Le constat est d'une affligeante banalité: le rapport que nous entretenons à la technologie est schizophrène. Pourquoi? Parce que nous pensons qu'elle est responsable de tous nos maux et que dans le même temps, nous nous accrochons à l'intelligence artificielle et à ses incessantes avancées pour nous tirer d'affaire. Heureusement, nous pouvons compter sur les artistes pour dégager d'autres horizons. Une nouv...

Le constat est d'une affligeante banalité: le rapport que nous entretenons à la technologie est schizophrène. Pourquoi? Parce que nous pensons qu'elle est responsable de tous nos maux et que dans le même temps, nous nous accrochons à l'intelligence artificielle et à ses incessantes avancées pour nous tirer d'affaire. Heureusement, nous pouvons compter sur les artistes pour dégager d'autres horizons. Une nouvelle exposition à iMAL, dont le commissariat est assuré par le spécialiste des cultures numériques Charles Carcopino, le prouve une nouvelle fois. Le Français a fait appel à une douzaine d'artistes internationaux qui signent autant d'installations soulevant des thématiques aussi angoissantes que le dépassement des facultés intellectuelles humaines. La plus emblématique d'entre elles porte la patte d'un plasticien belge au propos passionnant: Mathieu Zurstrassen. Margaret met en scène une plante verte en train de créer un alter ego artificiel. Cette mise en abyme vertigineuse de deux robots discutant entre eux sans le moindre égard pour l'humain saisit dans la mesure où elle souligne la passivité et l'inutilité du visiteur. Ce petit théâtre glaçant rappelle avec beaucoup de force les prédictions de l'astrophysicien Stephen Hawking. Selon lui, cette sorte de progrès pouvait "être à la fois le plus grand événement de l'histoire de l'humanité mais également l'ultime". On songe également au philosophe français Gilbert Simondon ayant pointé le danger qu'il y avait à exclure la technologie du domaine culturel, prophétisant que tant que les outils techniques restaient d'impénétrables "boîtes noires", l'aliénation serait au programme de nos vies. Tout aussi interpellante est la proposition de l'Espagnole Rocio Berenguer qui déploie une sorte de G5 réunissant les différents règnes - humains, minéraux, animaux, végétaux et, bien sûr, techno- logiques - tout en réfléchissant à un type de communication à inventer pour alimenter les échanges résultant de ce groupe de discussion fictif.