Dans l'histoire du rock belge, c'est sans doute l'un des groupes qui a le mieux fonctionné à l'international. De K's Choice, le grand public a retenu notamment Not An Addict : au milieu des années 1990, dans la foulée de la vague indie-grunge, le morceau a cartonné un peu partout, Etats-Unis compris. Un quart de siècle plus tard, le groupe est officiellement toujours en activité. Mais il a laissé place à un autre projet, parallèle. Son nom : Rex Rebel. Le premier fonctionnait sur le mode pop/rock ; la nouvelle " franchise " est orientée électronique, comme le démontre un premier album, Run, sorti en février. Rex Rebel correspond également à un autre changement. Toujours au micro, Sarah Bettens a en effet laissé la place à Sam Bettens. Il l'a annoncé en mai 2019 dans un communiqué : " Je voudrais partager la chose suivante avec vous. L'année dernière, j'ai découvert que j'étais transgenre et j'ai décidé d'effectuer la transition de femme à homme. Etre transgenre n'est pas un choix. Je l'ai toujours été, mais je ne le savais pas jusqu'à aujourd'hui. "
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Dans l'histoire du rock belge, c'est sans doute l'un des groupes qui a le mieux fonctionné à l'international. De K's Choice, le grand public a retenu notamment Not An Addict : au milieu des années 1990, dans la foulée de la vague indie-grunge, le morceau a cartonné un peu partout, Etats-Unis compris. Un quart de siècle plus tard, le groupe est officiellement toujours en activité. Mais il a laissé place à un autre projet, parallèle. Son nom : Rex Rebel. Le premier fonctionnait sur le mode pop/rock ; la nouvelle " franchise " est orientée électronique, comme le démontre un premier album, Run, sorti en février. Rex Rebel correspond également à un autre changement. Toujours au micro, Sarah Bettens a en effet laissé la place à Sam Bettens. Il l'a annoncé en mai 2019 dans un communiqué : " Je voudrais partager la chose suivante avec vous. L'année dernière, j'ai découvert que j'étais transgenre et j'ai décidé d'effectuer la transition de femme à homme. Etre transgenre n'est pas un choix. Je l'ai toujours été, mais je ne le savais pas jusqu'à aujourd'hui. " Difficile de ne pas tracer de parallèle entre l'évolution musicale et la transition entamée par Sam Bettens il y a un peu moins d'un an. " Pourtant, précise-t-il, près de 90 % de l'album était écrit quand j'ai décidé de passer le cap. " En outre, Rex Rebel est un trio, composé également du claviériste Reinout Swinnen et du batteur Wim Van der Westen. Le premier cité raconte : " On était en tournée avec K's Choice, du côté de Montpellier. Le groupe avait un jour off, il pleuvait et on s'est retrouvés dans un salon de thé. En discutant, on a commencé à imaginer ce que l'on pourrait faire de différent, juste à trois. " Le groupe fête alors justement ses 25 ans. De quoi donner envie d'investiguer de nouvelles pistes. Sam Bettens : " On a écrit un premier morceau, avec l'envie de tenter des choses inédites, de sortir de notre zone de confort. Avec K's Choice, on a toujours cherché à évoluer, à ne pas se répéter. Mais ici, le changement est beaucoup plus drastique. On sortait clairement de tout ce qu'on avait pu faire avant. " Avec Rex Rebel, fini donc les guitares rock ; place aux nappes de synthés et aux beats électroniques, quasi dance ( Movin' Out). Si l'évolution est en effet notable, On n'a malgré tout pas trop de mal à retrouver la patte pop de K's Choice dans les morceaux de Rex Rebel. Sans doute le changement de cap artistique reste-t-il malgré tout moins " radical " que le choix de Sam Bettens de s'assumer transgenre. Il a d'ailleurs lancé un blog vidéo sur YouTube pour raconter régulièrement comment se déroule sa transition. Au début de chaque épisode, Sam Bettens donne la température du jour, et se présente comme homme trans et musicien. Puisque l'un a forcément un impact sur l'autre. Il n'est évidemment pas le premier à avoir entamé une carrière musicale sous une identité sexuelle pour en changer en cours de route. Né Thomas James Gabel, la chanteuse du groupe punk-rock Against Me !, Laura Jane Grace, est l'un des visages les plus connus de la cause transgenre. L'album Transgender Dysphoria Blues évoque notamment la détresse que peut engendrer la dissociation entre l'identité de genre et le sexe assigné à la naissance. C'est en 2012 que la chanteuse a entamé une transition qui n'a d'ailleurs pas toujours été simple. " Cela joue