Quel regard portez-vous sur le financement du sport en Belgique francophone?
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Quel regard portez-vous sur le financement du sport en Belgique francophone? Il faut être de bon compte, des progrès ont été faits ces dernières années. Il y a d'importants programmes d'investissements. En athlétisme par exemple, on a vu fleurir une série d'infrastructures indoor. En revanche, il y a encore un gros déficit en matière de piscines. Beaucoup ont été construites dans les années 1970 et nécessitent aujourd'hui des rénovations en profondeur. Un Plan piscine est en route, mais il aurait fallu le mettre en place un peu plus tôt. Cela pose la question du nécessaire monitoring de la disponibilité et du renouvellement de nos infrastructures. Il conviendrait aussi de les utiliser de manière plus rationnelle. C'est-à-dire? Il y a parfois un manque de partage. On pourrait notamment s'attendre à ce que les écoles mettent leurs infrastructures sportives à disposition d'un public plus large et qu'inversement, les installations communales leur soient plus facilement accessibles si elles n'en disposent pas. En matière de financement, il est courant d'opposer le sport de haut niveau au sport pour tous. Cette scission a-t-elle du sens? Pas vraiment, car c'est un continuum. Beaucoup de personnes engagées dans le sport de haut niveau ont d'abord pratiqué leur discipline de manière récréative. Des études démontrent d'ailleurs, essentiellement chez les jeunes, un lien entre les politiques de sport pour tous et la probabilité d'avoir un plus grand nombre d'athlètes de haut niveau. La corrélation n' est toutefois pas parfaite. Dans certains pays de l'Est, par exemple, on constate des performances de très haut niveau dans des disciplines peu prisées du grand public. Le financement du sport en Fédération Wallonie-Bruxelles est régulièrement jugé déficitaire en comparaison avec la Flandre. Partagez-vous ce constat? La Flandre est tout de même une région particulièrement privilégiée en Europe. Quand on voit nos résultats et nos médailles ces dernières années, on n'a pas à rougir des performances de nos sportifs du côté francophone. Par ailleurs, si la question des moyens est importante, il faut surtout avoir pensé à les utiliser de manière optimale. Que manque-t-il, selon vous, pour améliorer les résultats sportifs de haut niveau en Belgique francophone? Principalement la professionnalisation des fédérations. Si certaines tentent de le faire, elles ne le font pas au même rythme. Les nombreux bénévoles qui y sont administrateurs doivent accepter qu'ils ne peuvent plus tout contrôler. Or, c'est souvent un problème. Il y aurait donc une forme de conservatisme dans le chef de plusieurs fédérations? Absolument, tout comme il existe aussi un problème de représentativité, que ce soit d' âge ou de genre. De mon point de vue, c'est le défi principal en Belgique francophone, plus important encore que les questions d'argent. Beaucoup de fédérations sont encore gérées de manière extrêmement amateur et mettent peu de choses en place pour favoriser l'émergence de sportifs de haut niveau. Chez nous, il faut reconnaître que certaines de ces structures ne fonctionnent plus comme elles le devraient, faute de renouvellement des administrateurs. Il manque souvent une couche managériale. Je suis sidéré d'entendre à quel point des présidents de fédération s'occupent souvent de détails qu'ils ne devraient pas avoir à gérer, alors qu'ils sont là pour faire de la stratégie. A l'inverse, les fédérations de hockey et handisport ont, elles, admirablement réussi à se professionnaliser ces dernières années. C'est ce genre d'exemples qu'il faut suivre.