Le Vif/L'Express : En septembre 2011, l'accord sur BHV provoquait le divorce entre le MR et le FDF. Avec le recul, pensez-vous qu'il s'agissait du bon choix ? Après 500 jours de paralysie politique, n'était-il pas nécessaire de débloquer le pays, même au prix d'un compromis imparfait ?

Bernard Clerfayt : La pacification de la Belgique, c'est la cinquième fois qu'on nous la vend. La grande force d'Elio Di Rupo, c'est de nous faire croire aujourd'hui que tout va bien. Pourtant, les chiffres de la croissance sont catastrophiques, et les perspectives pour le troisième trimestre ne sont pas meilleures. Le gouvernement a eu cette chance extraordinaire : l'économie de la Belgique fonctionne au crochet de celle de l'Allemagne, ce qui nous a assuré le maintien de la croissance et de l'emploi. Mais depuis quelque temps ce n'est plus vrai. La part de marché à l'exportation de la Belgique est en forte diminution, alors que les Pays-Bas et l'Allemagne maintiennent leur position. Nous sommes une toute petite économie. Si nous ne parvenons pas à exporter, on ne préservera pas notre emploi.
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Bernard Clerfayt : La pacification de la Belgique, c'est la cinquième fois qu'on nous la vend. La grande force d'Elio Di Rupo, c'est de nous faire croire aujourd'hui que tout va bien. Pourtant, les chiffres de la croissance sont catastrophiques, et les perspectives pour le troisième trimestre ne sont pas meilleures. Le gouvernement a eu cette chance extraordinaire : l'économie de la Belgique fonctionne au crochet de celle de l'Allemagne, ce qui nous a assuré le maintien de la croissance et de l'emploi. Mais depuis quelque temps ce n'est plus vrai. La part de marché à l'exportation de la Belgique est en forte diminution, alors que les Pays-Bas et l'Allemagne maintiennent leur position. Nous sommes une toute petite économie. Si nous ne parvenons pas à exporter, on ne préservera pas notre emploi. La manière dont Elio Di Rupo se présidentialise efface presque le roi. Lors de la signature des textes de la réforme de l'Etat, le 19 juillet, les commentateurs se sont demandé : qui est ce personnage à côté du Premier ministre ? Elio Di Rupo avait l'air d'éclipser la personne royale. Ce n'est pas ça que les Belges voulaient. La population attend que le pays fonctionne, que le roi soit garant de son unité. Dans la communication d'Elio Di Rupo, il y a quelque chose de dangereux. Oui, dangereux, car dans le nord du pays, il y a une formation politique qui voudrait supprimer le rôle du roi. Il faut protéger la fonction royale, que les francophones considèrent comme le ciment de la Belgique. La monarchie, c'est presque la seule institution qui a fonctionné pendant les 500 jours de crise politique. On peut toujours ergoter sur les conseillers secrets, sur les tractations en coulisses... Peu importe. C'est le mystère, ça, et ce mystère doit demeurer. Sans fonction royale, il n'y aurait plus de Belgique depuis un certain temps. S'il y avait une élection présidentielle, le clivage entre le nord et le sud du pays s'exacerberait de façon très forte. Bien sûr ! Je sens chez les Wallons l'envie d'un discours plus ambitieux pour leur Région, hors du poto-poto des partis traditionnels. Donc il y a une place pour une formation comme la nôtre. On verra au lendemain des élections communales ce que ça représente. Notre objectif, c'est au moins un élu par province. Mais le vrai test, ce seront les régionales de 2014. L'objectif suprême, c'est d'installer le FDF au parlement wallon en 2014. Je n'ai pas encore inscrit dans mon calendrier la réponse à cette question. Parce qu'aujourd'hui je suis concentré sur Schaerbeek. Ce que je sais, c'est qu'il y a au FDF assez de forces vives pour présenter des candidats à la présidence, et pour porter ce parti plus haut qu'il ne l'est maintenant. Si je suis candidat, ou qui je soutiens, ou quelle autre équipe on souhaite mettre en place. C'est évident, je ne peux pas dire le contraire. Un parti a toujours besoin de stabilité et de renouveau. On fera collectivement l'examen au lendemain des communales. Je pense qu'aujourd'hui il faut du renouveau à la tête du FDF. Grâce au travail d'Olivier, le parti est reconnu sur les thèmes institutionnels, sur le respect de la démocratie. C'est devenu notre marque de fabrique. Fort de cet acquis-là, le parti doit maintenant se développer sur les enjeux sociaux, économiques, culturels. Sur tous ces sujets-là, le FDF porte un message, mais il n'est pas suffisamment entendu. Il y a des expressions politiques de mandataires MR qui flirtent avec l'extrême droite, cela ne fait aucun doute. J'entends constamment des propos limites sortir de leur bouche. Le MR glisse de plus en plus vers un conservatisme d'extrême droite qui a peut-être son petit succès médiatique, mais qui est une dérive sur le plan démocratique, et qui mène à une impasse électorale. Je n'ai pas envie de citer des personnes. Je cible plutôt un ensemble de discours tenus par certains parlementaires libéraux, des généralisations clairement attentatoires au respect qu'un élu doit à tous les citoyens. Il est faux, mais alors