à l'écart de la négociation sur la répartition des mandats. De son vivant, son père, l'omnipotent Michel Daerden, avait réussi à liguer contre lui Willy Demeyer, Stéphane Moreau, Alain Mathot, André Gilles et Jean-Claude Marcourt. Après le décès de l'ancien bourgmestre d'Ans, l'auto-proclamé " club des cinq " est resté sur la défensive. Résultat : Herstal, la commune où Frédéric Daerden s'est implanté faute de pouvoir " hériter " d'Ans, aurait dû logiquement faire jeu égal avec Seraing, mais elle n'a obtenu aucune présidence de CA d'intercommunale. Un camouflet, semble-t-il. Peu connu en dehors de la province que son père, Paul Bolland, a gouvernée de 1990 à 2004, Marc Bolland est un élu de base (Blegny : 13 000 habitants) qui n'a pas la langue en poche. Après la défaite de 2007, il avait publiquement rappelé à Elio Di Rupo les fondamentaux du PS, parti de masse et de proximité. Il n'a pas abandonné son credo. " La répartition des mandats n'est qu'un détail, nuance-t-il. L'initiative publique est un outil extraordinaire de développement, là n'est pas la question. Ce qui est important, c'est que le débat soit plus ouvert à la fédération. Le PS est un parti de masse, à la différence de son homologue français. La moindre manifestation dans ma commune semi-rurale réunit deux cents militants. Le 1er Mai, je me rends dans dix endroits différents et j'y retrouve la même chaleur, quels que soient les milieux. Les militants aspirent à mettre leur énergie au service du parti mais, pour cela, il faut que celui-ci s'anime, qu'il y ait de vrais débats politiques... " Quant à Jean-Pascal Labille, en devenant ministre fédéral, il a dû abandonner beaucoup de ses mandats (il en avait une quarantaine) et renoncer à les distribuer aux membres de son parti comme il le faisait dans les coulisses de la fédération. Les décideurs liégeois l'auraient-ils trop vite oublié ? Labille, lui, ne s'est pas laissé pousser de côté. Il a entrepris une tournée des 24 USC de l'arrondissement de Liège qui témoigne de sa volonté de faire son trou à l'avant du PS, quoi qu'il en ait dit au début de son mandat ministériel. En effet, il avait annoncé que, sa mission accomplie, il retournerait aussi vite à l'Union nationale des mutualités socialistes. On lui prête diverses ambitions électives : la présidence du parti, l'Europe. " J'espère qu'il sera candidat. Le parti aurait tort de se priver d'un homme de cette envergure-là ", appuie Marc Bolland. Voilà qui risque de déranger les équilibres précairement acquis au PS liégeois, où deux ténors, Alain Mathot et Stéphane Moreau, sont dans le viseur de la justice pour des " affaires " liées aux intercommunales. Militant du consensus, le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, a été bousculé par l'épisode Daerden-Bolland-Labille. Car, à la différence de l'arrondissement de Charleroi, où la ville éponyme est outrageusement dominante, Liège doit tenir compte des 23 autres communes de l'arrondissement, qui, mises ensemble, pèsent plus que l'ancienne capitale de la Principauté. " Willy doit beaucoup plus s'appuyer sur les instances fédérales, conseille Marc Bolland. Il a trop délégué à Stéphane Moreau. " Fédération du PS et intercommunales, même combat ? L'excès de centralisation et l'opacité sont décriés. Le grand projet de " supracommunalité " cher au bourgmestre de Liège devra intégrer ce frémissement contestataire. L'analyse ne vaut pas que pour l'arrondissement de Liège. A l'échelle de la province, Hervé Jamar, nouveau président de la fédération Huy-Waremme du MR, veut coaliser les 31 communes du " bassin Condroz " pour les faire parler d'une seule voix au sein des grosses intercommunales dont elles font partie : " Beaucoup de nouveaux bourgmestres ne sont plus inféodés à leur parti et veulent défendre leur territoire. " MARIE-CÉCILE ROYEN" Les militants aspirent à mettre leur énergie au service du parti " Marc Bolland