forcément dans chaque aspect de la vie, explique Sam Bettens. Vous avez un rapport différent au monde. J'ai l'impression de tenir ma guitare différemment, de me tenir d'une autre manière sur scène. " Pour l'instant, c'est surtout la voix qui l'intrigue. Comment va-t-elle évoluer ? A-t-il dû la travailler avec un coach ? " Non, mais j'ai parlé avec un chanteur transgenre qui m'a donné des conseils, des exercices à effectuer pour protéger mes cordes vocales. Mais je n'en ai pas encore vraiment eu besoin. Honnêtement, cela va faire un peu plus de neuf mois que j'ai commencé la prise d'hormones, et je n'ai pas encore entendu de changement vraiment spectaculaire. Au téléphone, je force d'ailleurs un peu le trait. L'autre jour, quand je suis venu me présenter au nouvel entraîneur de basket de mes enfants, j'ai parlé expressément avec une voix plus basse, histoire d'éviter toute confusion, et que tout le monde soit sur la même longueur d'onde (rires). En fait, c'est un double sentiment. A la fois, j'ai envie que ce qui se passe à l'intérieur se reflète à l'extérieur. Et en même temps, je suis content de pouvoir chanter les anciennes chansons sans trop les bouleverser. " Les titres de K's Choice seront donc chantés de la même manière ? " Au fond, même si le timbre de la voix change, cela n'est pas si important que ça. Des tas d'autres facteurs entrent en compte. La respiration, le timing, par exemple, sont au moins aussi importants pour exprimer justement la chanson. " Le changement de voie (musicale) a donc précédé le changement de voix. Dans les deux cas, il semble avoir été bien accepté - que ce soit à Palm Springs, " ce coin un peu hippie de Californie " où Sam vit la majorité de l'année avec sa femme et ses enfants ; ou en Belgique, où il continue de revenir régulièrement - " même les magazines people ont été très positifs ", sourit l'intéressé. On notera qu'en choisissant des couleurs plus électroniques, Rex Rebel se rapproche de musiques qui, historiquement, ont souvent servi de refuge pour les minorités sexuelles. Un hasard ? " On voulait surtout quelque chose qui soit plus léger. Y compris au niveau des textes. Même si cela n'a pas toujours réussi (rires). Vous ne pouvez pas être sérieux en permanence. Et puis, c'est bien connu, une chanson a souvent plus d'impact quand vous réussissez à combiner une mélodie joyeuse avec un texte plus sombre. C'est cet équilibre que l'on essaie de trouver. " Si l'album de Rex Rebel a été imaginé et composé, pour sa plus grande partie, avant que Sam Bettens n'entame sa transition, au moins un morceau aborde malgré tout plus frontalement sa démarche. Low clôture le disque. " Au départ, c'était juste un texte que j'ai commencé à réciter sur un simple beat. L'idée était d'en faire une chanson classique, couplet-refrain. Mais les paroles ne s'y prêtaient pas vraiment. C'était plus un statement, qui perdait toute urgence et toute intensité quand je tentais de le chanter. Donc on l'a laissé sous la forme d'un parlando. Jamais je n'aurais cru faire ça un jour. Rien que le mot "parlando" ! (rires). Mais c'était la seule forme qui convenait. " En anglais dans le texte, Sam Bettens déclare notamment : " Gardez la tête haute quand ils vous disent de faire profil bas " ou encore un peu plus loin : " Garçon ou fille, est-ce que cela ne peut pas être juste moi ? " Quand bien même Rex Rebel n'est donc qu'un groupe comme les autres, il ne peut faire totalement l'impasse sur ce qui le touche au plus près. En cela, le trio est raccord avec la manière dont la musique pop a muté. Ces dernières années, on est ainsi passé des bluettes glitter de Britney Spears aux discours plus revendicatifs, ou en tout cas, plus personnels de chanteuses comme Lorde ou Billie Eilish. Même Beyoncé a réussi à troquer son image de chanteuse-robot de ses débuts pour celle d'activiste farouche. Sans parler des thématiques de genre, qui sont devenues l'un des sujets de prédilection de la conversation pop du moment. " C'est vrai. Le fait est qu'en moyenne, vous ne sortez un album que tous les deux, trois ans. Vous passez des mois dessus, à travailler comme un fou. Ce serait dommage de ne rien y mettre de personnel. Je ne dis pas que c'est forcément une démarche consciente. Je ne tiens pas un journal intime. Mais en écrivant sur des choses qui sont proches de moi, j'espère toujours que cela va parler aux gens, qu'ils vont également s'y retrouver, et y puiser éventuellement un peu de force... "