archi-faux, de prétendre que " les musulmans " sont séduits par l'islamisme. J'ai à Schaerbeek des dizaines de milliers de musulmans qui vont travailler chaque matin, qui sont attentifs à la propreté de leur trottoir, qui téléphonent à la police quand ils constatent un problème, qui dénoncent les trafics de drogue, qui en ont marre des bandes de jeunes qui sifflent les filles dans la rue... Ce sont des pères et des mères de famille qui ont les mêmes préoccupations que tout un chacun. Oui, bien sûr, il faut lutter contre les fraudeurs, contre les profiteurs, contre les délinquants. Mais ça n'a rien à voir avec la couleur de cheveux ou le pays d'origine. Daniel Ducarme a dit ça il y a dix ans. J'étais jeune bourgmestre, il était président du MR et chef de groupe à Schaerbeek. Déjà, à l'époque, je n'avais pas aimé sa sortie. Le job des politiques, c'est d'apporter des solutions. Hurler contre tous les maux de la terre, laissons ça à l'extrême droite, à ceux qui ne seront jamais au pouvoir. Evidemment qu'on se pose des questions quand on voit que Fouad Belkacem (1), né en Belgique, éduqué dans des écoles flamandes, tient un discours aussi extrémiste. Doit-on en conclure que toute l'immigration est un échec ? Non ! Ce qui est dérangeant dans les déclarations du MR, c'est l'amalgame : on ne construit rien là-dessus. A Schaerbeek, sur mes dix échevins, quatre sont d'origine étrangère. Ils font très bien leur boulot, ils ont des réflexes de Belges. Ils sont belges ! Pas en tout point, non. On délivre des dizaines de milliers d'autorisations de séjour. C'est très bien. Ces personnes vont chercher un emploi, participer à l'économie. Mais dans le même temps, plusieurs personnes reçoivent l'ordre de quitter le territoire. Et ces ordres-là, on ne les exécute pas. J'ai dans ma commune des tas de gens qui en sont à leur troisième, quatrième, voire cinquième ordre de quitter le territoire, et qui sont toujours là. C'est un délit ! Ils ne respectent pas la loi. Du coup, ils ne peuvent pas travailler légalement, et cela crée du ressentiment dans toute la population. Pourquoi certains sont-ils expulsés et d'autres pas ? La règle doit s'appliquer de la même façon pour tous. Soyons clair, je n'ai pas souhaité de candidate voilée sur ma liste. Mais je ne veux pas non plus interdire à une personne qui a des convictions religieuses de les exprimer. En tant que bourgmestre, je ne me suis pas opposé à l'installation de Mahinur Özdemir (CDH) comme conseillère communale. Ce n'est pas moi qui tranche, c'est l'électeur. Il se trouve que j'ai un élu FDF au conseil communal qui est président d'une mosquée. C'est quelqu'un qui donne de son temps pour organiser la gestion du bâtiment, pour s'occuper du chauffage, un peu comme d'autres candidats en Wallonie sont responsables d'une fabrique d'église. Cela ne pose aucun problème. Parce que je souhaite que mes candidats soient au service de tous les Schaerbeekois. Cela crée automatiquement un débat, une polémique, qui détourne l'attention des enjeux premiers. Mais je ne demande à aucun de mes candidats de révéler ses préférences religieuses, alimentaires, sexuelles ou autres. On l'a vue récemment accorder une interview à un quotidien historiquement catholique. Elle a reçu les journalistes chez elle, dans un grand jardin. Que je sache, ce n'était pas à Schaerbeek. D'ailleurs, elle a elle-même envoyé un courrier aux habitants de la commune pour leur dire que, si elle se présentait à Schaerbeek, elle passait une grande partie de ses week-ends à Lasne. Ce n'est pas un problème, c'est une règle. C'est la loi. La loi indique qu'on doit être domicilié dans une commune pour s'y présenter. Alors, il y a ceux qui respectent la loi et ceux qui respectent l'esprit de la loi. Quand on respecte la loi sans l'esprit... Vous pouvez écrire : trois petits points. Je m'étonne que vous posiez la question. Moi, je suis un ket de Schaerbeek qui s'est engagé en politique parce qu'on traitait mal les gens d'ici. Personne ne s'intéressait à Schaerbeek. Tout le monde en disait du mal, à commencer par son bourgmestre [NDLR : Roger Nols, bourgmestre de 1970 à 1989, passé du FDF au PRL puis au FN]. Avec quelques autres, j'ai essayé de changer ça. Mon combat politique, c'est la conviction que les gens ici ont droit aux mêmes espoirs et aux mêmes rêves qu'ailleurs. On a mené ce combat. On a réinscrit Schaerbeek parmi les communes qui comptent. J'ai misé sur la qualité de mes partenaires plus que sur les jeux politiciens. Aujourd'hui, j'ai le meilleur collège de bourgmestre et échevins de toute la Région bruxelloise, je le dis sérieusement. Depuis 2002, le taux de criminalité, c'est-à-dire le nombre de faits criminels par 10 000 habitants, a baissé de 30 % à Schaerbeek. C'est la plus forte baisse des 19 communes. Schaerbeek est aujourd'hui plus sûre que Woluwe et Ixelles. (1) Porte-parole du groupuscule islamiste Sharia4Belgium.ENTRETIEN : FRANÇOIS BRABANT" Laurette Onkelinx a donné une interview dans son jardin. Ce n'était pas à Schaerbeek "" Le MR glisse de plus en plus vers un conservatisme d'extrême droite "" Schaerbeek est aujourd'hui plus sûre que Woluwe "