C'est un film consacré à la terre, entièrement réalisé depuis le ciel. Le long-métrage que signe le journaliste et photographe français Yann Arthus-Bertrand (YAB), intitulé Home, sortira le 5 juin prochain lors de la Journée mondiale de l'environnement, dans une cinquantaine de pays en même temps. Il sera diffusé gratuitement sur Internet et projeté tout aussi gratuitement dans les salles de cinéma. Le DVD, lui, sera vendu à prix coûtant, soit 5 euros. Un pari musclé, pour qu'un maximum de Terriens soient sensibilisés au risque majeur de crise écologique que court leur planète. Interview du réalisateur.
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C'est un film consacré à la terre, entièrement réalisé depuis le ciel. Le long-métrage que signe le journaliste et photographe français Yann Arthus-Bertrand (YAB), intitulé Home, sortira le 5 juin prochain lors de la Journée mondiale de l'environnement, dans une cinquantaine de pays en même temps. Il sera diffusé gratuitement sur Internet et projeté tout aussi gratuitement dans les salles de cinéma. Le DVD, lui, sera vendu à prix coûtant, soit 5 euros. Un pari musclé, pour qu'un maximum de Terriens soient sensibilisés au risque majeur de crise écologique que court leur planète. Interview du réalisateur. > Yann Arthus-Bertrand : C'est mon premier long-métrage. Il évoque, d'une part, un réel émerveillement par rapport à la vie sur la Terre et à l'espèce humaine, qui a été capable d'apprivoiser la nature, d'inventer l'agriculture et le feu, de découvrir le charbon puis le pétrole, et, d'autre part, la capacité de l'homme à casser un fragile équilibre, forgé pendant 4 milliards d'années. Ce film tente d'expliquer le lien entre tous les éléments qui font la vie sur la planète et le danger encouru si on rompt ce lien. On me reproche d'y parler beaucoup mais j'assume cette approche très pédagogique. C'est la première fois dans l'histoire qu'une espèce transforme le climat... Home n'est pas forcément un film gai, mais il faut bien dire les choses comme elles sont : maintenant, il faut passer à l'action ! Ça ne sert à rien de pleurnicher. Il faut prendre les ONG (organisations non gouvernementales) en exemple. Tout le monde peut faire quelque chose, à son échelle. >Il faut que j'accepte que ce film soit fini et que je renonce à vouloir le retoucher chaque fois que je le visionne. Ce film, même si j'ai coécrit le scénario, que j'ai tourné deux tiers des images et que j'ai supervisé le montage, c'est une £uvre collective. Dire que c'est le film de Yann Arthus-Bertrand, c'est une escroquerie. S'il est réussi, c'est donc une réussite partagée. Sur le tournage, toute l'équipe se sentait en mission. C'est prétentieux mais c'est vrai : de notre part à tous, il y avait un véritable engagement. C'est un film politique. Tout le monde peut le prendre, il est à disposition, gratuitement. J'ai juste servi de passerelle pour transmettre des idées. Si mes images permettent de faire avancer les choses, c'est bien. > J'ai surtout l'impression qu'on ne fait rien. Il y a un phénomène de déni collectif par rapport à la catastrophe écologique vers laquelle on court. Il me semble qu'avec la crise plus personne ne considère ce problème comme essentiel, alors qu'il l'est. Nous savons tous ce qui va se passer. Nous disposons de toutes les informations nécessaires. Mais c'est tellement énorme que personne n'est prêt à y croire. On se tourne vers les scientifiques comme s'ils allaient trouver une solution. Ils en trouveront peut-être une mais, en attendant, certains seront restés sur le carreau. Je préférerais personnellement un accompagnement doux de cette crise à venir plutôt que de la prendre en pleine poire. Mon job, c'est précisément d'amener l'écologie au c£ur de la conscience. Pas de la bonne conscience, mais de la conscience tout court. >Luc Besson, le producteur, a été tout de suite contre : il le trouvait trop négatif. Il a proposé Home et je dois bien reconnaître que c'est une bonne idée. >Filmer depuis le ciel ou au sol, c'est la même chose. Simplement, la photographie aérienne donne une perspective de paysage qui m'intéresse. C'est vrai que, de haut, on voit moins la douleur. Mais si l'on considère que la Terre est un organisme vivant, il faut la montrer d'en haut. Certains avaient peur que ce film soit ennuyeux. Moi, je n'étais pas inquiet. Je savais que l'histoire de la vie est formidable à raconter. >En fin de