Elle ne craint pas de ramer à contre-courant. Avec l'impression désagréable de naviguer souvent en solitaire au milieu d'un parlement flamand porté par la vague nationaliste. Du haut de ses 34 printemps, Ann Brusseel, députée régionale Open VLD, revendique le politiquement incorrect dans le discours flamand dominant. Elue en terre bruxelloise, ses racines ostendaises souffrent.
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Elle ne craint pas de ramer à contre-courant. Avec l'impression désagréable de naviguer souvent en solitaire au milieu d'un parlement flamand porté par la vague nationaliste. Du haut de ses 34 printemps, Ann Brusseel, députée régionale Open VLD, revendique le politiquement incorrect dans le discours flamand dominant. Elue en terre bruxelloise, ses racines ostendaises souffrent. Ann Brusseel : Elle n'est pas prête à affronter cette échéance. Le risque pour son image est pourtant réel, mais les Flamands ne veulent pas l'admettre. Ce sera toujours la faute des autres. Le complexe de Calimero : c'est trop injuste. Et c'est une erreur. Les Flamands croient que ratifier la convention européenne pour la protection des minorités incitera les francophones à ne faire aucun effort pour s'intégrer. Or cela ne changera rien à la situation, pas plus que la scission de BHV. C'est un phénomène classique, propre à toute grande ville. Il ne s'agit pas d'une francisation mais d'une bruxellisation de la périphérie. On touche aux relations entre gens de la ville et de la campagne. La Flandre profonde ne veut pas le comprendre. Cela tient au complexe d'infériorité que cultive encore la Flandre et qui conduit au désir de revanche. Que signifie ce combat visant à renforcer le caractère flamand ? Devoir manger de la saucisse, des patates et du chou-fleur ? Les hommes politiques flamands manquent de sensibilité psychologique, se montrent très exigeants envers les francophones de la périphérie. Beaucoup d'entre eux ne parlent pas le néerlandais parce qu'ils n'osent pas. Il ne faut pas toujours y voir du mépris. J'entends Eric Van Rompuy [NDLR : député flamand CD&V et mandataire de Zaventem], reprocher aux francophones de ne pas fréquenter le club de foot de la commune pour s'intégrer : mais où est le problème ? D'autres Flamands ne le font pas non plus ! La mentalité des petits bourgmestres flamands de la périphérie m'énerve : se plaindre du boulanger du coin qui parle français, alors que Bruxelles est confrontée aux défis autrement plus importants de l'insécurité, de la discrimination, de la mobilité... Prendre de la hauteur. On n'y arrivera pas en enfermant Bruxelles dans des murs et en décrétant que la périphérie flamande doit rester un écrin de verdure idyllique, un beau petit coin de Flandre. Chaque camp demande l'impossible à l'autre, pour le plaisir de s'agacer mutuellement. C'est sur le plan socio-économique qu'il faut opérer cet élargissement. La périphérie flamande vit de la richesse qu'apporte Bruxelles, grâce à l'Union européenne, à l'Otan. Pour la conserver, il faut se montrer accueillant envers les gens. Au lieu de cela, quel manque de diplomatie ! On organise un Gordel [NDLR : manifestation politico-cycliste visant à affirmer le caractère flamand de la ceinture autour de Bruxelles], dont le message n'est pas : " Nous sommes tous des êtres humains ", mais bien : " Ceux qui sont en Flandre doivent s'adapter. "Après le refus de nommer les bourgmestres francophones de la périphérie, pourquoi le niveau flamand n'a-t-il pas cherché une vraie solution ? La circulaire Peeters [NDLR : qui réglemente les démarches administratives à accomplir par les francophones] est kafkaïenne, faite pour embêter et même harceler les francophones. Pourquoi ne pas avoir eu d'autre réflexe que de considérer cette position comme logique ? Le but poursuivi pourrait encore se comprendre si au moins il donnait des résultats. Mais l'espoir de lasser les francophones est un échec J'ai plus de compréhension et de sympathie pour le principe du droit des personnes que du droit du sol. Il a d'ailleurs davantage de force de persuasion à l'étranger. Il faut aussi en tenir compte. Ils agissent dans la peur, mais c'est de leur faute ! Ils ont appris à leurs électeurs à être de bons Flamands, et ils sont devenus prisonniers de leur rhétorique. Nous avons un besoin urgent d'hommes et de femmes politiques qui fassent preuve d'ouverture et se débarrassent des frustrations du passé ! ENTRETIEN : PIERRE HAVAUX" La mentalité des mandataires flamands de la périphérie m'énerve "