Francis Groff
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Francis GroffJean-Jacques t'Serstevens est facilitateur en hydroénergie pour la Région wallonne. Au début des années 1990, pour le compte de l'APERe, la très active Association pour la promotion des énergies renouvelables, il a sillonné les cours d'eau de Wallonie. Objectif : dresser un inventaire des lieux où la force hydraulique a été utilisée avec succès dans le passé et, partant, déterminer ceux où elle pourrait l'être à nouveau. " Cet inventaire recense environ 2 400 sites dont il en reste 300 ou 400 qui offrent un réel potentiel. Parmi ceux-ci, on dénombre à l'heure actuelle 57 installations d'une puissance égale ou supérieure à 10 KW représentant une puissance totale installée de 110 MW. En 2008, elles ont produit 406 GWh. " Il s'agit là d'installations agréées par la Commission wallonne pour l'énergie (CWaPE), l'organisme chargé d'attribuer les certificats verts. En plus des 57 déjà citées, la CWaPE reconnaît une petite vingtaine d'installations de moindre puissance comme celle de Hollogne-sur-Geer (voir encadré). Leur production est actuellement insignifiante par rapport aux " grandes ". " La production d'électricité, poursuit Jean-Jacques t'Serstevens, est possible grâce aux chutes d'eau, et plus celles-ci sont hautes, plus elles sont intéressantes, surtout si elles sont couplées à un débit important. Ceci explique que l'on trouve par exemple, des unités de production sur tous les ouvrages de la Meuse compris entre Namur et les Pays-Bas, ou sur la Sambre, à Mornimont et à Floriffoux. " Il reste néanmoins de la place pour de futures installations. Sur la Sambre (voir ci-après) et sur la Meuse. " Une centrale expérimentale de 2 MW a ainsi été installée sur la Haute-Meuse à Yvoir. Si elle donne satisfaction sur le plan technique, mais aussi en ce qui concerne la protection des poissons, huit autres pourraient être implantées sur l'ensemble de la Haute-Meuse, entre la frontière française et Namur. De quoi alimenter environ 18 000 ménages avec une production annuelle de 62 GWh. " Mais le paysage hydroélectrique belge ne se limite pas à quelques voies navigables, loin s'en faut, et les barrages d'Eupen, de Robertville ou de La Gileppe produisent eux aussi leur part d'électricité verte. Et les cours d'eau non navigables ? " Ceux-là sont classés en diverses catégories, embraye Jean-Jacques t'Serstevens. En fonction de celles-ci, ils sont gérés par le SPW (ex-MET), la province, la commune, voire le particulier lui-même. C'est là qu'existe la plus grande diversité, même si leur potentiel est forcément limité puisqu'on y travaille avec des débits moindres. Néanmoins, il y a place pour de très beaux projets, notamment dans les anciens moulins. Et je peux vous dire que la Wallonie n'en manque pas. J'en visite une soixantaine par an ! "A l'heure actuelle, la Sambre est peu valorisée par rapport à sa " grande s£ur " mosane, mais les choses devraient changer avec l'arrivée de Mérytherm, une société de la région liégeoise qui entame un plan d'installation de six turbines sur le cours de la rivière, entre Monceau-sur-Sambre et Salzinnes. Ingénieur électromécanicien et énergéticien sorti de l'université de Liège, Niels Duchesne a repris l'entreprise en 2001. Ce passionné d'énergies (il préfère dire " soucieux d'énergie ") a continué puis développé l'activité de base de Mérytherm qui consiste à tremper des pièces d'acier pour divers fabricants comme Caterpillar. Mais tel n'était pas, loin s'en faut, le seul but de l'opération. En effet, la petite société qui a les pieds dans l'Ourthe, à un saut de carpe de Tilff, était dotée d'une vieille installation de production d'électricité hydroélectrique et le jeune entrepreneur s'est tout naturellement attaché à rénover la machine, en remplaçant notamment la turbine. Résultat : " Grâce à cette modernisation, nous sommes devenus autosuffisants en matière d'électricité, ce qui n'est pas rien en regard de ce que consomment nos fours de trempage. "L'électricité verte produite permet également à une société bruxelloise à finalité sociale, Kopo, de laver dans une machine industrielle les milliers de gobelets recyclables que l'on commence à voir lors de gros événements tels que les Francofolies, le Beach Day ou le Quinze-Août à Liège. Des gobelets qui intéressent également les universités : bientôt, les 24 heures de Louvain-la Neuve ou les guindailles de l'ULB pourraient être respectueuses de l'environnement ! Dans le domaine des énergies vertes et de l'environnement, Niels Duchesne a multiplié les initiatives, dont un festival du Développement durable. Sa sixième édition sera couplée, les 25 et 26 septembre prochains, avec le festival Tempo Color à Liège (www.exposantd.be). Pour développer ses projets hydro, l'ingénieur liégeois a créé une petite société d'investissement, HyDroB, et cette association avec Mérytherm a permis de décrocher une importante concession sur la Sambre. L'enjeu est de taille puisqu'il concerne la mise en place de six centrales hydrauliques sur les barrages-écluses de Monceau-sur-Sambre, Marcinelle, Montignies-sur-Sambre, Roselies, Auvelais et Salzinnes. " Notre premier chantier se situe à Marcinelle (Charleroi) où les travaux débutent en ce moment à hauteur des usines sidérurgiques Carsid et Thy-Marcinelle, se réjouit Niels Duchesne. Avec le bureau Greisch qui s'est notamment occupé du viaduc de Millau en France, nous avons travaillé sur les études de conception des turbines qui sont fabriquées dans l'Hexagone. Elles ont été adaptées en fonction du cahier des charges très précis du SPW, notamment en ce qui concerne le taux de mortalité des poissons et la conformation des lieux. Outre le fait qu'elles doivent être "ichtyocompatibles" [NDLR: comprenez respectueuses des poissons], ces centrales vont être installées derrière une porte du barrage (voir, en illustration, l'installation en 3D) et doivent impérativement pouvoir être sorties de l'eau par relevage en cas de crue. "Chaque centrale est un ensemble de 34 tonnes composé de deux turbines placées côte à côte et qui tournent extrêmement lentement. Les hélices de 3,5 mètres de diamètre n'effectuent en effet que 34 rotations par minute ! Une autre caractéristique des engins est leur compacité. En fonction des ouvrages sur lesquels elles viennent se greffer, le choix s'est porté vers des machines " tout-en-un " de moindre encombrement. Ici, par exemple, pas de courroie de transmission : la génératrice se trouve à hauteur de l'hélice. " Le tout est placé sous eau et ne dégage aucun bruit. Pour entretenir les machines, il suffit de relever l'ensemble et le tour est joué. "Concrètement, la centrale en cours d'installation à Marcinelle servira de pièce d'épreuve vis-à-vis de l'autorité wallonne qui demande un an de fonctionnement avant d'accorder son feu vert pour les cinq autres unités. " Le SPW pourra ainsi valoriser ses écluses-barrages tout en touchant une redevance de notre part. De notre côté, nous injecterons directement l'électricité fournie sur le réseau, nous gérerons les certificats verts et nous nous occuperons de la maintenance des machines ", précise encore Niels Duchesne. A terme, lorsque les six centrales hydroélectriques seront opérationnelles, elles devraient produire environ 10 GWh sur l'année. FRANCIS GROFF Sur la haute-meuse, 9 centrales pour 18 000 ménages?