Le premier, Lionel Guibout, vit à Paris mais voyage beaucoup. Ce sont donc les souvenirs des montagnes de Chine à celles, plus modestes, de la Savoie, des horizons marins aux lumières des lacs d'altitude, que l'artiste français de 53 ans traduit dans les noirs des encres, des crayons, des pastels et des lavis. Ses petits formats convoquent avant toute chose la lueur des jours dans le ciel et les reflets sur la surface des eaux. Avec une discrétion extrême, ses compositions équilibrent effets de masse, vides, abstraction et texture. Parfois, l'espace reconnaissable se trouble, privilégiant alo...

Le premier, Lionel Guibout, vit à Paris mais voyage beaucoup. Ce sont donc les souvenirs des montagnes de Chine à celles, plus modestes, de la Savoie, des horizons marins aux lumières des lacs d'altitude, que l'artiste français de 53 ans traduit dans les noirs des encres, des crayons, des pastels et des lavis. Ses petits formats convoquent avant toute chose la lueur des jours dans le ciel et les reflets sur la surface des eaux. Avec une discrétion extrême, ses compositions équilibrent effets de masse, vides, abstraction et texture. Parfois, l'espace reconnaissable se trouble, privilégiant alors la seule contemplation. Dans une autre partie de l'exposition, on découvre comment l'écorce de l'arbre, voire le tronc tout entier, cette fois sur de très amples formats, accueillent à leur tour ces rythmes nocturnes. Si, au début, il s'agissait de véritables empreintes, on en est loin aujourd'hui. Comme si l'essentiel n'était pas dans le regard immédiat mais dans l'exploration de la mémoire et des lueurs qui l'accompagnent. Le deuxième, André Dael, 60 ans (chez 2016), travaille depuis toujours à Bruxelles sur une petite table un peu perdue dans une très grande pièce où vit et chante un piano à queue. Sa compagne est musicienne. Lui s'invente des histoires dont on ne verra aucun héros mais seulement le cadre : une montagne, un bord de ruisseau, une cascade au milieu d'une forêt. La nature est dense, riche de milliers de petits traits griffés et adoucis au c£ur desquels, en noir souvent, se couche une construction énigmatique, s'élève un escalier qui n'en finit pas ou s'enfonce dans une crevasse. Le troisième, le septuagénaire Gantois Raph Cleeremans, est le plus âgé et sans doute le plus connu chez nous. Lui aussi aime la musique, et par-dessus tout, celle des sphères. Depuis toujours, il poursuit un rêve, un compas à la main. Comme les bâtisseurs d'Egypte, d'Athènes ou de Chartres, et dans un registre chromatique aussi riche que discret, il invente des musiques abstraites dans lesquelles s'épousent, à partir de découpages géométriques réalisés à partir de papiers de récupération, des formes et des tracés incluant, çà et là, une figure symbolique (le triangle, le pentagone, la quadrature du cercle..) ou une proportion dite du nombre d'or. Comme son ami, André Dael, avec lequel il partage les murs de cette seconde exposition, il est de cette race d'humanistes, à la fois curieux des pouvoirs de l'esprit et des ressources du sourire, qu'aurait aimés Erasme. Un jour, ils décidèrent de travailler ensemble. Résultat, une série de pièces à quatre mains. Le jazz n'est pas loin non plus. Natura-Oscura, Lionel Guibout, galerie Fred Lanzenberg, 9, avenue des Klauwaerts, à Bruxelles. Jusqu'au 5 mai, du mardi au vendredi, de 14 à 19 heures, le samedi de 10 à 19 heures. www.galeriefredlanzenberg.com Andre Dael et Raph Cleeremans, galerie 2016, 16, rue des Pierres, à Bruxelles. Jusqu'au 26 mai, du jeudi à dimanche, de 13 à 18 heures. www.galerie2016-mira.be Guy Gilsoul