Depuis des mois, les rumeurs sur le départ de Christian Druitte, administrateur général de la RTBF, se faisaient de plus en plus insistantes. C'est chose faite depuis le vendredi 11 janvier. Le président du PS, Elio Di Rupo, a mis la pression pour obtenir d'un homme usé la lettre de démission sur laquelle s'échaffaudait, au vu et au su de tous, la candidature des prétendants à sa succession. En tête de ceux-ci, Daniel Weekers. Depuis son départ fracassant de Canal + Belgique, en mars 2001, le président du groupe Deficom se trouvait en réserve de la République. L'été dernier, il a été appelé à la rescousse par Marie-Hélène Crombé-Berton, présidente du conseil d'administration (CA) de la RTBF et de la RMB (Régie Média Belge). Sa mission: expertiser la filiale internationale de la régie, la RMBI, promise à une belle vente. Las ! L'audit révélait un endettement de quelque 3 milliards de francs, suite à un retournement de conjoncture et un achat imprudent en Allemagne. Un scandale difficilement contenu qui éclabousse tant la RMB que la présidente du CA et le comité permanent de la RTBF, dont les patrons ont laissé "filer" le dossier. Une consultation commandée à un bureau d'avocats sur les responsabilités d...

Depuis des mois, les rumeurs sur le départ de Christian Druitte, administrateur général de la RTBF, se faisaient de plus en plus insistantes. C'est chose faite depuis le vendredi 11 janvier. Le président du PS, Elio Di Rupo, a mis la pression pour obtenir d'un homme usé la lettre de démission sur laquelle s'échaffaudait, au vu et au su de tous, la candidature des prétendants à sa succession. En tête de ceux-ci, Daniel Weekers. Depuis son départ fracassant de Canal + Belgique, en mars 2001, le président du groupe Deficom se trouvait en réserve de la République. L'été dernier, il a été appelé à la rescousse par Marie-Hélène Crombé-Berton, présidente du conseil d'administration (CA) de la RTBF et de la RMB (Régie Média Belge). Sa mission: expertiser la filiale internationale de la régie, la RMBI, promise à une belle vente. Las ! L'audit révélait un endettement de quelque 3 milliards de francs, suite à un retournement de conjoncture et un achat imprudent en Allemagne. Un scandale difficilement contenu qui éclabousse tant la RMB que la présidente du CA et le comité permanent de la RTBF, dont les patrons ont laissé "filer" le dossier. Une consultation commandée à un bureau d'avocats sur les responsabilités dans la gestion de la RMBI serait, à cet égard, particulièrement accablant. Mais, curieusement, seul Christian Druitte, étranger à cette affaire, en paie les conséquences. "La filiale allemande de la RMBI a été revendue à son ancien propriétaire, un an après son achat, et pour 1,24 millions d'euros (500 millions de francs), la moitié de son prix, remarque Richard Miller, ministre de l'Audiovisuel (PRL). Le spectre d'une banqueroute s'éloigne, mais il n'a pas complètement disparu."Connaissant bien le dossier, Daniel Weekers peut apparaître comme l'homme providentiel. Gestionnaire doué, homme de projet plus que de rapports de forces, doté d'une baraka peu commune et détenteur d'un carnet d'adresses international, il est le candidat d'Elio Di Rupo. Ministre de l'Audiovisuel en 1993, celui-ci lui avait déjà confié l'animation d'un "carrefour de l'audiovisuel"... qui avait favorisé l'implantation de Canal + en Wallonie. Outre qu'il déclenche des crises d'urticaire au sein du personnel de la RTBF, notamment par ses prétentions financières (entre 375 000 - le salaire du patron de la VRT, Bert De Graeve -, et 475 000 euros), l'ancien golden boy des années 90 n'a pas la faveur du syndicat socialiste. Encore moins celle du PS bruxellois ! Le président de la fédération bruxelloise, Philippe Moureaux, soutient, en effet, une candidature sortie de l'ombre, celle de Jean-Paul Philippot, administrateur-délégué du réseau des hôpitaux publics bruxellois Iris. Il a la vertu de rassurer l'appareil du PS, dont il fait indiscutablement partie. De son côté, Laurette Onkelinx pousse son ancien chef de cabinet, Pierre-Dominique Schmidt, directeur exécutif à l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Mais l'homme a très peu de chance dans cette course, victime, semble-t-il, d'une campagne par trop politicienne. Est également cité - l'expérience professionnelle en plus ! - le nom de Mamine Pirotte, directrice du centre régional de la RTBF-Liège, qui paraît faire l'objet d'un bon soutien en interne. Question à 100 cents: Di Rupo peut-il prendre le risque d'amoindrir son autorité en cédant sur une nomination hautement symbolique ? Chaque changement à la tête de la RTBF - un million d'auditeurs et de téléspectateurs - entraîne le même genre de supputations. Traditionnellement, c'est le parti dominant, le PS, qui décide d'accorder ou de retirer sa grâce. Dans l'esprit, mais pas selon la lettre du futur décret sur la RTBF, une forme de dépolitisation sera assurée par la nouvelle procédure de nomination arrêtée par le gouvernement de la Communauté française. Un collège de 5 experts remettra un avis sur les candidatures (assorties d'un projet culturel et de gestion); le gouvernement en présélectionnera 3 et sollicitera l'avis de la présidente du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), Evelyne Lentzen; puis il nommera, lors de sa séance du 31 janvier prochain, le successeur de Druitte. Lourdeurs bureaucratiques (règlement de travail paralysant, défaut de mobilité et de polyvalence), politisation, manque de moyens: le tableau des maux de la RTBF n'a guère changé. Pour ce qui est des moyens, le refinancement de la Communauté française laisse augurer une éclaircie, mais seulement à partir de 2004. En attendant, le fonds de pension est vide, le gain de la revente des parts dans Canal + a été absorbé par la déroute de la RMBI et il faut intégrer 600 nouveaux statutaires. Résultat: le budget 2002 présenté par Christian Druitte, mais refusé par le conseil d'administration, affiche un déficit de 743,681 euros (300 millions de francs). Une réalité difficile dont les candidats devront tenir compte. Autre élément de réflexion: pour la première fois dans son histoire, la RTBF va, grâce au futur décret, connaître des élections syndicales. La dynamique des relations sociales au sein de l'entreprise s'en trouvera donc modifiée. De plus, la commission paritaire, lieu de rencontre et, parfois, de confrontation stérile entre syndicats et hiérarchie, s'ouvrira au pouvoir de tutelle. Mais, à la différence de Bert De Graeve, son homologue de la VRT, le futur administrateur général ne pourra pas "redynamiser" son personnel par une contractualisation accrue. Il devra plutôt jouer sur la motivation et le respect. Quant à la (dé)politisation, son avenir sera mesuré à travers le choix même du futur administrateur général... Bert De Graeve, manager issu du privé (Alcatel) et bien décidé à ne pas s'en laisser conter, a fait prévaloir le critère de professionnalisme sur toute considération partisane. Côté francophone, on est encore loin du compte, ainsi qu'en témoignent les discussions serrées au sein du PS. Enfin, le décret ne fait pas de l'administrateur général de la RTBF un patron doté des pleins pouvoirs comme dans une société anonyme de droit public. Les situations ne sont donc pas comparables. Mais l'espoir d'un vrai projet, porté par un vrai dirigeant, audacieux et habile, est, lui, bien réel.Marie-Cécile Royen