Pour le sénateur et fondateur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), la présidence Hollande doit s'engager sous le signe de la vérité et de la rigueur. Car " on ne peut pas tout faire tout de suite ".
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Pour le sénateur et fondateur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), la présidence Hollande doit s'engager sous le signe de la vérité et de la rigueur. Car " on ne peut pas tout faire tout de suite ". Jean-Pierre Chevènement : François Hollande a pris un engagement : en cinq ans, réduire à zéro le déficit public. Dans le collectif budgétaire de l'été, il engagera des dépenses, fortes symboliquement, telles que le relèvement de l'allocation de rentrée scolaire ou la mise à la retraite des personnes qui auront cotisé quarante et une années à l'âge de 60 ans. Tout cela étant compensé à l'euro près. Oui si les prix remontaient. Ce n'est pas la tendance. La situation du pays est d'une telle gravité qu'il ne faut rien cacher au peuple. Le président Hollande, comme Mendès France autrefois, saura dire pourquoi on ne peut pas tout faire tout de suite. Il y a encore des doubles emplois entre administrations, mais cela ne représente pas une immense perspective d'économies. C'est une appréciation trop rapide. La politique arrêtée par François Hollande est rigoureuse, mais elle tend à restaurer la croissance. Il faut d'abord stopper la désindustrialisation, qui se poursuit depuis le milieu des années 1970 : nous avions alors près de 6 millions de travailleurs dans l'industrie, il en reste un peu plus de 3. La fin de la surévaluation de l'euro est une condition du redressement économique. L'effritement de l'euro est de ce point de vue une bonne chose. Mais nous sommes encore loin du point bas de l'euro, à 82 centimes de dollar en 2000, et même de son cours de lancement : 1,16 dollar. François Hollande va mobiliser 12 milliards pour les entreprises industrielles, à travers le livret d'épargne industrie. L'épargne française, c'est 16 % du revenu. C'est un atout majeur. Il faut la réorienter vers le tissu des PMI, car elle s'investit trop au-delà des frontières : 150 milliards quittent le pays chaque année, alors que 50 milliards seulement de capitaux étrangers s'investissent en France. Les avoirs français à l'étranger représentaient 80 milliards il y a trente ans, contre 2 000 milliards aujourd'hui : c'est colossal ! Il faut rééquilibrer les flux avec une vue d'ensemble, qui fait défaut aujourd'hui car il n'y a plus de vrai ministère de l'Industrie. Aujourd'hui, c'est une coquille vide. Donner l'apparence d'un homme normal à l'Elysée dépasse à coup sûr les capacités d'un homme vraiment normal. François Hollande y réussit parfaitement. Rajeunissement des cadres, parité, cela va dans le bon sens ! J'ai confiance dans la solidité de Jean-Marc Ayrault et de l'équipe de tête. Un bémol cependant : le Mouvement républicain et citoyen n'y est pas représenté. Je ne parle pas de moi, évidemment : j'avais fait connaître, en apportant mon soutien à François Hollande, le 13 mars, que je n'étais pas candidat à une fonction gouvernementale. PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE BARBIER ET PHILIPPE MANIÈRE