Les dissidents du Maghreb n'ont pas bénéficié du même appui européen que leurs homologues des pays de l'Est. Peu sont devenus des icônes à la Soljenitsyne. Le contexte géopolitique n'était pas le même. L'empire soviétique était un adversaire du camp occidental. Le Maroc, la Tunisie, l'...

Les dissidents du Maghreb n'ont pas bénéficié du même appui européen que leurs homologues des pays de l'Est. Peu sont devenus des icônes à la Soljenitsyne. Le contexte géopolitique n'était pas le même. L'empire soviétique était un adversaire du camp occidental. Le Maroc, la Tunisie, l'Algérie (moins) sont toujours passés pour les alliés de celui-ci. Le jeu a été plus subtil. La politologue Khadija Mohsen-Finan et l'historien Pierre Vermeren, auteurs de Dissidents du Maghreb depuis les indépendances (Belin, 320 pages), décrivent les combats de ceux et celles qui, à chaque génération, se sont élevés contre des régimes autoritaires et souvent corrompus. " Notre volonté est de rendre hommage à ces entêtés. " Que leur opposition ait pris la forme du nationalisme, de l'arabisme, du berbérisme, de l'islamisme ou, plus récemment, de la laïcité (les dé-jeûneurs réprimés...), ils ont risqué leur peau, leur bien-être ou leur réputation (surtout les femmes) pour une certaine idée de la dignité. Après l'échec, sauf en Tunisie, des printemps arabes, des Algériens et des Marocains continuent de se battre contre la " clochardisation des populations ". La question sociale revient au premier plan. Sait-on que, depuis avril dernier, plus de la moitié de la population marocaine participe au boycott de trois poids lourds de l'économie (eau minérale, lait et stations-service) liés aux familles dirigeantes ou directement au Trône ?