compte, moi, je suis journaliste. J'essaie de comprendre et de montrer. Ce que je dois parvenir à faire, c'est rendre, par l'image, la force esthétique de la nature, et en même temps, son extrême fragilité. Actuellement, le monde change très vite, mais cela ne se voit pas tant que cela : avec le changement climatique, nous, en Occident, on ne vit pas moins bien qu'avant. Quand je suis né, il y avait 2,5 milliards d'habitants dans le monde. Aujourd'hui, nous sommes presque 7 milliards. Tous les scientifiques sont inquiets de ce qui se passe. Il faut s'engager pour que ça change. D'ailleurs, l'engagement rend heureux. Mais il faut être humble. Jacques Monod ou René Dumont, personne ne les écoutait. Ce que je veux dire, c'est que je ne suis pas un héros de l'environnement. >Je n'ai pas la solution. En plus, je n'ai pas envie de donner des leçons. Mais je pense que, dans la vie quotidienne, il faut apprendre à vivre mieux avec moins. En matière de consommation d'énergie, d'alimentation (privilégiez les circuits d'approvisionnement courts et les aliments de saison), d'achats divers (réparez au lieu de jeter et de remplacer) et de transport (optez pour le covoiturage, le train, la marche à pied ou le vélo). Quand on fait des efforts de ce type, on est, en plus, content de soi. >J'attends des nouvelles technologies qu'elles apportent une partie de la solution. Mais on aura besoin de tous. Et surtout, de frugalité. >Je suis fort attaqué par les décroissants, mais je me retrouve dans leur démarche. Cela va à l'encontre de ce que souhaitent tous les gouvernements, qui rêvent de croissance économique. Mais ne pourrait-on pas, tout de même, essayer de vivre autrement ? Au Japon, dans des petites boutiques, on vous propose des plateaux-repas composés de spécialités de divers coins du monde. Ces plateaux ont une durée de vie de huit heures. On jette chaque jour 150 000 sacs remplis de ces plateaux. Il n'y a pas là quelque chose qui cloche ? Pour vendre 100 000 journaux, il faut en imprimer 150 000. Ce n'est pas idiot, ça ? On en arrive désormais à gérer les surplus, mais pas les famines. Ce manque de bon sens sauterait aux yeux de n'importe quel adolescent. Seulement, on avance tous dans cette logique-là et il est très difficile de changer de cap. >Le pauvre homme qui fait de la politique, actuellement, il gère la crise. A gauche comme à droite, il y a un manque de vision politique incroyable. Le gars de droite ne bouge pas, alors le gars de gauche non plus. L'homme politique est à poil si l'opinion ne le suit pas. Or l'opinion publique n'est pas prête. Les industriels, non plus. Je vois bien, autour de moi, ce qui se passe. J'emmerde mes amis à leur seriner toujours la même chose : dans mon genre, je suis assez ayatollah. Mais ils n'avancent pas beaucoup. >Je vote vert tout le temps. Mais la politique ne m'intéresse pas. On y trouve trop de mensonges, de démagogie. Je n'ai pas beaucoup de respect pour ça. Mais on a les hommes politiques qu'on mérite. >Si nos idées sont récupérées, bravo. D'autant que les partis verts échouent. Parce qu'ils ont fait peur aux gens, qu'ils les ont culpabilisés et qu'ils ont été pris dans la valse du pouvoir, comme les autres. Et, surtout, ils n'ont rien réussi à faire. > J'ai toujours été plus engagé que créatif. La part journalistique de ma personnalité est plus importante que celle de l'artiste. Ce qui me plaît, c'est amener l'information. Une photo sans légende ne m'intéresse pas du tout. Dans ma fondation, quatre personnes travaillent sur les légendes des images et leur actualisation permanente sur Internet. Je ne suis donc pas frustré. J'ai une vie de rêve. Et beaucoup de chance. Même s'il faut rester humble, je pense que mon travail est utile. > Je ne suis pas assez intelligent. Je voudrais comprendre plus vite, être un peu moins con. >Ça me fait plaisir. Dans le métro, des gens viennent me parler. J'aime bien les gens. C'est une notoriété bon enfant : j'incarne sans doute des valeurs dans lesquelles chacun se retrouve. Et puis la notoriété, tu sais - YAB a coutume de tutoyer tout le monde - ... Tu cours après, tu cours après, et quand tu l'as... Réussir sa vie d'homme, c'est autre chose que réussir sa vie professionnelle... >C'est vrai. J'ai toujours pensé que j'avais le temps de mener à bien tous mes projets. Puis soudain, j'ai découvert que j'avais 63 ans. Je ne les ai pas vus venir... Entretien : Laurence van Ruymbeke